CHAPITRE VI Diagnostic
Le symptôme confusion peut se présenter dans une série de troubles mentaux les plus divers. Il peut être primitif, évoluant per se, ou secondaire ; il s’agit dans ce cas de connaître l'affection primitive‘ dont il dépend, par l’intermédiaire des symptômes morphologiques de celle-ci.
Ne considérant que la confusion mentale hallucinatoire seule, sans étudier son origine, il est facile de la distinguer de lidiotie, de la débilité mentale. Il est un peu plus difficile de la diagnostiquer d’une démence précoce qui survient parfois au moment où la femme est en gestation; mais par un cortège de troubles physiques spéciaux il sera toujours impossible de la confondre avec la paralysie générale.
Ce sont surtout la mélancolie avec stupeur et la manie qui offrent le plus d’analogie et compliquent le diagnostic.
Dans la confusion mentale il n’y a pas d’idées mélancoliques caractéristiques, l'attitude, le langage, l’obstination de la malade ne sont pas les mêmes que dans la mélancolie avec stupeur dont les symptômes sont : une torpeur intellectuelle, une absence plus ou moins absolue d’idées, une abolition ou plutôt une entrave à l’exercice de la pensée, la paralysie pour ainsi dire des fonctions cérébrales. Au con-
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traire, dans la confusion mentale, les facultés cérébrales ne sont point détruites, elles sont seulement modifiées ou amoindries par la direction du sentiment.
Si on étudie les symptômes de la manie, nous trouvons avec M. Seglas, une expression du visage toute différente, elle n’exprime pas l’égarement, l’étonnement; le regard est vif, expressif, brillant, le facies est animé, coloré, très mobile. La parole est rapide et précise, la voix forte, brève et accentuée. L’agitation motrice marcheaveclaloquacité et la surexcitation générale des facultés intellectuelles.
Maintenant, si nous savons la maladie primitive, il sera facile de diagnostiquer l’origine du délire. Si, au contraire, nous ne possédons que des :indications vagues de convulsions, par exemple, pouvons-nous conclure de suite à un délire post-éclamptique. En un mot, le délire post-éclamptique revêt-1l une allure spéciale.
Les manifestations psychiques liées à l’épilepsie ont souvent un caractère particulier de violence ou au contraire d’automatisme qui peuvent, outre les commémoratifs, mettre sur la voie du diagnostic.
Dans l’hystérie et l’hystéro-épilepsie, le délire équivalent ou consécutif à l’attaque se rapproche beaucoup comme morphologie, du délire alcoolique franc : la malade est comme dans un rêve, elle vit à part dans un monde imaginaire : ses gestes, ses attitudes sont en rapport avec son rêve, ce qui lui donne un extérieur un peu différent de la confuse, toujours désorientée, même quand elle a des hallucinations relativement cohérentes. Certainement ces deux genres de psychoses ont dû être souvent confondus avec la confusion hallucinatoire post-éclamptique, et c’est la raison
Ses
pour laquelle jusqu’à présent on n’a pu donner une statistique exacte de la fréquence de la psychose post-éclamptique. Les manifestations aiguës de l’alcoolisme se produisant chez des femmes privées pour une raison quelconque de leur excitant habituel au moment de l’accouchement, sont les mêmes que celles de la confusion, d’où extrême difficulté, semble-t-il, à les différencier. Lasègue a décrit d’une façon remarquable ce rêve alcoolique d’où il est possible de tirer la malade par une interrogation impérieuse et autorisée. Nous avons vu les rapports étroits de ce rêve alcoolique et du rêve post-éclamptique en étudiant les diverses formes que présente le délire. Lorsque les manifestations alcooliques revêtent l’apparence du delirium tremens fébrile, les signes physiques suffisent pour éclairer le diagnostic de même que dans les maladies infectieuses et les méningites.
Le diagnostic du délire est donc simplifié depuis l’étude approfondie de la confusion mentale, c’est un délire d’autointoxication et on pourrait peut-être ajouter, renforcé de cause convulsivante, si grandes sont les analogies entre le delirium tremens,la folie hystérique ou épileptique,le délire post-éclamptique.
Nous ne pensons pas que la fréquence du délire postéclamptique soit aussi considérable qu’on l’a prétendu. Si Olshausen, réunissant à la sienne toutes les statistiques antérieures, a trouvé sur un total de 515 éclamptiques, 31 cas de troubles psychiques consécutifs, soit 6 p. 100, c’est qu’il n’a pas tenu compte, puisqu'il les ignorait, des délires consécutifs à l’épilepsie, à l’hystérie que l’acte même de l'accouchement peut provoquer ou réveiller par son shock. Lallier donne une proportion de 5 p.100; nous pensons son
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pourcentage exagéré, et malgré nos matériaux restreints nous ne l’estimons guère exact que dans les proportions de 3 p. 100 à 3 1/2 p. 100. La femme éclamptique enfin peut aussi être sous le coup de lPinfection puerpérale; il est difficile alors de diagnostiquer la cause du délire. Bien des délires résultant de l’infection ont dû être attribués aux accès d’éclampsie alors que la confusion mentale était encore englobée dans la folie puerpérale.
Les statistiques d’aliénistes ne peuvent avoir de valeur car le délire post-éclamptique étant très fugace, on est enclin, dans l’entourage de la malade, à tergiverser un peu si un mieux survient, la malade évite ainsi l’asile. Une statistique exacte ne pourrait être dressée que par un accoucheur qui, aux cas d’hôpital, joindrait ceux de sa clientèle, l’éclampsie étant une affection des femmes pauvres et surmenées principalement.