SA PAUVRETÉ. H
On ne finirait pas si Ton voulait rapporter tous les traits de ce genre. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, ce sont les admirables préceptes d'afïection pour une telle mère^ que SocrateMonnaità Lamproclès^ Taîné de ses fils. Ce dernier probablement n'était pas doué de la même dose de patience que son père, et il était las, sans doute, des menaces et peut-être des mauvais traitements de sa mère. On peut lire ces préceptes dans Xénophon (i).
Et il ne faut pas croire que rien, dans son intérieur, dédommageât Tépoux de Xantippe de la compagnie d'une pareille femme. Socrate était pauvre (2) ; tout son bien ne valait guère que cent écus de notre monnaie (3) ; et ce n'était pas parce qu'il n'avait que peu d'amis à recevoir que sa maison était petite; c'eût été plutôt parce qu'il ne pouvait pas l'avoir plus vaste, et que du reste il n'avait pas grande chère à y faire.
ce fait en doule, ainsi que beaucoup d'aulres^ fails de la vie de Socrale. Mais on s'accorde, en général, à n'attacher presque aucune importance à ses dénégations.
(1) Memorabilia, lib. Il, p. 741.
(2) Platon, Banquet, p. 260. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 729. — Elien, Hist. var., lib. II, cap. xliii.
(3) 5 mines (Xénophon, Econ.,"^. 822, 823), ce qui équivaudrait à 450 livres, suivant l'évaluation faite par Barthélémy [Voyage du jeune Anachar sis, tab. 14, Évaluation des monnaies d'Athènes). On lit pourtant dans Plutarque [Vie d'Aristide, ch. m), qu'au rapport de Démétrius, Socrate avait non-seulement une maison à lui, mais 70 mines d'argent (plus de 40,000 fr.), que Criton lui faisait valoir.
a 8 HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATE.
Quant àlhii^ ce dernier point était ce qui lui importait le moins au monde (1). L'appétit ne lui manquait pas, et quand il en avait moins que de coutume, il se promenait à grands pas devant sa porte, en disant qu'il se faisait une sauce pour son souper (2). Sûrement que c'était là un soin que Xantippe ne prenait pas toujours.
Au reste, si Socrate était pauvre, c'était parce qu'il le voulait bien, et que cela convenait mieux à son indépendance et à sa philosophie. Il avait hérité de son père quatre-vingts mines, c'est-à-dire environ 8,000 francs de notre argent (3). Il les prêta à un ami qui ne les lui rendit pas (4-). Cela ne l'empêcha pas de refuser les présents d'Archélaûs, tyran de Macédoine, qui eût bien voulu l'attirer auprès de lui. Il donna pour raison de ce refus, qu'il ne voulait pas aller trouver un homme qui lui donnerait plus qu'il ne pouvait rendre (5) ; ré-
(1) Platon, Banquet^ p. 266. — Xénophon, Memorab., lib. ï, p. 723 ; lib. III, p. 788. — Plutarque, De la tranquillité d'âme, ch. xx; Du trop parler, ch. xxxvi. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 26 et 62. — Aulu-Gelle, Noct. atf., lib. H, c. I. — Athénée, Deipnos., lib. V, c. ii.
(2) « Socratem ferunt, cum usque ad vesporum contentius ambularet, quœsitumqiie esset ex eo quare id faceret, respondisse : se, qiio melius cœnaret, opsonare ambulando famem. » Cicéron, Tuscul. quœst., lib. V, s. 34.
(3) Suivant Barthélémy, loco suprà, cela irait à 7,200 livres de la monnaie de son temps.
(4) LiBANius, Apologia Socratis, p. 640. (o) Sénèque, De beneficiis, lib. V, cap. vi.