DE LA FAUSSE HALLUCINATION. \A
Sainte Thérèse fait plus qu*exposer le tableau de ses fausses hallucinations , elle cherche à distingner ces phénomènes des simples conceptions imaginaires. «Lorsque , ditelle, c'est nous-mêmes qui parlons, nous le pouvons faire toutes les fois que nous le voulons et que nous sommes en oraison, en nous imaginant que Von nous parle. Mais il n'en est pas de même lorsque c'est véritablement Dieu qui nous parle, ainsi que je l'ai éprouvé, puisque, quelque désir que j'aie eu de l'entendre me parler , il s'est passé plusieurs jours sans que ce bonheur m'arrivât , et que d'autres fois , lorsque je n'y pensais point, il m'a favorisée de cette grâce. Que si quelqu'un, pour tromper le monde , disait qu'il aurait appris de Dieu ce qu'il se serait dit à lui-même , il ne coûterait guère d'y ajouter qu'il a entendu ces paroles avec ses oreilles corporelles ; et j'avoue sincèrement que je n'avais jamais cru que l'on pût entendre d'une autre manière , jusqu'à ce que je l'eusse éprouvé , après avoir tant souffert (1). »
Ailleurs (2), en s'expliquant au sujet d'une fausse hallucination qui lui avait offert le spectacle des trois personnes de la Trinité, elle ajoute : «De vous dire comment cela se fait, c'est ce qui m'est impossible ; mais je sais, à n'en point douter , que ce n'est point une imagination^ et c'en est si peu une , que, quelque effort que je fasse pour me rappeler la môme représentation , je ne puis y réussir. C'est ce que j'ai éprouvé plus d'une fois. »
La fausse hallucination n'est point un des modes du délire perceptif, puisque la perception sensoriale n'y joue aucune espèce de rôle ; mais c'est de tous les phénomènes du
(l)lbid., ch. 25.
(2) Lettre xiii de sa correspondance^ adressée, en 15^6, au père Rodrigue Alvarez, son directeur.
AiS DU DELIRE DES SENSATIONS.
délire intellectuel ou idéal celui qui affecte le plus d*analogie avec les éléments du désordre dont il s'agit. Dans la chaîne des faits qui constituent le domaine de la psychologie maladive , il est l'anneau servant de transition directe à l'illusion sensoriale, comme celle-ci est l'anneau qui précède immédiatement l'hallucination véritable.