DANS LES LÉSIONS ANATOMIQUES
La douleur très-vive au sommet du front, le commencement de délire et les nausées nous portèrent à diagnostiquer une méningite légère. Nous conseillâmes l'application d'une vessie pleine de glace sur la tête, et 30 centigrammes de tartre stibié dans une potion. Nous ne jugeâmes à propos ni de pratiquer une saignée, ni de faire appliquer des sangsues derrière les oreilles, en raison de la faiblesse du pouls, de la prostration des forces et des renseignements qu'on nous avait fournis sur les causes de la maladie.
Le 4, même état que la veille. La potion a été tolérée. Il n'y a pas eu un seul instant de sommeil. Pendant la nuit, madame J*** voit ses enfants passer et repasser devant ses yeux en exécutant mille sauts divers, quoique les sachant tous parfaitement endormis dans une pièce voisine.
Toutefois cette hallucination se manifestait exclusivement lorsque la malade rapprochait ses paupières-, sitôt qu'elle ouvrait ses yeux, la fantasmagorie s'évanouissait.
Matthey (1) mentionne le cas d'un jeune homme qui, dans l'accès d'une frénésie ou méningite déterminée sous l'influence d'une trop forte chaleur, disait avoir aperçu un vieillard à barbe blanche et vêtu de drap blanc, qui lui faisait signe de venir à lui, et qu'il suivit longtemps à travers les bois et les rochers où ce malade s'était enfui en prenant ce vieillard pour le père éternel.
L'hallucination suivante qu'eut Benvenuto Cellini, à Rome, durant le cours d'une fièvre grave dont on désespérait de le sauver, coïncidait fort probablement avec une méningite: « Un vieillard terrible, raconte-t-il , venait me trouver dans mon lit ; il voulait m'entraîner par force dans sa grande barque. Alors j'appelais Félix (son associé et son ami) pour qu'il s'approchât de moi et qu'il chassât ce vieux
(1) Ompt. cit.f p. 183.
coquin. Félix, qui m'affectionnait, courait en pleurant et criant : Va-t-en, vieux traître, qui veux m'enlever tout ce que j'ai de plus précieux î — Messire Giovanni Gaddi (un de ses médecins) , qui était présent, disait : Ce pauvre jeune homme! il a le délire, il ne lui reste plus que quelques heures. Mattio Franzesi (élève de ce médecin) ajoutait : Il a lu le Dante, et il disait en riant: Ya-t-en, n'ennuie pas notre Benvenuto. Voyant qu'on se moquait de moi, je m'adressai à messire Giovanni Gaddi, et je lui dis : Sachez, mon cher maître, que je n'ai pas le délire, que c'est une chose vraie que ce vieillard me cause de grands tourments; mais vous feriez mieux de me débarrasser de ce malheureux Mattio, qui se moque de mes souffrances; et puisque votre seigneurie daigne me visiter, elle devrait venir avec messire
Antonio Allegretti , messire Annibal Caro, etc
La plaisanterie devint du
sérieux, car messire Giovanni ne voulut plus le revoir et fit appeler messire Antonio Allegretti, Ludovico et Annibal Caro. Leur visite me fit beaucoup de bien. Messire Ludovico me demanda ce que je voyais et comment c'était fait; pendant que je le lui décrivais fort bien , ce vieillard me saisit par le bras et me tira à lui avec force. Je leur criai très-fort de me porter secours, parce qu'il voulait me jeter sous le tillac de sa barque effroyable. Ayant dit ces mots, je tombai dans un évanouissement profond. Il me sembla qu'il me jetait dans sa barque. On m'a dit que pendant que je restai sans connaissance, je me débattais, j'injuriais messire Giovanni Gaddi, lui disant qu'il ne venait pas me voir par charité, mais pour me voler, etc. (1). »
Les hallucinations sont-elles en rapport avec telle portion de l'arachnoïde enflammée plutôt qu'avec telle ou telle autre?
(1) Oui^r. cit.y tonu i, p. 237 et suiv.
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Elles paraîtraient, suivant M. Lembert (1) , se lier de préféférence à l'arachnitis des ventricules. Cet auteur fonde son assertion sur un seul fait pris dans un journal américain. Mais ce fait est dépourvu de toute valeur , car pour être en droit de soutenir l'opinion dont il s'agit, il faudrait avoir observé des hallucinations chez un sujet qui , à Tautopsie, eût offert les traces d'une inflammation bornée exclusivemeat à la séreuse des ventricules. Or, il n'en était point ainsi dans ce cas. Sans doute, la lésion la plus notable se faisait remarquer dans la cavité des ventricules qui étaient distendus par une quantité énorme de sérosité^ mais il y avait en môme temps épaississement et infiltration de sérosité des deux côtés de la convexité du cerveau. MM. Martinet et Parent (2) citent bien aussi deux cas où des hallucinations de Touïe et de la vue ont coïncidé avec un épanchement assez considérable de sérosité dans les ventricules, mais ici, comme dans le fait emprunté au journal américain, la lésion anatomique n'était point exclusivement limitée à la séreuse de ces cavités; car il y avait rougeur et épaississement au sein d'une portion très- étendue de l'arachnoïde recouvrant la partie supérieure des hémisphères cérébraux.
D'une autre pari, des observations assez nombreuses, rapportées par MM. Martinet et Andral, d'arachnitis exclusivement circonscrite dans la cavité des ventricules, ne mantionnent aucun fait d'hallucination.
Ainsi donc l'assertion de M. Lembert ne doit point être admise, comme on voit, faute de preuves suffisantes.
