SA VIE DOMESTIQUE
quecette assertion est une calomnie (1). Mais la calomnie suppose le mal^ et il n'y en avait pas dans le double mariage de Socrate. Après la guerre du Péloponèse et la peste d'Athènes^ le sénat décréta que, pour repeupler le territoire de FAttique, tous les survivants eussent à prendre deux femmes (2) , et ici, comme en toute occasion, Socrate se conforma à la loi. Ses deux femmes furent Myrto et Xantippe. La première, petite-fille d'Aristide-le- Juste, était, à ce qu'il paraît, d'une bonté et d'une douceur de mœurs qui rappelaient celles de son aïeul. Mais Xantippe, son nom seul dit désormais à tout le m,onde que ce caractère était bien loin d'être le sien. Ce qu'il y a de plus admirable en ceci, c'est que Socrate la connaissait bien quand il l'épousa ; il se croyait, disait-il, assez fort pour la supporter, et il ajoutait qu'après cette épreuve il n'y avait rien qu'il ne pût souffrir (3).
dans Théodoret, Âffect. grœc. cur., serm. 12. — Athénée, Deipnosoph.j lib. Xlll, cap. ii.
(1) Panetius, suivant Plutarque, loco sitprà. — Hardtok, Mémoires de l' Académie des inscriptions et belles-lettres, t. YIII, p. 281. — RoLLiN, Hist. anc, liv. IX, ch. iv, s. 1. — J. DE LuzAC, Be bigamia Socratis ; Leyde, 1809, in-4.
(2) Diogéne-Laerce, lib. II, s. 26, d'après Aristote, De Nobilitate. Plutarque, loco suprà, ajoute à ce témoignage d'un ouvrage déjà, à la vérité, regardé de son temps comme apocryphe, ceux de Démétrius de Phalère, d'Hiéronyme de Rhodes, et d'Aristoxène le musicien.
(3) Xénophon, Banquet, p. 876. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 36. — Aulu-Gelle, Noct. att., lib. I, ch. xvn.
Un jour qu'il avait à dîner Euthydème, son disciple et son ami^ Xantippe, dans un de ces accès de colère qui lui étaient familiers, renversa la table et tout ce qu'elle portait (1). Euthydème, qui avait bon appétit, fut sur le point de se fâcher, et voulait aller dîner ailleurs. Socrate le retint en riant, et lui rappela que, quelques jours auparavant, un dîner que lui offrait Euthydème avait de même été compromis par une poule. Mais au moins, dit ce dernier un peu radouci, ma poule m'est bonne à quelque chose, elle me pond des œufs; mais votre Xantippe... — Elle me fait des enfants, dit Socrate (2) .
Une autre fois Xantippe avait beaucoup crié, et s'était emportée plus que de coutume. Socrate avait tout souffert avec impassibilité, et je crois même, le rire sur les lèvres. Xantippe, exaspérée de ce flegme, et ne sachant plus que faire pour le vaincre, jeta à son mari un pot d'eau sale sur la tête. Après le tonnerre la pluie, dit Socrate, et ce fut là tout ce que Xantippe put en obtenir (3).
(1) Plutarque, Comment il faut refréner la colère, eh. xxxui.
(2) Je me suis trompé. Cette réponse fut faite à Alcibiade, qui reprochait à son maître d'être trop tolérant envers sa femme. Eh! quoi, lui dit ce dernier, le fâches-tu contre tes oies, quand elles crient? — Mais, au moins, elles me font des œufs, des petits. — Et ma femme me fait des enfants. (Diogéne-Laerce, lib. II, s. 37.)
(3) Diogène-Laerce, lib. II, s. 36. — Athénée révoque