CLASSIFICATION
Bien des classifications du délire ont été données par les nombreux auteurs qui ont écrit sur les maladies men— tales. Elles ne different guère les unes des autres. Dans leurs lignes principales, toutes établissent dès le début deux grandes classes : délire vésanique, délire non vésanique ; mais, au point de vue spécial qui nous occupe, un point très intéressant à noter, c’est la place très variable assignée au délire fébrile. Quand il faut classer le délire fébrile et le délire toxique les divergences commencent.
Nous ne prendrons que les principales classifications dressées depuis les premières années du siècle présent :
Esquirol établit deux grandes classes : 1° délire apyrétique (folie); 2° délire fébrile, se subdivisant en :
a) délire idiopathique (délire avec lésion cérébrale);
b) délire sympathique (délire toxique) ;
c) délire symptomatique (délire fébrile vrai).
Londe (1831) distingue : 1° délire de la folie, 2° délire fébrile, & délire toxique.
Georget (1835) n’admet que deux divisions : 1° délire aigu ou fébrile (auquel il ajoute le délire toxique) et 2° délire chronique ou apyrétique.
Fabret (1839) mêmes divisions : délire aigu (comprenant le délire toxique) et délire chronique. |
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Foville (1869) : délire vésanique et délire non vésanique (avec le délire toxique).
Ball fait aussi la division en délire vésanique et délire non vésanique, mais, pour lui, le délire toxique rentre dans le délire vésanique.
La seule différence importante entre toutes ces classifications est la place à laquelle se trouve rangé le délire toxique. Londe résout la difficulté en lui créant une classe à part. Entre les deux derniers auteurs cités, Foville et Ball, la divergence d'opinions est des plus considérables. Foville résume l’avis de presque tous ceux qui Pont précédé, et met le délire toxique avec le délire non vésapique. Ball, rompant avec la tradition, reporte le délire toxique à la vésanie. Nous aurions pu encore citer bien d’autres classifications, qui eussent encore présenté les mêmes différences.
* Geci nous indique qu’il y a là une difficulté, quand on veut différencier les unes des autres les diverses formes du délire. Chaque auteur fournit, en faveur de sa manière de voir, une série de raisons.
À quoi tiennent ces divergences? Surtout à ce que les uns prennent comme base de leur classification la symptomatologie, tandis que les autres recourent à la pathologie.
Ainsi le type des folies par intoxication, l’alcoolisme compte parmi les causes les plus fréquentes de vésanie, de folie véritable. Cependant, lorsque, partisan de la doctrine psychologique du délire mise en avant par Pinel et Esquirol, on admet que la folie ne répond pas à des lésions anatomiques, l’on est forcé de reporter le délire
2-18 alcoolique à côté du délire fébrile, dont il semble qu’on connaisse la cause.
N'ayant pas à faire de classification nous laisserons attirer notre attention sur les ressemblances qu’il y a entre les diverses formes de délire plus que sur leurs différences. On passe de lune à l’autre par transition insensible.
Nous ferons remarquer que, dans la pneumonie entre autres, lorsqu'un malade précédemment alcoolique vient à délirer, il est fort difficile de faire la part de ce qui dépend de son alcoolisme. On à même coutume de considérer ce délire comme étant de nature alcoolique. Le fait peut être vrai quelquefois, mais on peut aussi voir des phénomènes identiques chez des individus parfaitement sobres.
De Pavis de la grande majorité, délire toxique et délire fébrile doivent être rapprochés l’un de l’autre. Nous verrons qu’à notre avis la pathogénie, autant que les symtomes, conduit au même résultat.
Sous le titre de délire fébrile, nous ne comprenons pas le délire qui survient dans les méningites, dans les encéphalites aiguës, dans les abcès du cerveau, en un mot dans toutes les maladies cérébrales infectieuses primitives, délire classé par Esquirol sous le nom de délire idiopathique : Dans ces cas, ni l’étiologie, ni la pathogénie ne sont discutables. La présence des micro-organismes au contact de la substance cérébrale suffit à expliquer ce que l’on observe. Dans ces maladies, le délire est un symptôme, ce n’est plus une complication et avec le délire on voit paraitre les signes propres à la méningite.