‹ Du démon de SocrateChapitre 16 sur 74 · SON COURAGE CIVIL · texte numérisé non relu

SON COURAGE CIVIL

nation des accusés (1). Le seul Socrate^ bravant les stupides clameurs de la populace^ et se séparant de ses lâches collègues (2), représenta^ avec toute la vigueur d'une conviction généreuse, tout ce qu'il y avait d'atroce et d'imbécile à la fois , à faire mourir des hommes qui n'avaient d'autre tort que celui d'avoir voulu rendre la victoire d'Athènes plus complète. Il ne fut pas écouté ; et les infortunés capitaines furent condamnés à mort et subirent leur jugement. Après quoij, le peuple, par cette versatilité qui ne lui est que trop habituelle (3), revenant sur son injuste égarement (k), voulut punir du même supplice leur accusateur Callyxène. Mais celui-ci prit le sage parti de se sauver, et ne revint que longtemps après à Athènes, pour y mourir dans la misère, et sous le poids de l'opprobre général (5).

L'année d'après ce beau jugement, eut Heu la prise delà ville par le Lacédémonien Lysandre, et l'établissement des trente tyrans (6). Critias, que Socrate avait

(i) Xénophon, liist. grœc, lib. I, p. 449.

(2) Platon, Apologie, p. 75. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 709; Hist. grœc, lib. I, p. 449. — Elien, Hist. var., lib. III, cap. xvii. — Athénée, Deipnosoph., lib. V, cap. xviii.

(3) Platon, Axiochus, p. 190; Criton^ p. 111.

(4) Platon, Apologie^ p. 74.

(5) Xénophon, Hist. grœc, lib. I, p. 4o2.

(6) Xénophon, Hist. grœc, lib. ÎI, p. 438, 462. — Diodore DE Sicile, Biblioth. Hist., lib. XIV, s. 3 et seq. — Plu- TARQUE^ Vie de Lysandre, ch. xxvi:i, xxix, xxx.

jadis comparé à un pourceau, à l'occasion de ses propositions honnêtes à Euthydème, Criiias fut un de ces Trente. Il se souvint de la comparaison et voulut se venger de son ancien maître. Il lui défendit de continuer ses instructions à la jeunesse (1), et lui ordonna de cesser ses exhortations à la vertu (2), dans lesquelles il voyait, sans doute, une sorte de critique indirecte de sa conduite. Socrate ne tint pas compte de la défense, et continua son genre de vie ordinaire. Critias voulut encore le forcer d'aller se saisir, à Salamine, d'un riche citoyen de cette île, et de le lui amener, pour qu'il fût mis à mort, et ses grands biens confisqués. Socrate s'y refusa de nouveau (3) . Et remarquez bien que, pour tous ces refus, il jouait sa tête, comme il la joua encore, lorsqu'à la même époque, et contre les mêmes hommes, seul de tous les Athéniens, il défendit inutilement le malheureux Théramène, un de leurs collègues, qui s'était séparé d'eux par horreur de leurs crimes, et que Critias fit mourir, après l'avoir rayé de la liste des Trente (4).

Socrate mettait, au reste, tant de simplicité, si peu de forfanterie à résister ainsi à la plus épouvantable

(1) Xénophon, Memorab., hb. 1, p. 716 et seq.; lib. IV, p. 803. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 19.

(2) Xénophon, Memorab., lib. I, p. 717.

(3) Platon, Apologie, p. 75, 76. — Xénophon^ Memorab., lib. IV, p. 803. — Diogène-Laerce, lib. 11, s. 24.

(4) DiODORE DE Sicile, Biblioth. Hist., lib. XIV, s. 5.

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