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maladie. Icile délire a disparu pour faire place à la démence: « ces déments insensibles à toute excitation physique et morale ont cessé de vivre avant de mourir » (Lasègne).
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De la dynamie fonctionnelle
Dans leur article dynamie, Robin et Littré donnent comme définition à ce mot : tout phénomène morbide dû à l’exagération des propriétés organiques ou vitales des tissus. C’est cette signification que lui a conservé le Pr Régis dans une remarquable thèse (Dynamie fonctionnelle 14879) à laquelle nous empruntons le titre de .ce chapitre et la plupart des idées qu'il contient.
Cette période de dynamie, trop intéressante en effet pour ne pas faire l’objet d’une courte étude semble être le premier acte de ce drame qui va se terminer par la mort du paralytique. « L'explosion évidente de la paralysie générale, dit le D' Lucas dans son article Manie, du Dictionnaire Encyclopédique, est très souvent précédée tantôt pendant plusieurs années, tantôt pendant quelques mois, seulement d’une période d’excitation maniaque qui, suivant J. Falret, mérite de figurer dans le cadre dela Manie raisonnante. Les travaux les plus récents sur la paralysie générale des aliénés ont prouvé que cette variété de manie se rattache toujours à une lésion inflammatoire des méninges et de la couche corticale du cerveau. Elle consiste en une exaltation extraordinaire de toutes les facultés, une activité démesurée de corps et d'esprit qui se manifeste
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non seulement dans le langage et les écrits, mais plus particulièrement encore dans la conduite. »
Ainsi que le fait remarquer le P* Régis, ces phénomènes d’excitation que l’on trouve aussi bien dans la forme expansive que dans la forme dépressive et qui font rarement défaut peuvent se manifester dans toutes les fonctions, se circonscrire à quelques-unes ou se localiser à une seule. On comprend d’ailleurs comment une maladie se traduisant par des lésions matérielles faciles à constater à l'autopsie, lésions dont le nombre, le siège et l'étendue peuvent varier, doit présenter cliniquement des symptômes variant de nature et d'intensité.
Fonctions intellectuelles. — Du côté des fonctions intellectuelles la dynamie fonctionnelle « se manifeste par un besoin incessant d'actes intellectuels presque toujours en rapport avec les goûts et la position du malade. » (Régis). Mais si les idées sont nombreuses, elles sont mal enchaïinées ; ce qu’elles ont gagné en quantité, elles l’ont perdu en qualité et si la nuance est difficile à saisir les premiers jours, elle s’accentue bientôt et dissipe les doutes
qu’on pourrait avoir encore sur la nature du mal.
La conséquence de cette exaltation maladive est de provoquer un certain nombre d’actes dont la puérilité, la diverSité, l'innopportunité sont les caractères les plus saillants. On voit à cette période, le paralytique entreprendre sans hésitation les affaires les plus audacieuses ; il risque sa fortune avec un sang froid magnifique. Il devient laborieux ; il plaide, discute, déclame avec une loquacité intarissable ;
il connaît tout, il sait tout, il est universel. « Aussi a-t-on vu des malades dans ces conditions de suractivité pathologique inventer des procédés nouveaux, des combinaisons nouvelles, se faire remarquer en un mot dans la direction spéciale à laquelle ils ont consacré leurs efforts par des inventions et des ressources d'esprit dont ils n'étaient pas capable avant leur maladie... Cependant on peut déjà constater quelques absences momentanées de mémoire ou d’intelligence, de véritables lacunes dans les conceptions en un mot des traces incontestables de démence commencçante qui sont comme la marque caractéristique de cette maladie
mentale même dès ses premiers débuts. » (Falret) |
Facultés affectives. — Lorsqu’à cette exaltation intellectuelle se joint l’exaltation des sentiments affectifs, le paralytique fait preuve à tous propos et hors de propos d’une générosité, d’un désintéressement, d’une charité sans bornes. Il devient l’ami de tout le monde; il donne à des inconnus des preuves de la plus vive tendresse ; il se livre à des largesses ridicules, à des aumônes disproportionnées.
Les animaux eux-mêmes n échappent pas à son affection; il en possède plusieurs,les nourrit avec le plus sun soin et la plus attentive des sollicitudes.
On comprend combien il est facile à ce moment d’ahuser de la naïveté de ce malade qui possède encore toute sa fortune, mais qui la dissiperait bien vite, si l’on n’y mettait bon ordre.
