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les portes de sa maison et de se coucher sans apercevoir personne. Il se lève, allume une chandelle à sa veilleuse et se dirige auprès du fantôme, qui s'évanouit aussitôt. Il ne lui en fallut pas davantage pour se rassurer. Ce que je viens d'apercevoir, se dit-il, n'a rien de réel ; c'est une vaine figure engendrée par mon esprit fortement préoccupé.
Le lendemain soir, étant encore dans son lit, il entendit des chuchottements qui semblaient venir de la chambre placée au-dessus de la sienne, et il distingua la conversation d'un homme et d'une femme. Il crut d'abord que tout cela se passait réellement dans la chambre de l'étage supérieur; mais comme ces chuchottements et ces conversations recommencèrent les jours suivants, à des heures où il savait que personne n'était dans la chambre en question, et comme surtout les paroles qu'il entendait étaient presque toujours les mêmes, il ne tarda pas à s'apercevoir que tout cela provenait exclusivement de son imagination.
Un rhumatisme articulaire vint délivrer M. Boussard de ces hallucinations visuelles et auditives.
« Frédéric W..., âgé de 25 ans, né dans un village près de Mayence, était employé dans une brasserie à Strasbourg, lorsqu'il quitta cette ville en 1835, pour se rendre à Saint- Etienne; il se sépara alors d'une jeune personne avec laquelle il avait eu des relations, mais à laquelle il n'était que faiblement attaché. Depuis deux mois il habitait Saint- Etienne, lorsqu'une nuit il entend marcher autour de son lit et sent quelque chose qui semble passer par dessus sa couverture ; le lendemain à la même heure, même bruit ^ mais alors il entend distinctement ces mots : Ah I je t'ai donc trouvé. Il reconnaît la voix de la personne laissée à Strasbourg. »
« Depuis lors, cette voix le poursuit partout; elle lui demande de l'argent, lui parle de mariage, et le menace du
diable s'il ne se rend à ses instances \ enfin elle l'obsède tellement, qu'il ne peut plus travailler ni dormir ; il consulte un médecin de Saint-Etienne, qui le saigne et le met à Tusage des boissons délayantes. Ce traitement n^ayant point amélioré son état, il se rend à Lyon, et entre à l'hospice de l'Antiquaille, le 1" octobre 1835. »
« Le lendemain de son entrée, il nous donne lui-même, avec calme et précision, les détails que nous venons de rapporter, et répond avec justesse à toutes les questions que nous lui adressons. »
« Il ne voit pas la femme qui lui parle, mais il entend très distinctement sa voix ; il ne se passe pas d'heure qu'elle ne lui adresse la parole j lorsqu'on lui dit de l'écouter, il penche la tête à gauche et ne tarde pas à l'entendre ; il répète alors mot pour mot ce qu'elle dit. »
« Cet homme jouit de toute sa raison ; il sait fort bien que la femme dont il entend la voix n'est pas auprès de lui. Il faut, dit-il en riant, qu'elle ait fait un pacte avec le diable-, Une peut expliquer autrement ce qu'il éprouve-, mais il ne s'arrête pas à cette idée qn'il sait être ridicule (1). »
Matthey (2) donnait des soins à une dame sexagénaire, d'une grande susceptibilité nerveuse. Cette personne était affectée de visions singulières -, elle voyait un voleur entrer dans sa chambre et se cacher sous son lit; ce qui lui occasionnait des battements de cœur et un tremblement des membres. Cependant elle reconnaissait la fausseté de l'objet de celte perception -, elle était persuadée que personne n'avait pu s'introduire chez elle ; elle se gardait bien de céder à l'impulsion instinctive qui la sollicitait d'ouvrir la fenêtre et de crier au secours» Le combat qui se faisait en elle entre
(l)M-Bollex, Essai sur tes hallucijiat.jLjon^ 1836, p. 18-19. (2) Recherches sur les maladies de Vcsprity I816j p. 258*
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Terreur et la vérité durait quelques minutes, après quoi la seconde remportait sur la première. Alors elle s'approchait du lit avec un air de triomphe, et l'examinait de manière à prouver que ses craintes avaient disparu. Malthey a été spectateur plus d'une fois des efforts que cette dame entreprenait pour écarter les idées auxquelles ces hallucinations tendaient à donner naissance.
