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tres faisceau de probabilités si nombreuses qu’elles peuvent entrainer la conviction.
D’après la théorie dont nous nous occupons, le délire (effet) devrait correspondre à la période des plus fortes températures (cause) ou du moins succéder à un court intervalle de temps.
Voici au contraire ce que montrent certaines observations que nous avons choisies entre beaucoup d’autres :
Obs. IV.—Tr..., Vincent, vingt ans. Variole cohérente grave. Le délire a commencé pendant l’invasion, persiste avec une température peu élevée (37°,5 — 38°,2) et cesse la veille du jour où va avoir lieu la plus forte élévation de la température (39°,5).
Obs. V. — R... Variole cohérente. Le malade entre à l'hôpital ayant 40°,6. Il délire quatre jours après, n’ayant plus que 37°,5. Le délire dure un seul jour, puis la température remonte à 40 degrés, la veille de la mort sans que le délire se montre de nouveau.
Obs. VI. — B... Variole confluente. Délire au premier jour de la suppuration, tandis que la température n’atteint 40°,5 et 41°,5 que le lendemain et le surlendemain seulement.
Obs. VII. — L... Variole cohérente. Délire mélancolique présuppuratif. À son entrée, deux jours après le début de la période d’épuration (40°,7) la malade est un peu anxieuse, mais ne délire pas. Le délire apparaît le lendemain, lorsque la température descend à 38,7, puis
le jour suivant à 37°,5 et38°,1. L’acitation est à son maxi mum à ce moment; la malade se disait perdue, appelait incessamment son mari, ses enfants. Pendant la nuit, hallucinations de la vue; elle voyait passer des hommes et des femmes. Elle se plaint aussi qu'on a mis du poison dans ses potions. L’agitation dure toute la nuit et cesse seulement le matin. Le soirla malade a des idées de suicide, elle veut se jeter dans le Rhône, elle souffre trop de sa maladie. Puis l'agitation diminue, les hallucinations persistent. La température remonte jusqu’à 42 degrés le jour de la mort sans que Pagitation ait renaru.
Obs.IX, — Variole cohérente. Délire nocturne, hallucinations, huit jours avant la période de suppuration. La malade voit pendant son sommeil, et aussi au moment où elle se réveille, des hommes et des femmes pendus au plafond et s’agitant. Dans un coin de la salle, il y a, ditelle, un sergent de ville. Elle se plaint qu’on lui ait amené une petite fille pour la mener noyer. Toute la nuit, la malade se débat contre ses idées. Elle se lève, veut se coucher dans les lits voisins, court à travers la salle. Elle a, le lendemain, conservé le souvenir de s’être levée et dit que, si elle le faisait, c’était pour suivre des personnes qui venaient la chercher.
Le lendemain (sept jours avant lasuppuration), le délire cesse sans que la température se soit modifiée (38° — 38°,5).
Quelques jours après, à la suite d’une amygdalite, la température est très élevée pendant deux jours (40°—40°,2). Les hallucinations reparaissent pendant un temps fort court, une heure environ, sans être accompagnées d’agitation.
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Obs. III. — D... C’est l'observation la plus probante et la plus complète dont nous puissions disposer. Chez ce malade entré le 13 mai 1886 à l’hôpital, on vit successivement évoluer dans l’espace de trois mois une variole cohérente grave, puis une pneumonie, enfin une pleurésie purulente terminée par double vomique et guérison. Le malade délirait déjà à son entrée à l’hôpital. Le délire devint plus intense dans les jours qui précèdent la suppuration. puis diminue au moment où la température atteint 40°,5. Le soir de ce jour, vers onze heures, délire des actes pendant quelques moments. Le malade veut se lever, partir et essaie de sortir de son lit. Le délire disparaît en même temps que la fièvre cesse complètement dans les jours qui suivent.
Seize jours plus tard, le 1°’ juin, le malade présente les symptômes d’une pneumonie. La constitution médicale du sujet n'avait certainement pas eu le temps de se modifier beaucoup durant ces quelques jours. Cependant la pneumonie put élever sa température aussi haut que l’avait fait la variole, avec hyperthermie aussi persistante, sans que le malade délirât. Le fait était si remarquable et si net, que pendant les trois premiers jours de la pneumonie nous trouvons répétée sur l’observation la mention : « Pas de délire ».
Environ deux semaines après, nouvelle élévation de température aussi considérable que les deux premières fois ; la pleurésie purulente évolue, et ici encore il est noté: « Pas de délire ».
Nous aurions pu encore citer bon nombre d'observations moins démonstratives que les précédentes, mais ayant encore un intérêt. Elles auraient montré que le délire
peut paraître un nombre de jours absolument quelconque, même plusieurs semaines après l’élévation de la température.
