‹ Du démon de SocrateChapitre 13 sur 74 · SON DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

SON DÉSINTÉRESSEMENT

ponse d'ailleurs beaucoup trop modeste de la part d'un homme tel que Socrate.

Il refusa de même les présents de plusieurs riches Athéniens, et notamment ceux d'Alcibiade, malgré les représentations de Xantippe, qui n'eût pas demandé mieux que d'accepter (1). Alcibiade lui offrit un jour un terrain d'une étendue considérable^ pour qu'il s'y bâtît une maison ; Socrate remercia encore^ et répondit^ je crois, que, s'il avait besoin de chaussures, il se soucierait peu qu'on lui donnât du cuir pour en faire, parce qu'il n'était pas en état de payer les frais de la mise en œuvre (2) .

Il n'y avait d'ailleurs aucune ostentation dans tous ces refus, dans toute cette pauvreté du sage grec. Un jour que son pourpoint, comme celui de Scarron, était percé par le coude, j'achèterais bien un manteau si j'avais de l'argent, dit-il dans une réunion de plusieurs de ses disciples, qui se disputèrent alors, mais un peu tard, l'honneur de couvrir la nudité de leur maître (3).

On sent bien que si Socrate vivait ainsi dans une pauvreté volontaire, c'est que son désintéressement et son ardent amour de la philosophie et de la réforme qu'il y opérait, ne lui permettaient pas même de penser à recevoir le prix des leçons (4), ou plutôt des pré-

(1) Elien, Hist. vm\, lib. IX, cap. xxix.

(2) Diogène-Laerce, lib. lï, s. 24.

(3) Sénéque, De heneficns, lib. Yll, cap. xxiv.

(4) Platon, Apologie, p. 45, 76. — XÉ]sopîlo^•, Mcmorah..

dications continuelles, qu'il allait semant de toutes parts, et que, surtout dans la période avancée de sa vie, il eût pu se faire payer fort cher. Mais il ne voulut jamais rien accepter d'aucun de ses disciples, au-delà, au moins, du nécessaire (1); et Griton lui-même, qui Tavait tiré de sa boutique de sculpteur, pour lui donner les moyens de philosopher à son aise, ne put ensuite venir à bout de vaincre sa résistance à cet égard (2).

Ce Socrate, au reste, si pauvre et pourtant si peu nécessiteux, qui n'avait qu'un manteau pour l'été et pour l'hiver, qui marchait nu-pieds en toute saison, parce qu'il ne sentait pas le besoin de chaussures (3), à qui la pompe et l'appareil du luxe n'arrachaient que ces paroles : « que de choses dont je n'ai pas besoin (4) ! » Socrate n'était ni malpropre dans ses vêtements (5), ni ennemi de la gaîté et des plaisirs (6). C'était lui qui voyait poindre la vanité d'Antisthène à

lib. I, p. 731 ; Apologie, p. 704. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 27.

(1) Platon, Apologie, p. 72. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 721.

(2) Platon, Criton.

(3) Platon, Banquet, p. 267 ; Phèdre, p. 284. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 730.

(4) « Quam multa non desidero ! » Cicéron, Tuscul. quœst., lib. V, s. 32. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 23.

(5) Xénophon, il/emora6., lib.l, p. 7 12.— Diogène-Laerce, lib. 11, s. 28 et 36. — Elien, Uist, var., Ub. IV, cap. xi.

(6) Platon^ Banquet, p. 267.

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