DE LA FAUSSE HALLUCINATION
La simple conception d'un objet matériel, quand elle est vive et forte, peut se rapprocher beaucoup de Thallucinalion, mais ne doit jamais lui être entièrement assimilée; car il y a entre elles deux toute la distance d'un phénomène abstrait à un phénomène concret, tout l'intervalle qui sépare l'idée de la perception. Aussi , la désignons-nous sous le nom défausse hallucination, et non pas d'hallucination psî^chique ou intellectuelle, comme la nomme très-improprement M. Baillarger. Les théologiens n'avaient point négligé d'établir cette distinction. Saint Augustin appelle la conception simple dont il s'agit vision spirituelle, par opposition à l'hallucination, qu'il nomme vision corporelle (i). SaintBonavenlure la désigne par l'expression de vision imaginaire (2).
Si l'hallucination vraie est un symptômequi, de sa nature, participe de l'idée et de la perception sans être adéquat ni à Tune ni à l'autre, la fausse hallucination est un phénomène intermédiaire à l'idée et à l'hallucination vraie. Elle est plus qu'une idée, en tant que son objet revêt une forme vive et arrêtée qui se rapproche beaucoup de l'apparence d'un élément matériel, et elle est moins qu'une hallucination vraie, parce que cette forme , si vive et si
(1) Gènes, ad litter. , lib. 12.
(2) Profectu religios. jWh. 2, c. 75.^
arrêtée qu'elle soit, ne va jamais jusqu'à en imposer pour celle d'une perception.
DES FAUSSES HALLUCmATIONS DE l'oUIE.
Il n'est pas très-rare d'observer certains malades qui prétendent converser, par r intermédiaire de lapensée, avec des personnages invisibles, situés à des distances plus ou moins considérables. Un des cas de ce genre, qui m'a le plus frappé, parce que l'analyse de la fausse hallucination de l'ouïe était faite avec beaucoup de sagacité, de clarté et de précision par la personne qui en était le sujet, est celui d'une folle que j'ai vue et examinée conjointement avec le docteur Crouzet.
Madame B... entend presque chaque nuit, sans être endormie, des voix qu'elle reconnaît pour être celles de plusieurs personnes de sa parenté, et qui lui articulent très distinctement ces paroles : Nous nous ruinons pour subvenir aux frais de ton entretien, les monstres nous ont enfermés , et c'est toi qui es la cause de notre emprisonnement. Ces voix sont bien des hallucinations de l'ouïe, car, d'une part, la malade est placée à Paris, dans une maison d'aliénés où elle ne reçoit jamais la visite d'aucun membre de sa famille; et de l'autre, ses oreilles sont impressionnées par le timbre de ces voix imaginaires comme elles pourraient l'être par le son d'une voix véritable. Mais il y a plus : ces personnes qui lui parlent de la sorte, et auxquelles l'intérêt de sa justification lui fait un devoir de répondre, elle les entend aussi d'une seconde manière ; elle les écoute proférer d'autres paroles semblables, qui paraissent arriver tantôt d'un point de l'horizon, et tantôt de l'autre, mais dépourvues d'impression sensible ^ sans que son oreilk soit