OBJET DE LA THÈSE
C’est grâce à cette loi que nous avons pu facilement interpréter les troubles psychiques de plusieurs malades que nous avons observés dernièrement. Il nous a paru intéressant de rapporter leur histoire pour montrer la diversité des formes de délire que crée l'insuffisance hépatique.
Ces délires diffèrent d’abord par leur mode d’apparition.
Dans une première catégorie de faits, les troubles mentaux apparaissent comme un épisode au cours d’une affection hépatique.
Dans une autre catégorie, les troubles mentaux apparaissent en même temps que l’insuflisance hépatique chez un sujet dont le foie était indemne jusque là. À
D'autre part l'intensité des troubles psychiques est extrêmement variable. On verra par nos observations qu’il s’agit parfois d’un délire tranquille et peu bruyant, que dans d’autres cas on se trouve en présence d’une excitation maniaque à grand fracas.
C’est dans ce dernier cas que les difficultés de diagnostic sont les plus grandes. On se trouve en
TN présence d'un malade aliéné, qui semble au premier abord atteint seulement de troubles mentaux ne relevant que de la psychiâtrie. Notre effort consistera à montrer que même dans ces cas l'insuffisance hépatique est seule responsable de tous les accidents.
Le rôle antitoxique du foie. — Pour bien saisir le mode d'apparition du délire chez les hépatopathiques il est nécessaire de rappeler le rôle important que les joue le foie dans la protection de l’organisme contre intoxications.
Le foie est capable de retenir certaines substances toxiques pour les déverser lentement dans la circulation. Il rend ainsi leurs effets moins rapides et moins intenses et permet leur élimination fractionnée. Les expériences de Schiff sont tout à fait démonstratives à cet égard. Il faut pour produire la mort d’un chien par l'injection dans la veine porte de certaines substances (la nicotine par exemple) des doses beaucoup plus fortes que celles qui produisent la mort par injection sous-cutanée.
Le foie peut transformer: des poisons venus du dehors où ayant pris naissance dans l'organisme. C’est la fonction toxolitique. Enfin il lutte contre l’auto-intoxication en diminuant l'intensité des fermentations intestinales grâce à l’action antiseptique de la bile.
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Cette propriété antitoxique ‘du foie est d'autant plus marquée que le foie est plus riche en glycogène. Cela signifie probablement que la cellule hépatique lésée perd peu à peu toutes ses propriétés, rôle uropoïétique, fonction glycogénique, fonction hématopoïétique et fonction antitoxique.
Examinons donc ce qui se passe lorsque le parenchyme est adultéré et que le foie n’existe plus au point de vue fonctionnel.
D'abord l’organisme ne reçoit plus d’une façon régulière sa ration en sucre, en graisse, qui sont les aliments éminemment respiratoires dont il a besoin pour maintenir sa résistance. Le foie, ne s’acquittant plus convenablement de sa fonction hématopoïétique, les réparations hématiques ne peuvent plus se faire. Le foie ne retient plus les pigments des globules détruits et ne les transforme plus en pigments biliaires. Tous les pigments qui sont toxiques vont donc passer dans la grande circulation. La dose d’urée que produit normalement le foie va s’abaisser d'une façon parfois considérable. On sait que l’urée représente le terme ultime de la transformation par l’organisme des matières albuminoïdes, et que sa toxicité est faible. Or dans l’insuffisance hépatique les matières albuminoïdes ne sont plus transformées en urée, mais en sels ammoniacaux dont la toxicité est assez forte. L'urée des urines diminue ; la toxicité des urines augmente : il en est de même de celle du sang où l'on décèle souvent la préserice du carbonate d’ammoniaque.
En état de déchéance organique le foie n'arrête plus pour les transformer aucune des substances toxiques que lui apporte l'intestin ; ni les sels ammoniacaux à acides organiques, ni l’ammoniaque, ni la leucine, l’asparagine, la sarcine. Il n'arrête plus aucune de substances qui peuvent être introduites accidentellement, ni la nicotine, l’atropine, la strychnine, l’hyoscyamine, etc., ni l'alcool, ni aucun des poisons microbiens, ni les produits des fermentations intestinales.
On conçoit que dans ces conditions les produits toxiques venus de l'extérieur et les poisons fabriqués par l'organisme vont s'accumuler dans les tissus et causer une série de troubles. C’est l'ensemble de ces troubles qui constitue l’insuffisance hépatique, et l'insuffisance hépatique a pour conséquence, l’insuffisance rénale, myocardique, cérébrale dont les effets s'ajoutent et mettent l'organisme en état de déchéance complète.
Parmi les tissus qui souffrent le plus de cette autointoxication, il faut placer le tissu nerveux. On observe généralement dans les insuffisances hépatiques des symptômes nerveux : agitation, dépression, dyspnée, tachycardie, troubles psychiques. C’est là surtout ce qui nous intéresse ici.
Etiologie des délires chez les hépatopathiques
Si l’on peut dire qu’il n’y a pas d'insuffisance hépa-