Fonction locomotrice. — Baïllarger insiste sur la fré-
quence de l’exaltation des fonctions musculaires chez les
| paralytiques généraux. (Appendice au Traité des Maladies | mentales, de Griesinger.)
On voit par là combien ce terme de paralysie générale
| est éloigné du sens que l’on serait tenté de lui attribuer. | La paralysie vraie n’est qu’un épisode très tardif de la ! maladie et bien souvent elle n’est représentée que par de Ja | parésie jointe à un certain degré d’incoordination.
Dans te cas d’excitation musculaire la marche, l’acti-
: vité motrice, sous toutes ses formes, devient pour le
paralytique un besoin impérieux. Il semble qu’il existe une
| véritable anesthésie musculaire car, après une longue } marche qui a dû exiger une somme d’efforts physiques
considérable, le malade interrogé répondra qu’il ne ressent aucune fatigue et, au bout de quelques instants, il éprouve le besoin de recommencer à nouveau.
Foville a signalé des aliénés migrateurs qui s’expatrient, courent sans cesse de pays en pays, véritables juifs errants qu'il faut soigneusement distinguer des per-
sécutés voyageurs.
Placés dans un agile, ils multiplient les tentatives d'é-
-vasion, avec si peu d’habileté d’ailleurs, qu’ils sont presque
toujours surpris sur le fait. Ils se contentent, le plus souvent, de tourner pendant des journées entières dans leur cellule ou dans une cour, ne prenant que le repos de la nuit et tirant vanité de la force de leurs muscles et de leur résistance à la fatigue.
Fonction de reproduction, — L’excitation sexuelle est
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tellement fréquente au début de la paralysie générale que plusieurs auteurs, prenant l’effet pour la cause, regardaient : la maladie comme étant provoquée par l’abus des plaisirs vénériens auxquels se livrent les malades sans aucune mesure.
Il suffit d'observer attentivement un malade, à cette période, pour se convaincre que l'excitation des fonctions génésiques ne précède pas, mais accompagne, une série d’autres symptômes, souvent assez nets.
Que les aptitudes génitales soient normales, qu’elles. soient augmentées ou amoindries, le malade commet les. actes les plus répréhensibles au point de vue moral. C’est à cette période que doivent se placer les attentats à la pudeur, les viols commis par les paralytiques généraux et qui constituent un gros chapitre de médecine légale.
Ces malheureux, torturés par des désirs insatiabies, incapables d’y résister à cause de la déchéance de leur volonté et de l'abolition du sens moral, se livrent souvent en public, avec une naïveté qui donne la mesure de leur. ‘inconscience, à des actes d’une lubricité révoltante. On voit elors des gens âgés, des hommes jusque-là d’une conduite irréprochable, des mères de famille, perdre toute retenue, tout sentiment de pudeur. Ils tiennent, en public, les propos les plus orduriers, fréquentent les maisons de prostitution où ils trouvent la satisfaction de leurs passions maladives, se livrent à une débauche effrenée, pratiquent l’onanisme. publiquement, sans respect pour le nom qu’ils portent et
qu’ils déshonorent, comme à plaisir.
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« Les femmes dit le D' Magnan, recherchent et provo- quent les hommes sans aucune réserve ; des mères de
famille] jusqu'alors irréprochables se livrent à la prostitu- + tion. À l'asile on voit ces malades accoutrées d’une facon é ridicule, les cheveux remplis d'herbes, de chiffons, de … bouts de papier, s’avancer le sourire provoquant et mur-
murer de leur voix hésitante des propositions obscènes » (Magnan et Sérieux : Paralysie générale). Marcé dans ses lecons rapporte le cas d’un malade
- qui témoignait du côté de ses organes génitaux d’une
ardeur extraordinaire. D'abord sa femme se rendit à ses . désirs ; il abusait alors de son droit de mari partout où il se | trouvait seul avec celle-ci, si bien qu'il lui arriva de renou- Br ses exploits conjugaux jusqu’à trente fois par jour. Il devint enfin d’une exigence telle que pour se mettre à
- l’abri de ses poursuites amoureuses la femme dut prier une de ses parentes de rester constamment auprès d’elle.
