‹ Du délire des sensationsChapitre 61 sur 70 · LA JURISPRUDENCE · texte numérisé non relu

LA JURISPRUDENCE

Le délire perceptif est très-souvent, chez les aliénés, l'origine de certains écarts de conduite , le point de départ de plusieurs actes que, chez des individus sains d'esprit, la morale aurait à blâmer ou la justice à punir.

11 est des fous qui abandonnent leur domicile habituel, pensant voir cesser ailleurs les fausses perceptions dont ils sont assaillis-, et d'autres qui , dans le même but, cheminent au hasard pendant la nuit. Aussi, dans les accusations de vagabondage, les jurisconsultes doivent-ils avoir l'attention éveillée sur ce point, pour peu qu'ils soupçonnent un état de folie chez les prévenus.

« C'est en 1796, dit Berbiguier, que je quittai Carpentras, ma ville natale, pour venir me fixer à Avignon. En y arrivant, je logeai dans une maison bourgeoise où se trouvait une fille qui vint m'offrir ses services, et qui, quelque temps après, lorsque je me fus mis dans mes meubles, vint me proposer de me faire faire le jeu du taro. Après maints refus de ma part, je consentis, à regret, à ce qu'elle me fit venir une femme, nommée la Mamoite^ qui fut celle qui me fit le jeu, et qui y ajouta malgré moi une cérémonie qui doit avoir été celle qui m'a mis entre les mains des farfadets. . . .

En sortant de

chez moi, je me suis livré à mes occupations ordinaires. A

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dix heures et demie du soir, je me retirai. J'écoute, et j'entends dans mon appartementet au-dessus de ma tête un bruit extraordinaire. J'allume mon flambeau; je ne vois rien, toutes mes recherches sont infructueuses. Le bruit que j'entendais , sans que je pusse voir d*où il partait , ressemblait au mugissement des bêtes féroces. Je me déterminai à me mettre au lit. Je n'y fus pas plus tôt placé, que les mêmes bruits se firent entendre plus près de moi. On frappa sur tout ce qui m'entourait, particulièrement au-dessous de mon lit. Effrayé, je me lève pour me placer sur un sopha, où je croyais devoir être plus tranquille. Hélas! il en fut de même à cette place, ce qui me détermina à sortir de mon appartement, où je ne retournai qu'à l'heure à laquelle je savais que ma femme de ménage avait l'habitude de venir pour faire ma chambre , et à laquelle effectivement elle arriva. En la voyant , je n'eus rien de plus pressé que de lui demander pourquoi, dans la nuit, j'avais entendu tant de bruit sous mon lit et sous mon sopha. Elle me traita de visionnaire Pendant les huit jours qu'elles (sa

ménagère et /a 31ansotte) mirent à leurs magies, je fus d'une tristesse accablante. Un bruit sourd se faisait entendre chez moi, jour et nuit. ... Le quatrième jour, elles se métamorphosaient en chats, venant sous mon lit pour me tourmenter. Je leur fis des reproches, mais je me détermi* nai à ne plus me coucher. D'autres fois elles venaient en chiens. J'étais accablé par le miaulement des uns et l'aboiement des autres Pendant

quinze jours, je quittai mon domicile pour vivre dans un

autre pays. Je ne fus pas plus tranquille

Je courais les rues pendant que tous les

habitants de la ville fermaient leurs paupières. Je n'entrais chez moi que pendant le jour; et comment aurais- je pu me déterminer à y rester pendant la nuit! C'était alors que le

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