« Je connais, dit Charles Bonnet (1), un homme respectable, plein de santé , de candeur, de jugement et de mémoire , qui , en pleine veille , et indépendamment de toute impression du dehors, aperçoit de temps en temps, devant lui , des figures d'hommes, de femmes, d'oiseaux, de bâtiment, etc. Il voit ces figures se donner différents mouvements , s'approcher, s'éloigner, fuir, diminuer et augmenter de grandeur, paraître , disparaître , reparaître : il voit des bâtiments s'élever sous ses yeux et lui offrir toutes les parlies qui entrent dans leur construction extérieure : les tapisseries de ses appartements lui paraissent se changer toutà-coup en tapisseries d'un autregoût, et plus riche. D'autres fois, il voit les tapisseries se couvrir de tableaux qui représentent différents paysages. Un autre jour, au heu de tapisseries et d'ameublements, ce ne sont que des murs nus, et qui ne lui présentent qu'un assemblage de matériaux bruts. . , . . . . Toutes ces peintures lui paraissent d'une netteté parfaite , et l'affectent avec autant de vivacité que si les objets eux-mêmes étaient présents ; mais ce ne sont que des peintures ; car les hommes et les femmes ne parlent point et aucun bruit n'affecte son oreille. La personne dont je parle a subi en différents temps , et dans un âge avancé , l'opération de la cataracte aux deux yeux. Le grand succès, qui avait d'abord suivi cette opération, ne se serait point
(1) Essaianaljt. sur les facultés de rdme, ch. 23, p. 426*
sans doute démenti, si un goût trop vif pour la lecture avait permis au vieillard de ménager l'organe comme il demandait à l'être. Actuellement lœil gauche, qui était le meilleur, est presque sans fonction : l'œil droit lui permet encore de distinguer les objets qui sont à sa portée. Mais ce qu'il est important de remarquer , c'est que ce vieillard ne prend point, comme les visionnaires, ses visions pour des réalités; il sait juger sainement de toutes ces apparitions et redresser toujours ses premiers jugements. Ces visions ne sont pour lui que ce qu'elles sont en effet, et sa raison s'en amuse. Il ignore d'un moment à l'autre quelle vision s'offrira à lui, son cerveau est un théâtre dont les machines exécutent des scènes qui surprennent d'autant plus le spectateur qu'il ne les a point prévues. »
« Dans rétat d'affaissement qui suivit unemaladie inflammatoire , dit Eusèbe Salverte (1) , un homme, également distingué par son esprit et ses talents militaires, fut assailli de visions d'autant plus étranges qu'il jouissait en même temps de la plénitude de sa raison , qu'aucun de ses sens n'était altéré, et que néanmoins les objets fantastiques qui l'obsédaient, et qu'il savait bien ne point exister, frappaient sa vue aussi fortement , et lui étaient aussi faciles à énuméreret à décrire que les objets réels dont il était environné. » Dans cette catégorie d'hallucinés se range une foule de pieux ou d'illustres personnages. Les perceptions subjectives de saint Antoine, de saint Pacôme, de saint Hilarion, de saint Paul l'ermite, de saint François d'Assises, de saint Bernard, de saint Thomas d'Aquin, de sainte Thérèse, etc., etc., impliquent tout aussi peu la folie que celles de Raymond Lulle, de Jeanne d'Arc, de Luther, de Descartes et de Spinoza. Elles sont des phénomènes psycholo-
(1) Omr, cit.t p. 54»
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giques anormaux, des symptômes passagers d'une surexcitation cérébrale déterminée par la solitude, Texcès dans la méditation et les austérités du cloître , mais rien autre chose déplus. Si ces hommes subissaient le joug d'une chimère en admettant la réalité extérieure de l'objet correspondant à leurs perceptions vicieuses, ils se trouvaient auss^ dans des conditions spéciales qui expliquent et justifient leur erreur. A Tépoque où ils vivaient, alors qu'on était si loin de soupçonner les véritables lois de la psychologie maladive, la croyance à l'objectivité des visions était un fait qui avait pour lui Tassentiment général. Or, quelque bizarre, quelque fausse que soit une idée, on n'est jamais fou dès qu'on pense et qu'on raisonne comme tout le monde. L'aliénation mentale frappe quelques individus, mais elle n'atteint pas toute une société, elle ne sévit pas contre tout un siècle.