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Les femmes sont peut-être plus fréquemment atteintes que les hommes de cette excitation maniaque. Dans le
. monde on les regarde volontiers comme des hystériques ;
un médecin attentif a bientôt fait de ranger la maladie dans
… Je cadre qui lui convient.
S'il existe beaucoup plus d’observations d’attentats à la pudeur commis par des homines que par des femmes, c’est que le nombre de paralytiques généraux mâles est
infiniment supérieur aux mêmes malades de l’autre sexe.
Abus de boissons alcooliques. — Enfin il existe encore dans cette période de dynamie une série d'actes se rappro-
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à chant des actes des dipsomaniaques. C'est une tendance, un penchant irrésistible qui pousse le malade à boire de l'alcoo!, ce qui contribue à aggraver son état d’excitation. Cette tendance à laquelle le malade ne peut résister diffère de la dipsomanie vraie en ce qu’elle ne se manifeste pas par accès et persiste pendant toute la durée de la période que nous étudions.
Peut-être, suivant l'explication du P' Régis, ne faut voir dans ces abus des boissons alcooliques « que la. manifestation de ce besoin d'action qui pèse si violemment sur le malade et qui les transformant en organes passifs et. automatiques les oblige à dépenser de mille manières l’ardeur fébrile qui les dévore. » *
On note encore assez souvent chez le paralytique général une augmentation de l'appétit qui parait être la. conséquence de l'exaltation fonctionnelle et de la désassi-. milation considérable que doit subir l’organisme du malade à cette période. Mais plus tard l'appétit se change en! voracité de telle sorte que le malade avale sa nourriture sans la mâcher. Il en résulte parfois des morts acciden= telles par asphyxie. Cette fin du paralytique remet en mémoire la réflexion de Brillat Savarin : le sage seul sait manger.
En résumé, cette période de paralysie générale est importante à plus d’un titre. « Evoluant à un moment ou l'expression symptomatique est encore douteuse, elle peut en effet éclairer le diagnostic, provoquer une intervention”
>oque bien éloignée de son véritable début. » (Régis).
Le vol, l'homicide, le suicide
Les paralytiques généraux se rendent assez fréquemment coupables de délits ou de crimes qui provoquent leur arrestation et on ne s'aperçoit que plus tard à leur délire de plus en plus manifeste qu'ils sont SANS non d’une punition, mais d’un traitement.
Le vol est parmi les délits celui qui est le plus souvent commis par les malades, et comme tous les actes du paralytique il garde l'empreinte caractéristique de la maladie. Il est illogique, en désaccord avec les besoins, les désirs possibles du sujet ; en d'autres termes il devient un excellent élément de diagnostic, lorsque les signes somatiques sont encore si peu nets quil faut une étude attentive pour les trouver.
Dans quelle autre maladie que la paralysie générale le malade se ferait-il arrêter pour voler par exemple à l’échafaudage d’un macon une planche dont il n’a nul besoin et qu’il emporte tranquillement sur ses épaules ? C'est que dans la pluralité des cas le paralytique général n'obéit pas à un raisonnement avant de commettre un acte,
L'homme sain vole pour acquérir un objet utile ou précieux, pour augmenter son état d'aisance : son acte a une raison, un but. Aussi est-il préparé avec des précautions qui doivent en assurer le succès et qui mettent au
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. grand jour d’une facon évidente la responsabilité du cou- pable. - É Le maniaque commet des vols ayant un peu plus d’a-
nalogie avec ceux du paralytique. Il s'empare, en effet, - d'objets sans valeur le plus souvent, et dont il ne pourra se servir.
; Mais si l’on étudie avec quelque attention le carac- tère des vols du kleptomane et du paralytique, on s’aper- . coit bien vite que l’analogie n'est qu’apparente et les diffé- | | rences nombreuses.
ci Le maniaque obéit à une impulsion qui se produit dans i de certaines conditions, quelquefois à heures fixes, sou- Ê vent pour des objets déterminés. De plus, comme il sait ce « qu'il veut, il prend ses précautions pour avoir l’objet dé- - siré ; il s’en approche, profite de toutes les circonstances | qui peuvent le favoriser, s'approprie l’objet, le dissimule avec soin et le rapporte chez lui pour ne plus s'en occuper dès c: moment. | ; Tout autre est l'acte du paralytique. Son vol n’a le plus souvent pas de pourquoi, aussi n'aura-t-il pas de préférence pour tel ou tel objet. Il s’emparera aussi bien - d'un chiffon, d'une bouteille vide, d’une botte de navets et cela aux yeux des passants où même du véritable proprié-
- taire étonné d’une telle audace.
