‹ Du démon de SocrateChapitre 9 sur 74 · SA GUERRE CONTRE LES SOPHISTES · texte numérisé non relu

SA GUERRE CONTRE LES SOPHISTES

questions^ demandait eu grâce qu'on voulût bien y faire des réponses aussi brèves et aussi simples qu'elles (1), qu'on se mît, en un mot^ à la portée de son humble intelligence. Alors les interrogations se pressaient, Targumentation se serrait ; le sophiste étonné se défendait pourtant de son mieux ; Socrate redoublait ses questions,, faisait quelquefois la demande et la réponse (2), et son adversaire, étourdi, confus, attéré, ne tardait pas à quitter la place, et à laisser au redoutable questionneur et ses disciples et la victoire (3).

On sent bien que, pour une mission aussi grave et aussi occupée, celle de la réforme d'une ville comme Athènes, Socrate n'avait rien de mieux à faire que de ne pas s'éloigner de cette ville. Aussi, bien qu'il se donnât à lui-même le titre de Citoyen du monde (4), en ce sens sûrement que la réforme à laquelle il avait consacré sa vie s'adressait au monde tout entier, il ne paraît pas qu'il soit jamais beaucoup sorti du territoire del'Attique (5). Etant jeune, il fit, suivant Ion de Chio, le voyage de Samos; suivant Aristote, celui

(1) Platon, Protagoras, p. J36 et seq.; Gorgias, p. 9.

(2) Platon, Gorgias, p. 127 et seq.; Alcibiade I, p. 27.

(3) Platon, Euthydème, Sopliiste, Protagoras, Gorgias, Hippîas I et II.

(4) « Socrates quidem, cum rogaretur cujatem se esse diceret, mundanum, inquit. Totius enim mundi se incolam et civem arbitrabatur. » Cicéron, Tuscul. quœst.f lib. V, s. 37. — Plutarque, Dw bannissement, ch. xii.

(5) Platon, Criton, p. 120, 122; Phèdre, p. 287. — Diogène-Laerce, lib. Il, s. 22.

112 HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATEe

de Python en Phocide; suivant Phavorin^ celui de Corinthe (1); mais ces absences sont au moins douteuseSj et peut-être ne s'éloigna-t-il jamais d'Athènes^ que pour servir dans ses armées (2).

Socrate^ en effets ne se contentait pas de donner des préceptes de philosophie morale. Il croyait qu'à cet égard les exemples valent mieux que les leçons, et il regardait comme un des premiers devoirs, celui de défendre la patrie contre les attaques de ses ennemis. Or-, ce devoir;, personne ne le remplit mieux que lui (3).

Il débuta, à trente-sept ans, par servir au siège de Potidée, comme simple soldat (4), et c'était^, dit Roilin^ un spectacle assez curieux que de voir un philosophe de son âge endosser la cuirasse,, et que d'examiner

(i) Diogène-Laerce, lib. Il, s. 23.

(2) PlatoN;, C rit on, p. 120.

(3) Athénée, il est^'rai [Deipnos.f lib. V, cap. xivetxv), après avoir regardé Socrate comme ayant dû faire un mauvais soldat, nie qu'il ait jamais été à Tarmée. Il dit que c'est là une invention de Platon^ et il remarque que Thucydide n'a pas parlé de Socrate dans les livres III^ IV et V de son histoire, où il est question des guerres auxquelles ce philosophe passe pour avoir pris part. La chose est vraie, mais elle n'a pas l'importance que lui attribue Athénée ; et la vie militaire de Socrate est un fait généralement et incontestablement admis, conformément aux récits de Platon, Cicéron, Strabon, Sénèque, Plutarque, Diogène- Laërce, Elien, etc.

(4) Platon, Banquet, p. 266 ; Charmide, p. 106. — Diogène-Laerce, hb. Il, s. 23. — Elien, Hist. var., lib. III, cap. 17.

Page 1