Tout en coïncidant avec l'intégrité parfaite de la raison, tout en étant pris par celui qui les éprouve pour ce qu'ils sont en réalité, les phénomènes du délire perceptif, quand ils roulent sur des objets effrayants et sinistres, et notamment lorsqu'ils ofTrent de la ténacité, peuvent quelquefois réagir sur le physique, déterminer une maladie grave, et môme, dans certains cas, amener la mort.
Un jurisconsulte itaUen, Alexander ab Alexandre, rapporte le fait suivant, qu'il prétend avoir appris de la bouche d'un personnage docte et sérieux, auquel il était arrivé. — Ce personnage accompagnait de Rome aux bains de Cumes un ami qui pensait y trouver quelque adoucissement à un mal incurable. Après avoir marché tous deux pendant plusieurs journées, le malade rendit l'âme en route, dans une hôtellerie. Les funérailles terminées, le compagnon reprit le chemin de Rome. Or, la nuit, dans une hôtellerie champêtre, étant couché sans dormir encore^ la figure pâle et
défaite de son ami trépassé vint s'offrir à sa vue et fixer sur lui un regard attentif. Transi de peur, il interroge le fantôme \ mais, sans répondre , celui-ci quitte ses vêtements, se couche à son côté et l'embrasse. Cette vision causa tant d'effroi au personnage dont il s'agit, qu'il en tomba gravement malade. Revenu à la santé, il prétendait que la peau du spectre lui avait semblé aussi froide que la glace (1).
« Mes visions ont commencé (c'est un malade qui parle à un médecin ami de Walter Scott), il y a deux ou trois ans. Je me trouvais de temps en temps ennuyé par la présence d'un gros chat qui entrait et sortait, sans que je pusse dire comment, jusqu'à ce qu'enfin la vérité me fût démontrée, et que je me visse forcé à ne plus le regarder comme un animal domestique, mais bien comme un jeu des éléments qui n'a aucune existence, si ce n'est dans mes organes visuels en désordre ou dans mon imagination déréglée. . . .
....... Je supportais avec tranquillité la présence de
mon visiteur imaginaire, qui m'était devenue très-indifférente, lorsque, pendant quelques mois, lui succéda un spectre d'une plus grande importance, ou qui du moins a un aspect plus imposant. Ce n'était autre chose que l'apparition d'un huissier de la cour, habillé comme pour assister un lord heutenant de l'Irlande, un lord haut commissaire de l'Église, ou tout autre personnage qui porterait sur son front l'empreinte et le rang d'un délégué du souverain. »
« Ce personnage en habit de cour, avec la bourse et l'épée^ une veste brodée et le chapeau sous le bras, se glissait à mes côtés comme l'esprit du beau Nash, et, soit chez moi,
(1) Génial, dièr,^ lib. 2, cap. 9.
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soit chez les autres, montait Tescalier devant moi, comme pour m*annoncer dans un salon, puis se môlait à la société, quoiqu'il fût évident que personne ne s'apercevait de sa
présence , .
Après quelques mois, je n'aperçus plus le fantôme
de l'huissier : il fut remplacé par un autre, horrible à la vue et effrayant à l'imagination, puisque ce n'était autre chose que l'image de la mort elle-même, l'apparition d'un squelette. Seul ou en compagnie, poursuivit l'infortuné vieillard, la présence de ce fantôme ne m'abandonne jamais. En vain je me suis répété cent fois que ce n'est point une réalité, mais simplement une image équivoque, la pénétration maladive d'une imagination surexcitée, ou l'effet d'un dérangement dans l'organe de la vue ; mais à quoi servent ces réflexions lorsque l'emblème et le présage de la mort sont devant mes yeux. — Ce squelette, dit le docteur, semble donc toujours présent à vos regards ? — Mon malheureux destin, répondit le malade, est de le voir toujours. — Je comprends, continua le médecin, il est à l'instant même présent à votre imagination ? — Il est présent à mon imagination. — Et dans quelle partie de votre chambre le voyez-vous? — Immédiatement au pied de mon lit : lorsque les rideaux sont entr'ouverts, le squelette me paraît se placer entre eux, et remplir l'espace vide. Le docteur, quittant sa chaise aux côtés du lit où était couché le malade, se mit entre les deux rideaux entr'ouverts, dans l'espace indiqué comme étant la place occupée par le fantôme, et demanda si ce dernier était encore visible. — Non entièrement, dit Thalluciné, car votre personne est entre lui et moi^ mais j'aperçois sa tête par-dessus vos épaules. >. Le malade en question, à force d'être ému par l'horrible image qu'il avait sans cesse sous les yeux, et quoique toujours aussi fortement convaincu de son défaut de réalité,
finit pourtant par tomber dans une angoisse qui le conduisit au tombeau (1).
