C. CAUSES SOCIALES
Systèmes philosophiques, — L'idéalisme et le mysticisme sont plus favorables au développement du délire perceptif que le sensualisme et le scepticisme. On doit chercher la raison de ce fait dans la forme matérielle accordée à i'àme des morts, à l'être suprême ou aux divinités subalternes par les deux premiers systèmes, ainsi que dans la faculté qu'ils attribuaient à ces principes d'apparaître en ce monde, de se manifester quelquefois sous cette forme matérielle (3).
(1) Mem, cit., p. 41.
(2) Pline le jeune, Epist., lih, vu, lût. 26.
(3j Platon fait errer les urnes autour des tombeaux. Il pense que les défunts qui se sont livres sur la terre aux plaisirs bas et grossiers peuvent se manifester aux vivants (P/ifPri'o/î). — Selon Cicéron, qui incline évidemment Vers l'idéalisme des spéculations
Dion, qui aperçut de jour et veillant un spectre de femme, semblable à celui d'une furie, était l'élève le plus docile et le plus ardent du fondateur de l'Académie (1).
Brutus et Cléarque , dont les perceptions subjectives ont été rapportées plus haut, appartenaient aussi , comme chacun sait, à l'école de Platon.
Le chef du mysticisme Alexandrin, Plolin fut honoré de la présence immédiate de Dieu, quatre fois dans sa vie (2).
Porphyre , son disciple , se flatte d'avoir obteuu la même faveur , une seule fois , vers l'âge de soixante huit ans (3).
La plupart des mystiques modernes ont offert des hallucinations. Nous avons cité précédemment quelques unes de celles qui ont eu lieu chez Jérôme Cardan, Swedenborg , madame Guyon, Antoinette Bourignon.
C'était encore une femme livrée aux exaltations du mysticisme que Jacqueline- Aimée Brohon, auteur , dans sa jeunesse, de plusieurs productions httéraires, et qui, plus tard; quittant le drame et le roman pour se retirer dans la solitude , voyait si souvent les plaies et le sang de Jésus- Christ ; qui entendait sa voix, qui le prenait dans ses bras et lui posait la main sur sa bouche (-4).
académiciennes et sloïques, la figure de l'homme est semblable h celle des dieux. Ceux-ci se sont souvent manifestés d'une manière si sensible, qu'il fallait être ou stupide ou impie pour douter de leur présence {De naturd deoruni, lib. i, c. 18, — lib. ii, c. 2). Jamblique décrit la forme, la couleur et la physionomie de chaque classe de dieux et de génies admise dans la hiérarchie Alexandrine. Il indique la manière de les évoquer, de les rendre visibles et propices [De mjst. Egypt.).
(1) Plutarque, Fie de Dion.
(2) Fie de ce philosophe f par Porphyre.
(3) Ibid,
(4) « Un jour, Jésus-Christ lui dit en lui montrant la plaie de
Michael Mercatus, qui vit l'ombre de Marcile Ficin montée sur un cheval blanc , qui l'entendit proférer ces paroles : vera sunt illa (1) , était l'ami et le disciple du célèbre néoplatonicien de Florence (2).
Jeanne Leade , qui assurait que son mari , mort depuis longtemps, lui était apparu pour lui demander une bible et reconquérir ses droits d'époux (3), avait passé sa vie à méditer les ouvrages de Jacques Boehm.
