C. CAUSES MÉCANIQUES
Pression exercée sur les organes des sens» — Tout le monde sait qu'un soufflet reçu plus ou moins près de l'oreille engendre des bourdonnements, des bruits de vagues, des sons de cloches, etc. ; que, reçu sur l'œil, il provoque la sensation de la lumière et des couleurs, sensation qu'on peut déterminer soi-même, à volonté, par une pression moins brusque.
Irritation exercée à Vaide d*un instrument piquant ou tranchant sur les organes des sens. — Nous avons dit plus hautjque, suivant Charles Bell, une pointe enfoncée dans la rétine occasionne une étincelle ou le passage d'une flamme ; que , suivant Tortual, cité par MûUer, la section du nerf optique, dans l'extirpation de l'œil, fait apercevoir de nombreuses gerbes de lumières; que, d'après Lincke, un individu auquel on venait de pratiquer l'extirpation du globe oculaire vit pendant plusieurs jours danser devant son orbite vide, l'œil sain étant fermé , des cercles de feu et des personnages fantastiques qui lui en imposaient pour la réahté ; que, selon M. Valentin, en piquant les nerfs olfactifs, on détermine la sensation des odeurs. Mûller, de son côté, prétend qu'une
(1) Mémoires de cet artiste, traduct. franc., par M. Fargasse, tom. I, p. 182 et suiv.
irritation semblable du voile du palais , de Tépiglotte et de la base de la langue provoque une saveur nauséabonde (1).
Suspension par le cou. — Suivant Bacon (2), un gentilhomme anglais à qui il prit la singulière fantaisie de savoir, *i'après sa propre expérience, si le supplice de la corde était très-douloureux, mais qui survécut à sa folle tentative, disait que, dans le premier moment de la suspension , il avait aperçu une flamme pareille à celle d'un incendie, qui s'était peu après changée en obscurité; puis, qu'un ami l'ayant rappelé à la vie , des couleurs bleues et pâles d'une grande magnificence passèrent alors devant ses yeux.
Au rapport de Legendre (3), un scélérat, échappé à la corde par la rupture de celle-ci, disait que l'accident qui lui avait sauvé la vie lui avait fait perdre la vision d'une lumière très-agréable.
Comment, dans ces cas, les fausses perceptions lumineuses, car ce sont les seules qu'on ait observées, surviennent-elles? Est-ce en [raison de l'accumulation du sang dans le cerveau? Est-ce par la compression des nerfs de la paire vague, ou bien est-ce par celle de la seconde vertèbre cervicale ? Peut-être de toutes ces façons, mais nous penchons de préférence vers la première ; car les mystiques indous, qui, dans le but d'aspirer à la sagesse, d'arriver à l'absorption en Dieu, s'efforçaient de retenir leur respiration (4), conséquemment chez lesquels il y avait alors stase mécanique du sang dans le cerveau, car ces individus se procuraient des hallucinations de la vue par ce moyen.
(1) Ouvr. cit,^ lom. ii. p. 239.
(2) Histor. vitœ et mortis.
(3) Traité de l'opinion, tom. m, p. 321.
(4) Voy. l'analyse des Oupnekhatj par M. Langulaoîs; Jour* ml asiatic/^f tom. ii, p. 213»
« Je fus, dit l'un d'eux à M. Dubois (1), quatre mois novice, sous un sannyasi (ascète). Je passais une bonne partie de la nuit éveillé, m'appliquant à éloigner de mon esprit toute pensée quelconque : je m'efforçais de retenir ma respiration aussi longtemps que possible. Un jour, je crus voir en plein midi une lune fort claire qui paraissait s'agiter. Une autre fois, je me crus trouver en plein jour au milieu de ténèbres épaisses. »»
Ébranlement du cerveau. — Hibbert (2) rapporte d'après Doddrige Thallucination suivante, arrivée, en 1719, au major Gardiner : « Ce militaire étant un soir occupé à parcourir machinalement un livre intitulé le Soldat chrétien, ou le Ciel pris d*assaut, livre que le hasard lui fit tomber sous la main, il vit un rayon extraordinaire de clarté se répandre sur l'ouvrage. Puis, comme il levait les yeux pour s'assurer d'où provenait cette lumière si vive, il aperçut devant lui et suspendue dans l'air, l'image de Jésus crucifié, entourée d'une auréole. Il y a plus, il entendit une voix qui prononça ces paroles : Pécheur, voilà comment tu es reconnaissant de ce que j'ai souffert pour toi /M, Gardiner fut tellement frappé de ce phénomène, qu'il resta longtemps sans connaissance et sans mouvement.
« Cette apparition du Sauveur sur la croix, dit avec beaucoup de justesse le docteur Hibbert, et ses paroles menaçantes, ne proviennent que d'un mélange de souvenirs qui avaient leur source dans quelque appel pressant à la pénitence, que le colonel avait lu ou entendu. » Puis, il ajoute dans une note : « Peu de temps avant cette vision, le colonel Gardiner avait fait une violente chute de cheval. Or, son cerveau ne pouvait-il pas être assez dérangé par cet
(1) Voyage dans Vlnde^ vol. ir, p. 271.
(2) Philosopha of apparitions j Edimbourg, 1824, p. 190.
accident pour lui représenter comme réelle une chose imaginaire? » Cette explication est pleinement confirmée par un autre fait dont les circonstances sont mieux connues et plus précises.
u Après l'accident, dit la célèbre madame Guyon (1), qui m'arriva de ma chute de cheval, qui me blessa tellement que je crachai le sang qui me venoit du cerveau, et que j'en mouchai plus de huit jours, le démon commença à se déclarer plus ouvertement mon ennemi, et à se déchaîner contre moi. Une nuit, lorsque j'y pensois le moins, il se présenta à mon esprit quelque chose de si monstrueux et de si effroyable que rien plus. Ce n'était qu'une face que l'on voyoit à la faveur d'une lueur bleuâtre. Je ne sais si la flamme composoit elle-même cette face horrible , car cela étoit si mélangé, et passa si vite, que je ne le pus bien discerner. Mon àme resta dans sa même assiette et sa môme assurance, comprenant que c'étoit le démon. Les sens en eurent quelque petit effroi. Mais pour l'âme, elle demeura sans aucun mouvement propre, et sans permettre au corps même de faire un signe de croix ; parce que , quoique cela eût chassé le démon pour ce moment, cela lui eût fait voir qu'on le craignoit ou que l'on savoit que c'étoit lui. Cette manière de le mépriser lui fait bien plus de dépit ; aussi ne parut-il plus de cette manière : mais il entra dans une telle rage, que, toutes les nuits, comme je me levois à minuit, il venoit à cette heure là, et faisoit des tintamarres effroyables dans ma chambre. Après que j'étois couchée, c'étoit encore pis ; il secouoit mon lit des quarts d'heures ; puis il alloit donner dans les châssis de papier je me levois,
(1) Fie de Madame Jeanne-Marie Bounères de la Mothe^ Gujouj écrite par elle-même. Cologne, 1720, in-12, vol. m, 2" part., cliap. v, p. A'^AA.
et j'allumois ma bougie à une lampe que je tenais allumée dans ma chambre... je me servois de ma petite clarté pour regarder par toute la chambre et aux chassis|[dans le temps que le démon y frappoit plus fort qu'à l'ordinaire. Mais comme il vit que je n'a vois peur de rien, il quitta tout-à-coup et ne m'attaqua plus en personne. »