D'une autre part, une idée lumineuse, une découverte utile aux intérêts de la société, une résolution héroïque, qui serait toujours restée obscure et non avenue de Tesprit dans l'état d'intuition ordinaire, et malgré tous les efforts de la méditation la plus profonde, se révèle quelquefois à la conscience spontanément et d'une façon admirable, sous la forme du mode hallucinatoire.
Guillaume de Tocco rapporte, d'après le père Renaud, confesseur de saint Thomas d'Aquin, l'hallucination suivante, qui survint à son illustre pénitent : Lorsque le docteur universel écrivait ses commentaires sur Isaïe, il rencontra un texte très-obscur et dont le sens lui parut si difficile, qu'il eut recours à des prières plus ferventes et à des jeûnes plus rigoureux, afin d'obtenir de Dieu la faveur de bien apprécier le génie du prophète. Or, quelques jours après, la nuit, le père Renaud, qui couchait près de sa chambre, l'entendit parler à quelqu'un, sans comprendre ce qu'il disait, et sans voir son interlocuteur. Bientôt saint Thomas, s'approchant du lit du père Renaud, s'écria : Levez-vous, prenez de la lumière et le cahier de mes commentaires sur Isaïe. Puis, après lui avoir dicté de longs fragments, il le renvoya dormir. Le père Renaud lui ayant demandé avec qui il s'était entretenu, il lui avoua, non sans beaucoup de difficultés, et en lui faisant promettre de ne point divulguer l'événement durant sa vie, que Dieu lui avait envoyé saint Pierre et saint Paul, et que c'étaient eux qui lui avaient facilité la compréhension du texte dlsaïe (2).
(1) Walter Scott, Démonologlef hllïe première.
(2) P^ie déjàcit,f^dr le père Touron, p. 274*
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Un gentilhomme de la Bretagne, le sieur delà Courtinière était mort victime d'un assassinat commis par sa femme, et son cadavre avait été enfoui par elle dans un des celliers du château qu'il habitait. Aucune rumeur publique n'incriminait la châtelaine, qui expliquait de diverses manières la disparition de son époux, qui l'attribuait tantôt aux circonstances d'un duel, et tantôt à une rencontre de brigands au milieu d'une foret. Le défunt avait un frère qui, en qualité de tuteur de ses neveux, venait souvent visiter sa bellesœur. Or, un jour, comme ce dernier se promenait dans le jardin du château en contemplant un parterre rempli de belles tulipes, fleurs que son frère aimait beaucoup et qu'il cultivait avec un soin extrême, il fut pris d'un saignement de neZ; qui tout aussitôt le fit penser au défunt ; et, dans le môme instant, il aperçut l'ombre de celui-ci, qui semblait lui ordonner de le suivre. Il marche derrière elle, il l'accompagne jusqu'au cellier du château, et là, il ne tarde pas à la voir disparaître. Cette vision illumine tout à coup son intelligence, il se livre à une enquête minutieuse, et le mystère du meurtre finit bientôt par s'éclaircir entièrement (1).
Quoique étrange, ce dernier fait n'a rien d'invraisemblable et d'inaccessible aux lumières de l'analyse psychologique.
