SA VIE POLITIQUE
les rapports usuels de la vie. Mais ce n'était là encore que rhomme privé, et Thomme public répondait, au moins, à tout cela.
A Vkge de soixante-trois ans, c'est-à-dire sept ans avant sa mort, Socrate, qui jusque-là n'avait voulu prendre aucune part à la gestion des affaires de TÉtat (1 ), fut désigné par le sort (2) pour faire partie du Sénat de la République (3). De Prytane il y devint Épistate (4), dignité qui ne durait qu'un jour, et qui équivalait à la présidence de ce premier corps politique d'Athènes. Socrate, qui n'était pas fort entendu aux formes des affaires, se trouva un peu embarrassé des fonctions de sa présidence, et, plus d'une fois, au rapport de Platon, il fit rire à ses dépens ses collègues, et notamment quand il fut question de recueillir les voix, pour dresser l'arrêt du sénat (5).
Pendant qu'il faisait partie de cette magistrature politique, se présenta l'affaire des généraux vainqueurs au combat des îles Arginuses (6), affaire dont les détails peignent les mœurs du temps, et font honneur au
(1) PlatOiN, Apologie, p. 53, 73, 83,
(2) SiGONius, De republ. athen., lib. II, cap, u. — Samuel Petit, Leges otticœ, lib. III, tit. i.
(3) Platon, Apologie, p. 74 ; Gorgias, p. 60.
(4) Xénophon, Memorab., lib. I, p. 711.
(5) Platon, Gorgias, p. 60. — Athénée, Deipnosoph., lib. V, cap= XV.
(6) Platon , Apologie, p. 74. — Xénophon, Hist. grœc, lib. I, p. 444 à 452; Memorab., lib. I, p. 711. — Diodore DE SiciLE, Biblioth, Hist.,\\h. xni, cap. 98 et seq.
courage et à Téquité de Socrale. Dix généraux athéniens avaient, en commun, battu la flotte lacédémonienne, près des îles Arginuses, et, pour ne pas perdre les fruits de la victoire, et pouvoir poursuivre Fennemi, ils avaient investi, l'un d'eux, Théramène, du soin de faire repêcher les morts (1), pour leur donner une sépulture plus terrestre, ce à quoi on tenait beaucoup en ce temps-là. Théramène ne fit pas ce dont il s'était chargé, et il ne se contenta pas de cela ; il accusa ses collègues d'une faute dont lui seul était coupable (2). Deux d'entre eux, par crainte de ce qui pouvait arriver, quittèrent le territoire de l'Attique ; un troisième, Conon, mis hors de cause, fut conservé dans son commandement; mais les six autres furent l'objet d'un acte d'accusation porté devant le sénat, puis devant l'assemblée du peuple. C'était la fête des Apathuries; il y avait foule à Athènes. Les parents des morts se présentèrent, en habits noirs, le menton rasé, la larme à l'œil. On fit paraître un des naufragés, qui s'était sauvé sur un tonneau de vivres, et qui vint plaider la cause des^ noyés^ et de leur part, encore (3) ! Le peuple cria, le sénat eut peur. Plusieurs de ses membres, qui d'abord avaient été favorables aux malheureux amiraux, se rangèrent du côté du peuple, et conclurent à la condam-
(1) Xénophon, Hist. grœr,., lib. î, p. 447.
(2) Id.,ibid., p. 448.
{Z] m., loia.^ p. 44».
(3) /rf.,^•6^rf.,p. 449.