LE DÉMON D APRÈS PLATON
« rête toujours au moment d'agir. J'ai cru entendre de « ce côté une voix qui me défendait de partir^ avant « d'avoir acquitté ma conscience , comme si elle était c( chargée de quelque impiété. Tel que tu me vois, je (f suis devin (sip St) fjiavTiç |jt.£v), non pas^ il est vrai, « fort habile ; je ressemble à ceux dont l'écriture n'est « hsible que pour eux-mêmes; j'en sais assez pour c( mon usage. Je devine donc et je vois clairement le « tort que j'ai eu. L'âme humaine , mon cher Phèdre, (( a une puissance prophétique. Il y avait longtemps (( qu'en te parlant je me sentais agité d'un certain a trouble, pensant, avec un peu d'effroi, que peut- « être, comme dit le poëte ïbycus, les dieux me fer « raient un crime de ce qui me faisait honneur aux « yeux des hommes ; à présent je reconnais ma a faute (1). »
« Tu me demanderas peut-être : Socrate, qu'a de « commun ce préambule avec ce que tu voulais me « dire, pour m'expliquer la persévérance de tes pource suites? Je vais te satisfaire, cher enfant de Cliniaset « deDinomaque. C'est que tune peux accomplir tous c< ces grands desseins sans moi; tant j'ai de pouvoir sur c( toutes tes aff'aires et sur toi-même ! De là vient « aussi sans doute que le Dieu^ tov Ôeov, qui me gou- « verne, ne nia pas permis de te parler jusqu'ici, et (if attendais sa permission. Et, comme tu espères que,
(1) Platon, Phèdre, trad. de M. Cousin, p. 37; du texte grec, p. 311.
c( dès que tu auras fait voir à tes concitoyens que tu « leur es très-précieux, à l'instant tu pourras tout sur c( eux, j'espère aussi que je pourrai beaucoup sur toi, « quand je t'aurai convaincu que je te suis du plus a grand prix, Alcibiade, et qu'il n^y a ni tuteur, ni « parent, ni personne qui puisse te mener à la puis- « sance à laquelle tu aspires, excepté moi, avec l'aide a du Dieu toutefois ([xetoc ôeou ixsvxot). Tant que tu as été « plus jeune et que tu n'as pas eu cette grande ambition, a le Dieu, b 6£oç, ne m'a pas permis de te parler, afin que a mes paroles ne fussent pas pey^dues. Aujourd'hui il me « le permet', car tu es capable de m' entendre (1). » Et plus bas, dans le même dialogue :
SOCRATE
« Je n'ai tout au plus sur toi qu'un seul avantage.