‹ Du démon de SocrateChapitre 26 sur 74 · EXTASE DE POTIDÉE · texte numérisé non relu

EXTASE DE POTIDÉE

« le plus sage des hommes (1). » Alors Socrate^ qui veut avoir le mot de Ténigme, commence, parmi toutes les professions d'Athènes, les politiques, les poëtes,les artisans, ces singulières courses interrogantes, dans lesquelles il démontre aux uns et aux autres, qu'ils ont trop bonne opinion d'eux-mêmes, et, qu'au fond, ils ne savent pas grand'chose, ce qui ne pouvait manquer d'attirer sur lui la haine universelle (2).

Psychologiquement parlant, les choses auraient pu en rester là, c'est-à-dire que Socrate eût pu demeurer toute sa vie un homme singulier ou extraordinaire, si toutefois, depuis l'enfance, travaillé par son génie, il n'eût été disposé à prendre les inspirations de sa conscience pour la voix d'un agent surnaturel ; aussi le mal afîecta-t-il, de plus en plus, ce dernier caractère. Cette pensée, trop vive, trop ardente, trop disposée à se porter à l'extérieur, à se revêtir d'un corps, à devenir une image, ou, tout au moins, une sensation auditive, prit en effet cette dernière forme, et alors furent tout à fait commencées les hallucinations de Socrate, c'està-dire l'espèce de folie la plus irréfragable.

Je trouve que c'est au siège de Potidée, que se ma-

(1) Socpbç SocpoxXv;;, cocptùTepo; Bï Eù^nzi^m' àvS'pwv 8ï TràvTwv 2ct)>cpa-r.; Go^cÔTaToç. (Scholiast. Aristophan., Âd Nuhes, act. ï, scen. n, v. 144.) "Voyez aussi Platon, Apologie, p. 48; Xénophon, Apologie, p. 703; Pausanias, lib. I; Attic.^ cap. 22 ; Diogène-Laerce, lib. II, s. 37.

(2) Platon, Apologie, .p. 49 et suiv., mais surtout 50, 52, 53.

i 56 HISTOIRE PSYCHOLOGIQUE DE SOCRATE.

nifestèrent, pour i'histoire, les premiers signes évidents de cet état de Socrate, état que les auteurs traitent en général d'extase, mais que les véritables anthropologistes savent comment caractériser. Le siège de Potidée dura trois ans (d). Pendant Thiver, Socrate y avait marché nu-pieds sur les glaçons, vêtu à la légère, comme à son ordinaire (2), ce qui étonna déjà beaucoup ses amis ou ses compagnons d'armes. L'été vient, et voilà qu'un beau jour on le trouve debout dans la campagne, regardant fixement le soleil, comme font certains aliénés frappés d'incurabilité. On va, on vient autour de lui, on se le montre du doigt ; Socrate n'y prend garde. Le soir arrive ; des soldats ioniens apportent leurs lits de campagne en cet endroit, pour observer s'il passera la nuit dans la même posture. C'est ce qui eut lieu, en effet, et ce ne fut que le lendemain, au lever du soleil, qu'après avoir fait un grand salut à l'astre, Socrate se retira, à pas lents, dans sa tente, sans mot dire, et sans faire attention à ceux qui le suivaient, tout stupéfaits d'une pareille scène (3). Il faut nier ce fait, qui est attesté partons les auteurs qui se sont occupés de Socrate et par ses plus zélés disciples, ou bien il faut convenir que c'était là plus que le

(i) Thucydide, De bello Pelopones.j, lib. L

(2j Platon, Banquet, p. 267.

(3) Platon, Banquet^ p. 268. — Diogéne-Laerce, lib. Il, s. 23. — Phavorin, dans Aulu-Gelle, Noct. attic, lib. 11, cap. 1.

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