‹ Du démon de SocrateChapitre 18 sur 74 · SA MORALE · texte numérisé non relu

SA MORALE

Socrafe ait prononcé jamais^ s'adressait à celui qui les a le premier séparés (1). Ce sont Téternité dans le sein de Dieu, et Tinnéité dans la conscience humaine, des sentiments ou des idées modèles et directrices, du bon, du juste, du beau, du saint (2); c'est l'excellence de l'amitié (3); c'est le précepte d'augmenter toutes les vertus par la culture (4); celui d'aimer ses semblables (5), et de ne pas leur rendre le mal pour le mal (6) ; celui d'obéir aux lois (7), d'honorer les Dieux du pays où l'on est né, où l'on vit (8) ; ce sont, enfin, les éternelles béatitudes d'une vie à venir, données comme encouragement à la pratique de la justice, et comme gage du bonheur dans celle-ci (9).

(1) CicÉRON, De le gibus, lib. I, s. 42. — Clément d'Alexandrie, Stromat., lib. II, p. 417.

(2) Platon, Timée, Phédon, Cratyle, Ménon, Parménide, Phèdre, Philèbe, Tliéagès, Théétète, République, vi et vu.

(3) Platon, Phèdre, Banquet, Lysis. — Xénophon, Memorab., lib. 1, p. 731 ; lib. II, p. 746 et seq.

(4) Xénophon, Memorab., lib. Il, p. 755; lib. 111, p. 778; lib. IV, p. 790, 8U. ~ Aristote, Magnor. moral., lib. I, cap. I ; Ethicor. Nicomach., lib. VI, cap. xiii. — Cicéron, De officiis, lib. II, s. 12, — Stobée , Loci communes, serm. I.

(5) Platon, Gorgias, p. 137 ; Alcibiade I, p. 53.

(6) Platon, Criton, p. 113, 114 ; Gorgias, p. 74, 75.

(7) Platon, Criton, p. 185 et seq. — Xénophon, Mémora6.,lib. IV, p. 803, 8U.

(8) Platon, Phédon, p. 263 ; Phèdre, p. 390. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 722 ; lib. IV, p. 803, 811.

(9) Platon, Phédon, p. 443, 243, 258; Gorgias, p. 171 et seq.

Cette moraIe, si différente de celle qui s'était pratiquée^ et même de celle qui s'était enseignée jusque-là,, impliquait le blâme et la réformation de Tétat de civilisation des temps où vivait Socrate ; et elle devait entraîner, de toute nécessité, Tabolition de leur droit barbare de la guerre et des gens, et en particulier celle de Tesclavage. Si elle ne prescrivait pas encore aux hommes de s'aimer et de s'entr'aider comme frères, elle leur disait au moins de se traiter et de se secourir comme des égaux, et, en s'appuyant sur la Providence divine et sur les grâces d'un état à venir, elle donnait une base nécessaire à des préceptes que l'état grossier du cœur humain permettait de comprendre à peine.

Les croyances religieuses de Socrate offrent le même caractère de supériorité que ses opinions et ses préceptes en morale. Socrate reconnaissait les Dieux de son pays (i), et je ne tarderai pas à montrer qu'il les reconnaissait sincèrement, bien qu'on ait cherché à établir Topinion contraire (2). Mais ces dieux n'étaient plus pour lui l'incestueux et parricide Jupiter, l'impudique Vénus, l'homicide Mars, le fourbe Mercure. So=

(4) Platon, Apologie, p. 61, 62, 63 ; Pkédon, p. 137, 138, 266; Phèdre, p. 338, 390; Gorgias, p. 163, 461. — Xéno- PHON, Memorab.j lib. I, p. 709 et seq.; lib. III, p. 777; lib. IV, p. 803 ; Apologie, p. 70o.

(2) Théodoret, Grœc. affect. curât., serm. 2. — Saint Justin, Apologia pro Christianis, i, 2. — Charpentier, Vie de Socrate, Paris, in-18, 4657, p. 242.

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