Doctrines religieuses. — Si certains dogmes théologiques paraissent avoir eu pour point de départ» à l'origine des
son côté : Voîlà ton tombeau et ton lit nuptial, ne me cherche plus sur la croix, je t'ai cédé cette place ; je ne serai plus crucifié,
mes victimes le seront pour toi Un jour, dit-elle, Jésus
Christ me serra contre sa poitrine, appuya ma tête sur son bras droit, et, découvrant mon cœur, y jeta un trait de flamme ; il me pressa le cœur, et il en sortit abondamment du sang qui rejaillit par dessus mon Jésus, et forma comme une douce rosée au-dessus de lui. Il retomba ce sang, et se perdit dans une espèce de pluie qui sortait de toutes les parties du corps de Jésus.... Un jour qu'elle allait partir, Je'sus lui dit : « Emporte-moi donc avec toi, « je ne puis te quitter. » — Jelepris dans mes bras, oubliant le respect que je devais à moucher maître ; je lui coupai la parole, j'osai même mettre la main sur sa bouche adorable pour le faire taire..» Un autre jour, elle veut prendre une prise de tabac pour relâcher son esprit ; Jésus-Christ lui dit : « Laisse-là cette taban\!]kve^GiéconiQ-uio\,n\aiÇi\\e{Réjlexions édifiantes decettefemme^ «ouvrage écrit par ses admirateurs, 1791, tom. i, p. 29)! »
(1) Schellhorn, Amœnit litterar., t. ii, p. 112.
(2) Marcile Ficin et Michael Mercatus s'étaient promis que le premier des deux qui viendrait à mourir s'empresserait d'annoncer à l'autre la certitude des choses de l'autre monde.
(3) Dissert, historico-theolog. de Johann. Leadac mionihus et doctrind, in-4o, Tubing, ,1712.
sociétés, quelques hallucinations survenues aux législateurs et aux sages, l'autorité de ces dogmes a eu sa réaction ; elle a exercé directement ou d'une façon détournée une influence incontestable sur la manifestation du délire perceptif.
L'anthropomorphisme de plusieurs Pères de l'Église, la croyance des Origène (1), des TertuUien (2)^ de saint Augustin (3), à l'existence moitié abstraite et moitié corporelle de Tâme humaine, à Tétat étendu et figuré des anges et des démons, ne sont point étrangers au développement des hallucinations si communes au commencement de l'ère chrétienne.
Un ange apparaît à saint Paphnuce et lui dit : Venez maintenant , âme bienheureuse, et entrez dans le tabernacle dont vous vous êtes rendue digne (4).
Sainte Perpétue vit Jésus-Christ en habit de pasteur, qui lui mit dans la bouche quelque chose de doux et d'agréable (5).
Saint Antoine aperçut l'âme de saint Paul Termite, qui montait au ciel avec une troupe d'anges et de prophètes (6).
Le diable se manifeste au même anachorète, tantôt sous la forme d'une femme ou d'un enfant, tantôt sous la figure d'animaux féroces qui encombrent sa cellule, la fontretentir de leurs cris terribles, et menacent môme de le dévorer (7).
{1 ) Contra Celsum,
(2) De anima, — De resurrect. carn.
(3) Dedivînit. dœmon.
(4) Rufin, Fie de cet anachorète,
(5) Eusèbe, Hist, ecclés.^ lib. v, cap. 20.
(6) Saint Jérôme, Vie de Paul Vermite,
(7) Saint Athanase, Fie de saint Antoine.
Il saute sur les épaules de saint Hilarion, et le frappe à la tête avec un fouet (1).
' Il entre dans la cellule de saint Abraham, une cognée à la main ; il en ébranle les parois en s'écriant : Hâtez-vous, mes amis, hâtez- vous de venir pour lui arracher la vie ! Une autre fois, comme le saint solitaire mangeait, il se présente à lui sous la figure d'un jeune garçon, et lui renverse son pot-à-boire (2).
Il apparaît à Siméon Stylite sous la forme d'un ange resplendissant de lumière, qui, monté sur un char et traîné par des chevaux de feu, lui dit: Siméon, Dieu te mande près de lui. Je suis un de ses anges, et il m'envoie vers toi pour t'enlever comme autrefois Élie (3) !
Un jour, à l'heure de midi, sous la figure du monstre mythologique appelé Hippocentaure, il vient tourmenter saint Paul l'ermite qui cheminait à l'aventure au milieu du désert (4).
(1 Sai nt Jérôme, Fie de saint Hilarion,
(2) Saint Ephrem, Fie de saint Abraham,
(3) Saint Antoine, Fie de saint Siméon Stylite.
(4) Saint Jérôme, Fie de saint Paul V ermite.