‹ Du délire des sensationsChapitre 69 sur 70 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

commençaient, et chaque fois le théologien de Nuremberg les faisait cesser par le môme moyen.

La vieille dame attaquée de la goutte, dont parle Fodéré, voyait disparaître les fantômes qui Tassiégeaient sans cesse, chaque fois que sa domestique entrait dans sa chambre (1). Ces faits nous montrent combien il est utile de ne jamais recourir à l'isolement absolu, combien le commerce social , les conversations, les rapports des hallucinés avec des personnes connues ou étrangères peuvent contribuer au succès de la guérison.

A^'Éloignementdes objets ayant quelque rapport avec ceux du délire perxeptif. — Walter Scott (2) parle d'un jeune homme qui,àla suite del'abusdesboissons alcooliques, voyait dans sa chambre, à Londres, une foule de fantômes habillés de vert, et se livrant à une danse singulière. Ce jeune homme, qui ne croyait point à la réalité de cette apparition, consulta un médecin , et, d'après son avis, il se mita suivre un régime calmant. Les spectres verts ne résistèrent point à ce moyen. Déterminé à passer sa vie à sa campagne, le malade y avait fait transporter les meubles de sa maison de Londres, lieu ordinaire de ses orgies. Or, les meubles en question ne furent pas plus tôt en place dans la galerie du vieux manoir, que la fantasmagorie reparut avec autant de force. Les spectres verts vinrent sautiller à Tentour du jeune homme en lui disant joyeusement : Nous voici ! nous voici !

Ce fait est une nouvelle preuve de ce que nous avons avancé plus haut, savoir : que les hallucinations ne sont pas toujours sans rapport d'aucune espèce avec des perceptions vraies ; mais qu'elles sont aussi quelquefois provoquées , c'est-à-dire liées au développement de ces perceptions. Chez;

(1) Om>r, cit, tom, i, pt 340.

(2) Ouvr, cit, p, 23.

328 DTl DKUnF. DES SENSATIONS.

ce malade , c'est bien manifestement la vue des meubles transportés de Londres à la campagne, qui suscite le retour des hallucinations, puisque les spectres verts attendent précisément l'arrivée de ces meubles pour apparaître de nouveau. D'un autre côté, l'aspect de ceux-ci s'associe naturellement à ridée des hallucinations, car les spectres verts se sont manifestés pour la première fois à Londres, dans la maison où se trouvaient les meubles dont il s'agit.

Éloigner des fous tous les objets matériels qui , en vertu des lois de l'association des idées , tendent à provoquer le développement ou à susciter le retour du délire perceptif, telle est l'induction pleine d'importance que fournit légitimement le fait qui vient d'être rapporté.

5" Diversion de V attention.'— Spinoza , ainsi que nous l'avons dit plus haut, mit presque fin par ce moyen à une hallucination désagréable qui lui survint dans sa retraite de Rhynsburg. » Cette image, dit-il (celle d'un brésilien noir et couvert de gale), disparaissait en grande partie quand je récréais mon esprit par autre chose, quand je portais mes yeux sur un livre ou bien sur un autre objet ; mais sitôt que je les en détournais sans les fixer ailleurs, elle revenait avec la même vivacité et la même persistance (1). »

Quant à l'application de ce principe , quant aux moyens d'opérer la diversion dont il s'agit, c'est-à-dire d'appeler l'attention sur un objet autre que l'objet fantastique , on ne peut guère formuler de règles constantes. Les méthodes variant suivant les individus et les circonstances, c'est à la sagacité du psychiatre à choisir celles qui conviennent le mieux à l'état de la personne qui réclame ses soins.

Si la diversion opérée volontairement en fixant les yeux sur un objet quelconque, sur un livre, par exemple, suscep-

{{) Opéra posthuma y epistola xxx, Petro Ballîngy p. 471-7*2.

Page 1