On cite partout le cas de ce paralytique général qui va prier deux agents de police de l'aider à rouler une pièce de vin qu'il vient d'enlever à la porte d’un marchand. La
chose est faîte d’une fa:on si dégagée, que les deux agents
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n’ont aucun soupcon et qu'ils deviennent les complices involontaires du voleur.
Darde rapporte l'observation d’un malade qui s’empare dans une gare d’une valise et sort tranquillement avec l’objet volé. Un autre prend un canard. Arrêté et interrogé sur les raisons de ce vol, il donne pour excuse que le canard était sur son passage.
Il est certains individus qui n'hésitent pas à utiliser cette tendance maladive qu'ont les paralytiques à s'empa-
rer d'objets divers. Le D' Pactel cite dans sa thèse le cas
d’un paralytique général que sa femme conduisait tous les jours jusqu’à la porte d'un grand magasin de nouveautés.” Elle l’attendait à la sortie et recueillait les objets qu'il avait dérobés.
Dans quelle classe d’actes doit-on ranger les vols commis par les Paralytiques généraux ? Le malade est-il poussé au vol par les idées de grandeur, de richesse dont
il est possédé si souvent, ou bien ne faut-il voir dans l’accomplissement de ces vols que le résultat d’un affaiblisse- : 3
ment intellectuel ou la manifestation de cet état d’agitation que-nous avons étudié plus haut: Les deux hypothèses ont été soutenues et contiennent chacune une part de vérité. Dans la plupart des cas en effet, le malade interrogé sur la cause de l’acte commis, répond qu'il ne s'en souvient plus ; il ne peut en donner la raison ou bien il a agi « par « rigolade, en jouant ». D'autres sont très étonnés qu’on attache une si grande impor'ance à un acte qui leur semble si naturel. Ne sont-ils pas possesseurs de tout te qui les
entoure et quoi d’extraordinaire à ce qu'ils se servent d’une chose dont ils sont les maitres ?
Pour ceux-là il est certain que le vol est la déduction logique de leurs conceptions de grandeur ou de richesses ; il faut avouer que c’est le petit nombre. Quoi qu'il en soit, il semble que l’on puisse ranger les vols commis par les Paralytiques dans la classe des actes déductifs où automaliques.
Cette catégorie d’actes déductifs, ces vols qui doivent être considérés comme le résultat logique du délire intellectuel peuvent avoir comme conséquences secondaires une autre variété aussi intéressante au point de vue médicolégal. Nous voulons parler de l’homicide « Le Paralytique général qui s’improvise maître de l'Univers, qui s'estime riche à millions, se croit parfois dans son droit quand il s’approprie les premiers objets venus. Si une résistance lui est opposée, il défendra son bien, si on passe outre, il frappe ; la conséquence logique de sa conviction délirante c’est qu'il ne fait qu’user de son droit de légitime défense» (Du Saulle, Berryer et Pouchet, Médecine Légale).
On comprend que dans ces conditions le paralytique général peut aller jusqu’au crime. Mais autant l'homicide est fréquent chez le persécuté, chez l’alcoolique agissant cous l'influence d’hallucinations terrifiantes, chez l’épileptique qui tue avec rage et ne se souvient plus ensuite du fait accompli ; autant il est rare chez le paralytique. Ainsi que le fait remarquer M. Voisin le plus souve it le malade est content de tout et de tous, pourquoi tuerail-il ?
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Mais dans la forme dépressive moins fréquente d'ailleurs l’homicide n’est pas un fait exceptionnel.
« Chez quelques paralytiques prédisposés par leurs antécédents vésaniques à la période de début ou durant les rémissions les idées de persécution se manifestent parfois cependant avec une certaine tenacité et peuvent même dans certains cas simuler un délire de persécution systématisé. » (Magnan et Sérieux).