Le frère de la victime ne se trouvait probablement pas satisfait des explications embarrassées de la châtelaine. Son imagination lui laissait sans doute pressentir le crime de cette femme et lui permettait de deviner vaguement l'endroit où elle avait caché le cadavre. Or, en apercevant, dans le parterre du château, des fleurs qu'aimait et que cultivait le défunt, il dut, en vertu du principe de l'association des
(1) Recueil de dissert, surlesapparit. et les visions^ par Lenglet-Dufrcsiioy. In-12, Avignon, 1751, t. 2, p. 15.
idées, se rétracer dans Tesprit ïa flgure de ce dernier, et , d'une autre part, en raison du même principe d'association, la vue du sang qui s'échappait de ses narines dut lui remémorer toutes les circonstances relatives à l'assassinat en question. De là, ces conceptions imaginaires devenant assez vives pour se traduire en apparence de perceptions sen^ soriales sous l'influencj d'une cause quelconque, la singulière hallucination qui vient d*être racontée.
Un jour d'été, à l'heure de midi, Jeanne-d'Arc, alors âgée d'environ douze ans , se trouvait dans le jardin de son père, situé tout auprès de l'église de Dom-Remy. Or, elle vit de ce côté une lumière éblouissante, et elle entendit une voix prononcer ces paroles : « Jeanne; sois bonne et sage enfant, va souvent à l'église. »> — La pauvre fille eut grand'peur de tout cela (1).
Une autre fois, elle entendit encore la même voix et elle aperçut la même clarté. Mais elle vit de plus, au miUeu de celle-ci , de nobles figures dont l'une avait des ailes , et qu'elle prit pour l'archange Saint-Michel, qui lui parla en ces termes : « Jeanne , va au secours du roi de France , et tu lui rendras son royaume. » A quoi elle répondit toute tremblante : « Messire, je ne suis qu'une pauvre fille ; je ne saurais chevaucher ni conduire les hommes d'armes. » — La voix répondit : « Tu iras trouver M. de Baudricourt, capitaine de Yaucouleurs, et il te fera mener au roi. » Le même archange revint un autre jour et lui raconta les malheurs qui étaient au royaume de France, etc. (2).
Or, on sait le résultat de ces hallucinations de l'ouïe et de la vue : la délivrance du joug qui pesait si durement sur
(1) Procès de la Pucelle, édit. de M. Buclion, 1827, interrogatoire du 22 février, p. 59. ^
(2) Ibid. Interrog. du 15 niar5, p. 123.
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notre patrie, au XV^ siècle , l'expulsion des Anglais entiè • rement due à Tinitiative de cette vierge enthousiaste et courageuse.
Le délire perceptif compatible avec l'intégrité de la raison n'a rien de grave en soi , il ne tend en aucune manière à déterminer la folie, quand il est isolé, rare et fugitif; mais il n'en est plus de même pour peu qu'il se joigne à d'autres éléments psychologiques anormaux, et lorsqu'il persiste ou se réitère un assez grand nombre de fois.
Pascal , dans les dernières années de sa vie , nous offre le spectacle bien affligeant de l'hallucination qui n'est pas encore soumise au joug de la folie, mais qui cependant n'est déjà plus toujours compatible avec l'intégrité parfaite de la raison :
a Ce grand esprit, dit un janséniste contemporain, l'abbé Jean-Jacques Boileau (1), croyait toujours voir un abîme à son côté gauche, et y faisait mettre une chaise pour se rassurer. Je sais l'histoire d'original (2). Ses amis, son confesseur, son directeur avaient beau lui dire qu'il n'y
(1) Lettres -posthumes sur différents sujets de morale et de piété, in-12, Paris, 1737, lettre neuvième.
(2) L'abbé Jean-Jacques Boileau était atiaclié au confesseur de Pascal, à Saci,et tenait très probablement le fait de la bouclie de ce dernier. Le silence à cet égard des sœurs de Pascal s'explique facilement. Madame Pcrier et Jacqueline Pascal avaient intérêt à ne point divulguer une anecdote susceptible d'ébranler l'opinion de leur siècle et celle de la postérité sur la force de raison qui caractérisait le génie de leur frère. La réserve de la nièce de Pascal, Marguerite Pcrier, dont les notes originales servirent à composer ce qu'on lit de la vie de ce grand homme dans les mémoires d'Utrecht, doit être attribuée au même motif.
avait rien à craindre, que ce n'étaient que des alarmes d'une imagination épuisée par une étude abstraite et métaphysique, il convenait de tout cela avec euxj et , un quart d'heure après, il se creusait de nouveau le précipice qui reffrayait. »