Ainsi donc, nous avons vu le délire paraître avant la fièvre, ou disparaître au moment où la température va s'élever plus qu’elle ne l’était déjà, ou se montrer à une première hyperthermie et manquer lorsque la température remonte plus tard ausssi haut que la première fois ou encore 1l survient bien après que la température est revenue à la normale.
La logique voudrait au contraire que l’hyperthermie (cause) précédât toujours le délire (effet), que, toutes les autres conditions restant les mêmes, le délire fût d'autant plus prononcé que sa cause serait elle-même plus forte (températureplus élevée) enfin, que la fièvre paraissant plusieurs fois de suite, si rien d’autre n’est changé, le délire se montrât chaque fois.
À ces conditions seulement, on pourrait admettre que la fièvre et le délire fussent unis l’un à l’autre par une relation de cause à effet.
Il ne nous reste qu’une conclusion à tirer de là, c’est que fièvre et délire sont simplement deux symptômes souvent concomitants. |
Nous ne voulons pas laisser croire que la conclusion à laquelle nous arrivons soit tout à fait nouvelle. Grisolle, à propos du délire de la pneumonie, avait émis à peu près la même idée, mais à notre connaissance, le passage dans lequel il en parle n’a pas été signalé à l'attention. IL avait observé par lui-même vingt-sept cas de délire (environ dans 1/11 de ses observations), et il dit :
« On ne peut même affirmer qu'il y eût un rapport
0e bien évident entre l’appareil fébrile et la production des troubles cérébraux.
«Si la plupart des malades qui eurent du délire éprouvaient une fièvre intense, on peut dire que, chez un plus grand nombre qui présentérent une fièvre encore plus vive, on n’observa à aucune époque un trouble appréciable du côté des facultés intellectuelles. Cependant M. Louis a été conduit à penser {Frèvre typhoide, 2° éd.,t. II, p. 44), que le délire qui survenait dans le cours des maladies aiguës, ordinairement inflammatoires, était plutôt l'effet du mouvement fébrile qu'il ne serait la conséquence d’une action sympathique de l’organe malade, bien que cette action, d’après le même auteur n’y soit pas étrangère. M. Louis fait observer que, dans les maladies aiguës qui se compliquent de délire, la fièvre est la seule circonstance commune à tous les sujets, et qu’il est rationnel de ne pas recourir à des causes différentes pour l’intelligence d’un phénomène plus ou moins exactement toujours le même. »
Toujours au sujet de la pneumonie, nous voyons dans les Comptes rendus de la Société Royale de Médecine et Chirurgie, M. Angel Money faire, dans la séance du 8 juin 1886, une communication basée sur 199 cas de pneumonie franche. Il a observé du délire dans 30 pour 100 des cas, mais, dit-il, il ne paraît exister aucun rapport bien net entre la température et le délire, ainsi que Heinze l’avait, du reste, déjà fait remarquer. Sur 17 cas soigneusement décrits, 4 fois le délire a coïncidé avec
1 Grisolle, Traité de la pneumonie, p. 378.
l’acmé de la fièvre ; 2 fois, il Pa précédé, et 11 fois il ne s’est déclaré qu’au moment de la défervescence.
Comme mécanisme, frappé de ce fait, que le délire coïncide le plus souvent avec la pneumonie du sommet, il avance que, peut-être, l’inflammation du tissu pulmonaire s’irradie jusqu'au sympathique cervical dont l’irri-tation a pour conséquence une modification du calibre des vaisseaux cérébraux.
Les actes réflexes sont fort commodes à invoquer pour expliquer tous les faits dont on ne connait pas la cause. Aussi, ne discuterons-nous pas cette théorie, qui, ainsi que ledit fort bien l’auteur lui-même, ne pourra recevoir de confirmation que de travaux ultérieurs. Les faits, les observations qu’il cite sont d’un plus grand intérêt que sa théorie.
Pour la variole, Emminghaus {Archiv der Heilkunde, liv. IletIV, 1872) cite 8 cas avec délire. Dans 8 cas, les troubles cérébraux ont coïncidé avec l'élévation de la température, mais dans les autres la température s’abaissait précisément au moment des troubles intellectuels.
Emminghaus attribue le délire à l'abondance des matières grasses (acides gras) dans l'urine.
Autre théorie : Les maladies infectieuses produisent une dénutrition générale, l’inanition, et ellés agissent sur le cerveau en le privant des substances nécessaires à son fonctionnement *. Cette théorie est tout au plus suffisante pour expliquer le délire qui survient pendant la
1 Becquet, Du délire d’inanition dans les maladies (Arch. génér. de méd., t. 1, p. 169-309, 1866).
DD convalescence d’une maladie infectieuse de longue durée, mais elle n’est plus admissible quand il s’agit du délire initial qu’on pourrait nommer aussi délire de la période d'invasion, ou même de la période d’incubation.