Nous pensons de notre côté que les hallucinations dans la
(1) Du délire sous le rapport du diagnostic, thèse soutenue à la Faculté de Paris pour le concours d'agrégation, année 1832, page 11.
(2) De Varachnitisy obs. 24 et 25.
méningite se lient presque exclusivement à la phlegmasiede la portion de séreuse qui recouvre la convexité des hémisphères. Cette induction, nous la tirons de quelques faits qui nous sont propres et de plusieurs autres consignés soit dans Touvrage de M. Martinet (1), soit dans là Clinique de M. Andral (2). Or, la valeur de ces faits ne peut point être contestée; car la lésion de l'arachnoïde fut trouvée après la mort exclusivement limitée à la convexité des hémisphères.
Quelle est la proportion de ce symptôme? très-faible; car sur 102 cas d'arachnitis cérébrale contenus dans l'ouvrage de M. Martinet, on le trouve noté à peine 5 fois. Cependant, si Tattention des pathologistes était fixée davantage sur lui, si on interrogeait les malades à cet égard avec plus de soin et surtout avec plus de détails et plus de précision, cette proportion serait certainement plus considérable.
5° Le délire perceptif se manifeste aussi dans Vencéphalite.
M. Bouillaud cite des cas où des hallucinations de l'odorat, des illusions de la vue et du tact eurent lieu dans la maladie dont il s*agit (3).
Morgagni (4) parle d'un maître vidangeur qui, travaillant
(1) Ohs. quatorzième. •— Il s'agit d'un individu qui, croyant tomber dans une rivière, dans un précipice, se livrait à des mouvements très violents pour éviter ce danger imaginaire.
(2) Tom. F, ohs. sixième, p. 21-22. — Elle concerne un tailleur qui sortait brusquement de son lit en disant que des ennemis le poursuivaient. Ohs, douzième, p. 48. — Elle est relative à un cocher qui, se croyant sur le siège de sa Voiture, excitait continuellement son.cbeval, s'imaginant conduire des voyageurs à Versailles.
(3) Traité de V encéphalite^ p^ 3, 64 et 86.
(4) Epist. 62, n*» 5.
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la nuit aux fosses d'aisance d'un hôpital, fut pris d'un tremblement général, d'une distorsion de la bouche, de la perte de la parole, la connaissance restant intacte, cela immédiatement après avoir eu une hallucination relative à la vue d'un spectre couvert de quelque chose de blanc. Ce malade vint à mourir, et à Tautopsie on trouva les vaisseaux de l'arachnoïde distendus comme par une injection ainsi que ceux des ventricules, de la substance cérébrale, de la moelle épinière. De plus, la voûte à trois piliers était dans un état de ramollissement, de même que le tronc et les cuisses de la moelle allongée.
John Hunter a publié l'observation d'un cas de ramollissement de l'encéphale avec induration rouge des couches optiques et des parties voisines, épanchement considérable dans les ventricules, dont des hallucinations et des illusions de la vue avaient été au nombre des symptômes. La malade (c'était une demoiselle de 17 ans) apercevait mille objets imaginaires qui lui causaient beaucoup de frayeur, et elle voyait les objets réels beaucoup plus grands que nature (1).
La période d'irritation de l'encéphalite compte aussi au nombre de ses phénomènes caractéristiques des hallucinations de l'ouïe et du tact, des bruissements, des tintements d'oreilles.
M. Gastellier (2) parle d'une dame de vingt-sept ans, qui présenta, à l'autopsie, une carie de l'occipital, un épanchechement ventriculaire et une induration cartilagineuse du cervelet, et dont les deux principaux symptômes : la surdité et la paralysie furent précédés de tintements d'oreilles et de la sensation d'un bruit pareil à celui que fait une rivière.
Dans un cas de ramollissement inflcimmatoire du cerveau,
(1) Archh, de méàec.^ juin 1823, p. 273.
(2) Journ, de Cor\>isart^ tom. xxxiii, p. 17.
M. Strambio de Milan a observé que le sujet se plaignait de la sensation d'un bruit violent dans le côté droit de la tête (1).
4° Les hallucinations de l'ouïe , consistant en des bourdonnements et tintements, sont assez fréquentes dans Vanémie cérébrale. M. Bouillaud (2) en cite plusieurs exemples.
Sur huit cas de chlorose que nous avons observés avec attention et recueillis avec soin, nous avons noté cinq fois ces bruits fantastiques. Trois malades comparaient ces bruits à des bourdonnements de frelon ou à des roulements de voiture, les deux autres à des sons de cloche.
5° Enfin, le délire perceptif peut se manifester dans la ^eVre typhoïde, la variole j Vérysipèle de la face, le phlegmon du cuir chevelu, la pneumonie^ la phthisie pulmonaire, le scorbut, la goutte.
Madame L...., âgée de quarante-six ans, fut attaquée, au bout de six semaines de mariage, d'une fièvre typhoïde compliquée de parotide à gauche et de pneumonie dans la moitié du côté droit, en arrière. Or, le quatorzième jour de cette affection, elle fut prise d'hallucinations de la vue et de l'ouïe. Elle apercevait , non loin de son lit, au miUeu du jour et sans être endormie, des femmes qui portaient des plats et qui venaient l'engager à une noce. Ces femmes élevaient tellement la voix, que la malade, qui en était importunée, cherchait à leur imposer silence.
Dans deux autres cas de fièvre typhoïde, que j'ai recueillis tout récemment, il y avait aussi des hallucinations de la vue et de l'ouïe; et de plus, dans l'un, des illusions du premier sens.
(1) M. Andral, C Unique , tom, v, p. 573.
(2) Clinique média, de la Charité, tom. m, obs. xv, p. 347. — obs. XVI, p. 350.