Mais on retrouve encore dans ces crimes l'empreinte inévitable de la maladie. La déchéance intellectuelle du paralytique est trop considérable pour qu'il soit encore capable de raisonner son acte et quand il l’a résolu, pour le préparer de façon à le rendre possible. Sur une idée puérile, pour un motif des plus futiles, le paralytique s'empare d’une arme, annonce qu'il va tuer son persécuteur. Au besoin même il demande l'adresse de l'individu quil a choisi pour victime à des agents de police. On conçoit qu’un crime ainsi prémédité ait bien peu de chances de réussir. . F
Que le paralytique soit voleur ou meurtrier, il fait toujours preuve d’une inconscience qui éloigne toute idée de responsabilité. Cependant au début, il peut se faire que la responsabilité ne soit pas absolument détruite, car la liberté morale comme toutes les autres facultés intellectuelles ne se dégrade que peu à peu. « Théoriquement dit Voisin, il y aurait lieu d'admettre responsabilité partielle, pratiquement la chose est irrationnelle et impraticable. » Sans entrer plus avant dans une discussion médico-légale on
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peut conelure que pour tous leurs actes délictueux, les paralytiques sont irresponsables devant la loi et doivent bénéficier de l’art. 64 du Code pénal.
On pourrait répéter pour le suicide, ce qui a été dit de l’homicide. Le suicide est rare dans le cours de la paralysie générale. On le trouve de préférence dans la forme dépressive où se rencontre quelquefois le délire hypochondriaque, bien étudié par Bailiarger. Le malade en proie à toutes sortes de terreurs imaginaires, torturé par ses conceptions délirantes essaie de mettre fin à son supplice en attentant à ses Jours.
Le suicide exécuté dans ces conditions est un acte déductif. Est aussi acte déductif le suicide du paralytique général persécuté, échappant par la mort à la haine de son persécuteur.
Mais ces déterminations et ces actes sont peu fréquents, d’abord parce que ces formes de la maladie — persécution et hypochondrie — sont elles-mêmes assez rares et ensuite parce que quand le suicide est résolu le paralytique met en œuvre des moyens rarement efficaces. Son action, logique ou non, mal préparée, exécutée incomplètement reste comparable à tous les actes commis par le malade. L'un essaie de se suicider par le charbon, mais à peine le réchaud est-il allumé que, réfléchissant à la délicatesse de sa poitrine, il court à la fenêtre et l’ouvre toute grande ; l’autre plonge la tite dans l’eau de sa baignoire pour se noyer, mais il la retire aussitôt pour respirer.
L'homicide peut se rencontrer dans la forme expan-
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sive, tel ce paralytique qui tue sa femme parce qu'il la trouve trop insignifiante pour lui. Il en est de même du suicide.
Ritti cite le cas d’un paralytique qui se croyant possesseur de richesses incalculables et voulant signer des billets de plusieurs millicns pour enrichir les médécins qui le soignaient, s'imagina que les docks de Londres lui appartenaient et voulut aller les vendre. Comme on ne le laissait pas partir, il assura qu’il se tuerait. Un jour il parvint à s'emparer d’un couteau, se fit une égratignure dans la région du cœur, puis il alla raconter au surveillant ce qu’il venait de faire et les motifs qui l'avaient poussé à commettre cet acte.
Cette observation est intéressante à un double point de vue. Elle nous montre une fois de plus le caractère commun à tous les actes du paralytique et consigne un fait assez rare dans la forme expansive de la maladie.
Il ne faudrait pas confondre en effet avec un véritable suicide, c'est-à-dire avec un acte dans lequel l’auteur a l'intention arrêtée de se donner la mort, l’action de ce paralytique général qui, se croyant des ailes, monte sur un arbre et se précipite dans le vide, ou l’action de cet autre malade qui se jette devant une locomotive en marche qu’il veut arrêter.
L'acte est ici la conséquence des idées de grandeur, mais ne saurait être rangé dans la classe des suicides. C'est une mort accidentelle, camparable à celle du nageur qui trop confiant dans ses forces s'éloigne du rivage qu'il ne
peut regagner. Le délire des grandeurs empêche le paral ytique d’apercevoir le danger et l'impossibilité de son acte.
En résumé. les actes des paralytiques généraux considérés comme symptômes de la maladie pouvant permettre de porter un diagnostic sont assez fréquents soit dans la première période, soit dans la deuxième. Une périencéphalite chronique n'évolue jamais sans délire. « On peut admettre, dit M. le D' Arnaud (Congrès de Toulouse 1897) qu’il y ait des cas de paralysie générale sans délire, mais ces paralysies sans délire sont exceptionnelles et en suivant le malade on relève tôt ou tard, dans l'immense majorité des cas, quelques conceptions délirantes. »
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