DANS LES LÉSIONS ANATOMIQUES
Un élève d'Hildenbrand, attaqué d'un typhus contagieux, crut, pendant un délire de sept jours , être chargé du rôle de mangeur de vipères, rôle d'un opéra intitulé Mroirc^'^rcadie^ qu'il avait vu jouer peu de temps auparavant. Il se trouvait dans un état d'angoisse et de terreur diflicile à décrire toutes les fois qu'il s'agissait de saisir et d'avaler le dangereux reptile (2).
Au milieu de la période de suppuration d'une variole confluente très-grave, un jeune étudiant, d'une imagination très-active, voyait une tête de mort qui lui criait : Tu mourras, tu mourras dans trois jours. Il était poursuivi par cette hallucination, malgré ses efforts pour la chasser de son esprit. Elle disparut avec la fièvre (i).
Madame C..., âgée de quarante-deux ans, était affectée d'un érysipèle à la face, qui commençait à se propager au cuir chevelu. Or, le quatrième jour de cette maladie , elle fut en proie à des hallucinations de la vue : sitôt qu'elle fermait les yeux, et cela sans être endormie , elle apercevait sa fille qui se transformait en girafe et en négresse, puis une foule d'animaux qui lui causaient une grande frayeur. Tous ces fantômes s'évanouissaient dès qu'elle ouvrait les yeux.
Un individu qui revenait de l'Amérique, avait, selon Fodéré(3), beaucoup de maux de tête suivis d'un abcès au cuir chevelu, Or, deux mois après, quoiqu'il fût seul, il voyait à ses côtés sa femma et ses enfants. Il était, un jour, tellement convaincu d'avoir eu la nuit une conversation avec son fils, qu'il demanda à plusieurs personnes s'il n'était pas arrivé réellement d'Amérique. Il fut encore longtemps obsédé par
(1) Hildenbrand, Traité du typhus contngieuXj traduct. de Gasc, p. 70 71.
(2) M. Baudry, thèse déjà citée^ p. 12.
(3) Traité du délircj tom. i. p. 341.
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des spectres sans ajouter foi à leur existence matérielle. La formation d'un nouvel abcès au cuir chevelu le débarrassa complètement de toutes ces hallucinations.
«« Le 28,'octobre 1823, le nommé Y , boulanger, âgé de
quarante ans, menant habituellement une vie fort tranquille, alla se distraire à un spectacle dans lequel il fut fortement électrisé par une femme qui flt ensuite des tours d'adresse» A la sortie du spectacle, V,..., éprouva un refroidissement. Le lendemain , je le trouvai atteint d'une pneumonie de tout le lobe inférieur droit. Quatre saignées pratiquées en deux jours prévinrent riiépalisation. Le troisième et le quatrième jour, on n'entendait qu'un léger râle crépitant de retour. La percussion donnait un son égal des deux côtés de la poitrine ; l'expectoration, qui d'abord avait été sanguinolente, était simplement muqueuse et bien aérée. Le pouls ne donnait que quatre-vingts pulsations. En un mot , le malade semblait toucher à la convalescence , lorsque , sans aucun symptôme nouveau, il se plaignit amèrement d'une sorcière qui se plaisait à le tourmenter. Tantôt elle détachait le papier qui tapissait les murs de sa chambre ; tantôt elle l'accablait de coups. Malgré tous les moyens révulsifs et calmants mis en usage, cette hallucination persista, constituant seule le délire , agitant, fatiguant extrêmement le malade. Sa mort arriva neuf jours après l'invasion de la maladie, et après que déjà depuis trois jours il n'existait plus aucune trace.de l'affection pulmonaire (1). »
Nous avons observé tout récemment le cas d'un jeune homme de vingt-huit ans, qui , arrivé à la dernière période de la phthisie tuberculeuse, la veille de sa mort, apercevait à ses pieds des chars traînés par une multitude de chevaux paraissant vouloir lui passer sur le corps. Aussi , dans ia
(1) M, Prus, rapport déjà cit.) p. 152.
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crainte d'être écrasé, essayait-il sans cesse de sortir de son lit. Cette hallucination constituait à elle seule le délire.
«< Une vieille dame maltaise, dit Foderé(l), s'imaginait converser avec son mari et sa fille, morts depuis vingt ans, et avec d'autres personnes ; elle ne revenait de son erreur que lorsque , ayant appelé, ses domestiques l'avertissaient qu'il n'y avait personne : étant entré moi-même à l'improviste, elle me présenta ses connaissances, quoiqu'elle fût seule. Elle fut toute honteuse quand je lui eus dit qu'il n'y avait personne. L'ayant vue couverte de taches scorbutiques, je crus que c'était là la cause de ses visions : effectivement, des apozèmes antiscorbutiques et un bon régime la guérirent entièrement. »
«« Une dame octogénaire, dit le même auteur, sujette à des accès de goutte, fut atteinte de surdité et d'une grande distension dans les organes de la digestion aux approches d'un paroxysme de cette maladie : elle crut en même temps avoir reçu la visite de plusieurs de ses connaissances qu'elle n'avait pas invitées, et même celle de parents morts depuis longtemps, et qu'au commencement elle croyait si réellements présents, qu'elle leur dit qu'elle était bien fâchée de ne pas pouvoir les entendre ni converser avec eux. Elle voulut, en conséquence, faire approcher la table de jeu et sonna sa servante , laquelle assura sa maîtresse que personne n'était entré dans l'appartement
Elle souffrit pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite les importunités d'une foule de fantômes. Enfin, parles soins de M. Alderson, qui fit appliquer des cataplasmes aux pieds de la dame, et qui administra deux purgatifs, cette affection disparut, et peu après la malade eut deux accès de goutte (2). »
(1) Oiwr. cit., lom. I. p. 341.
(2) Ouvr. cit., tom. i, p. 340.