‹ Du démon de SocrateChapitre 32 sur 74 · LE DÉMON DEVANT LES HÉLIASTES · texte numérisé non relu

LE DÉMON DEVANT LES HÉLIASTES

Mais c'est surtout dans Y Apologie, discours prononcé par Socrate lui-même devant ses jugies^ et en présence d'Athènes tout entière^ et que Platon n'a guère fait que recueillir, c'est surtout dans TApologie que Socrate, en parlant de son Dieu, de son Démon, de sa voix divine, développe, de la manière la plus formelle et avec une sorte de plaisir, les hallucinations de Touïe les plus manifestes et les plus invétérées qu'ait jamais pu observer un médecin.

Le Dieu, b Ôsoç, de Delphes, dit-il après avoir développé sa Théorie de la génération des démons (1), le pousse à faire ce qu'il fait (2) ; et il lui obéira plutôt qu'aux Athéniens (3), car c'est là ce que le Dieu, 0 Ô£oç, lui ordonne (4). Si donc il se défend, c'est pour l'amour des Athéniens, de peur qu'en le condamnant, ils n'offensent le Dieu (tou ôsoîî), dans le présent qu'il leur a fait (5) .

« Le Dieu, ô ôso'ç, semble m'avoir choisi, ajoute-t-il, « pour vous exciter et vous aiguillonner, pour gour-

même sur des étrangers. La puissance de mon démon, disait-il^ s'' étend jusque sur les rapports qu'on veut contracter avec moi. Ses hallucinations externes de Touïe et de la vue et son hallucination interne d'une puissance d'action médiate, tout cela se tenait d'un seul tout.

( Note de la deuxième édition. )

(1) Platon, Apologie, trad. de M. Cousin, p. 86 et suiv.

(2) Ihid., page 91.

(3) Ihid., page 93,

(4) Ihid., page 94*

(5) Ihid., page 95.

j 7G HISTOIRE PSYCHOLOGIQUE DE SOCRATE.

mander chacun de vous, partout et toujours, sans vous laisser aucun relâche (1).

(( Que ce soit la divinité, toîî 6£ou, elle-même qui m oit donné à cette ville, c'est ce que vous pouvez aisément reconnaître à cette marque qu'il y a quelque chose de plus qu'humain à avoir néghgé, pendant tant d'années, mes propres affaires pour m'attacher aux vôtres, en vous prenant chacun en particulier, comme un père ou un frère aîné pourrait faire, et en vous , exhortant sans cesse à vous appliquer à la vertu (^).

« Mais peut-être paraîtra-t-il inconséquent que je me sois mêlé de donner à chacun de vous des avis en particulier, et que je n'aie jamais eu le courage de me trouver dans les assemblées du peuple pour donner mes conseils à la république. Ce qui rrien a empêché, ô Athéniens, cest je ne sais quelle voix divine et démoniaque (3), dont vous m'avez si souvent entendu parler, et dont Mélitus, pour plaisanter, a fait un chef d'accusation contre moi. Ce phénomène extraordinaire s est manifesté à moi depuis mon en^ fance ; c'est une voix (4), qui ne se fait entendre que pour me détourner de ce que fai résolu ; car jamais

(i) Platon, Apologie, traduct. de M. Cousin, page 96.

(2) Ihid., page 96.

(3) On p.01 ôeTo'v tI 5tal ^atpovtov -^(peTai ©wvvi. (Page 73 du

texte grec.)

(4) Ép.ot ^à TOÛTo ècjTiv à)c Tra-^o; àpHâu.svov, ©wvvî tIç •^ipoasvYî.

(Page 73 du texte grec.)

Page 1