‹ Du démon de SocrateChapitre 10 sur 74 · SA VIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

SA VIE MILITAIRE

comment il s'en tirerait (1). Et Socrate s'en tira à merveille. Gaîté^ tempérance, insouciance du froid de la saison, mais surtout courage admirable, il donna la preuve et Texemple de tout (2). Il sauva Alcibiade blessé et porté à terre, et, après Tavoir ainsi défendu, il lui fit décerner le prix de la valeur, que lui-même assurément avait bien mérité (3) .

Ce siège de Potidée fut, sinon le commencement, au moins Toccasion de la guerre du Péloponèse; et, après huit ans de cette lutte si funeste aux destinées de la Grèce (4), les Athéniens et les Thébains eurent une rencontre près de DéUum en Béotie (5). Socrate était encore à cette affaire, et comme à Potidée il y fit tellement bien son devoir (6), qu'au dire de Lâchés (7), si tous les Athéniens se fussent conduits comme lui, les Thébains n'auraient pas été vainqueurs. Dans ce combat, Xénophon avait été renversé de cheval; Socrate le dégagea du milieu des ennemis (8), et

(1) RoLLiN, Hist. anc, t. III, liv. VII, ch. i, s. 13.

(2) Platon, Banquet, p. 266, 267.

(3) Platon, Banquet, p. 268, 269 (^Témoignage d'Alcibiade). — Plutarque, Vie d' Alcibiade j ch. xi. — Diogène- Laerce, lib. II, s. 23.

(4) Thucydide, De bello peloponesiaco^ lib. I, s. 4.

(5) Thucydide, iôid., hb. IV, s. 96. — Plutarque, Vie d' Alcibiade, ch. xii.— Elien, Histor. var.^ lib. 111, cap. xvii.

(6) Platon, Banquet, p. 269, 270.

(7) Platon, Lâches, p. 165.

(8) Diogène-Laerce, lib. II, s. 22,

même, suivant Strabon (1 ), il le porta, pendant quelques stades, sur ses épaules, faisant face, en même temps, de son visage et de son épée, aux ennemis qui le poursuivaient.

Bientôt après il ne se conduisit pas avec moins de bravoure à la déroute qui suivit le coup de main tenté sur Am-phipolis (2) par le général-corroyeur Cléon, déroute qui marqua le terme de sa carrière militaire. Il approchait alors de sa cinquantième année.

Je dirai plus tard quel singulier avis il donna à ceux de ses amis qui se trouvaient avec lui à la défaite de Délium (3). J'ai passé de même sur quelques autres circonstances analogues de sa conduite au siège de Potidée. Le lecteur devine déjà peut-être par quel motif j'en agis ainsi.

On vient de voir quels exemples de philosophie militaire, si je puis ainsi dire, savait donner ce grand honmie ; mais cela est loin encore de sa philosophie civile, soit privée, soit politique.

Considérons-le d'abord dans sa maison, entre ses deux femmes, et entouré de ses trois enfants. Tous les lecteurs ne savent peut-être pas que Socrate ait été bigame (4), et il y a de pieux auteurs qui prétendent

(1) Rerum geograph., lib. IX, p. 618.

(2) Elien, Hist. var., lib. III, cap. 17.

(3) CicÉRON, De divinatione, lib. I, s. ol. — Plutarque, Du démon ou Esprit familier de Socrate, ch. xtx.

(4) Plutarque, Vie d'Jristide, ch. i.xvi. — Porphyre,

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