Nous avons voulu nous assurer si l’inanition était une cause si puissante de troubles cérébraux, et nous nous sommes adressé à une maladie dans laquelle l’inanition arrive à être bien plus complète que dans n’importe laquelle des affections inflammatoires, le cancer de l’œsophage. Pendant notre stage dans les hôpitaux, 1l nous a été donné d'observer cinq cas de rétrécissement de l’œsophage de semblable nature et nous les avons suivis pendant toute la durée de leur dernière période de maladie. Jamais il n’y a eu de délire.
Dans la thèse de Lacour‘ il y a le relevé d’un tres grand nombre d'observations sur le rétrécissement cancéreux de l’œsophage et pas une seule fois il n’y est noté de troubles cérébraux.
Il se peut que l’inanition, comme nous l’avons dit pour la fatigue ou le surmenage, favorise le développement du délire par déchéance de l’organisme, mais c’est simplement une condition étiologique du délire.
Si certains auteurs avaient songé à mettre en avant une semblable théorie, c'est que, d’une façon par trop évidente, l’élévation de la température n’était pour rien dans ce délire; la théorie ordinairement invoquée se trouvait en défaut et il fallait en donner une autre.
Une cause de délire, qui, par les mêmes auteurs, est
1 Lacour, th. de Pari<, 1881.
EPS ot admise simultanément avec l’inanition, c’est l’anémie cérébrale.
Nous n'avons pu trouver que des autopsies déjà an ciennes dans lesquelles l’anémie fut constatée. Il faut remonter à des autopsies de Chomel citées dans le travail de Becquet.
Chomel n’a jamais remarqué la moindre injection du cerveau ni de ses membranes qui sont, au contraire, exsangues. Deux fois seulement il a trouvé une collection notable de sérosité dans les ventricules latéraux, mais sans injection de l’organe. Griesinger admet par hypothèse une anémie aiguë du cerveau. Il se base sur ce que « Le délire passe trop rapidement pour qu'on puisse admettre une altération anatomique du cerveau; il s’agit ic; selon toute probabilité d’une anémie aiguë de cet organe !.
M. Jaccoud”? admet aussi que, dans l’érysipèle de la tête, le délire est la conséquence de l’anémie cérébrale due à la finxion érysipélateuse du cuir chevelu.
Bien des auteurs se sont succédé répétant ce qui avait été dit avant eux et signalant encore l’anémie cérébrale.
Cependant, nulle part nous n'avons vu de nouvelles autopsies confirmant les précédentes. Toutes les autopsies où 1l à été trouvé des lésions macroscopiques parlent d’'hyperhémie, de congestion.
Les maladies provoquent le délire en amenant la congeshon des centres nerveux.
Cette théorie est basée sur l’anotomo-pathologie. Elle répond aux lésions découvertes à l’autopsie et a été admise
1 Griesinger, Traité des maladies mentales, traduct, Doumic, p. 22. 2 Jaccoud, Path. int.,t. Il, p. 775.
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par Brosius', Griesinger*, Baillarger, Jaccoud, Luys et Morandon de Montyel*, Hallopeau.
Il ne nous est guère possible de tirer une conclusion de quelques autopsies déjà mentionnées et dans lesquelles le cerveau a été trouvé absolument normal ainsi que les méninges. On admet en effet, que, si l’hyperhémie a été de courte durée, on peut n’en pas retrouver de trace après la mort.
Examiner à quoi tient la congestion de l’encéphale, ce qw’elle signifie, si elle est la cause du délire ou si au contraire elle est secondaire aux causes qui ont provoqué le délire, telles sont les questions que nous allons étudier.
Congestion cérébrale est un terme dont on a beaucoup abusé pour rendre compte des symptômes dont on ne con-naissait pas la pathogénie : « En général, dit Trousseau‘, lorsqu'il s’agit de l’encéphale et du système nerveux central ou périphérique, on se contente d’explications beaucoup trop faciles. Ainsi, à propos d’une paralysie survenue brusquement, on invoque soit une congestion, soit une hémorragie, soit un ramollissement cérébral. Pour l’hémorragie et le ramollissement, la constatation est fréquente, mais il n’en est pas ainsi de l’hyperhémie que nous admettons avec trop de complaisance et sans autre raison que l’impossibilité d’un autre acte morbide. »
Aussi, il nous a paru intéressant de rechercher si, dans tous les cas de congestion cérébrale, il y avait du délire.
1 Irrefreund, 1866.
? Griesinger, Traité des maladies mentales,
3 Morandon de Montyel, Ann. med. psych., 1883.
4 Trousseau, Clin. mèd. de l’Hôtel-Dieu, t, Il. p. 833.