DÉ3I0N0L0GIE GRECQUE
fondu souvent avec le Destin, et dont ils ne savaient trop quelle image se faire, ni quelle figure^ quel corps il fallait lui donner. Vinrent ensuite les astres, puis le feu, l'éther, Tair, singuliers Dieux dont la tournure devait encore embarrasser beaucoup des hommes habitués aux belles formes de la nature et de la statuaire grecques. Venait enfin toute la tourbe des Dieux véritables et anthropomorphes, grands, moyens, petits, très-petits, depuis Cybèle et Jupiter jusqu'à ces Dieux portiers, Forcuie, Limentine et Cardée, dont se moquait saint Augustin.
Au reste, soit qu'on ne reconnût qu'un seul Dieu supérieur, ce fatum amorphe dont je parlais tout à l'heure, ce qui n'était pas commun, et ce qui équivalait presque, en ce temps-là , à une déclaration d'athéisme ; soit qu'avec Socrate, Platon et la presque totalité de leurs disciples, on admît, pour grands Dieux, Dieux réels, d'abord ce Dieu immense, suprême, puis les vingt Dieux choisis de Varron, Jupiter, Junon et compagnie, il fallait trouver moyen de faire communiquer ces divinités avec les mortels, pour qu'elles reçussent leurs hommages, entendissent leurs prières, leur donnassent des ordres et des conseils. Or, pour tout cela, on n'avait rien de mieux à faire que de peupler les airs de Génies ou de Démons (1), hybrides de
morabilia^ notamment au livre IV, p. 805i, et dont parle Eusèbe dans le passage auquel je viens de renvoyer.
(1) Hésiode, Opéra et dies, v. 120 et seq., 246 et seq. —
âOO HISTOIRE PSYCHOLOGIQUE DE SOCRATE.
nouvelle espèce, provenant de l'union des Dieux avec les filles des hommes (1), formés de la partie la plus pure et la plus fluide de Tair (2), immortels, enfin, comme les Dieux, mais sujets aux passions comme les hommes (3). Ces célestes messagers dont le nombre était immense, puisque Maxime de Tyr les compte presque par miUiards (4), étaient chargés aussi d'un nombre immense d'offices. D'abord, indépendamment de celui qui servait à chaque homme de bon ou de mauvais génie (5), il y en avait pour les songes, pour les auspices, pour fendre le foie, maculer les entrailles des victimes, diriger le vol des oiseaux, pour faire gronder le tonnerre et lancer la foudre au besoin, quand Ju-
Platon, Timée , Banquet^ République^ II, lll, X, Politique^ Epinomis. — Plutarque, Des oracles qui ont cessé ; Du Démon de Socrate ; D'Tsis et d'Osiris. — Apulée, De Deo Socratis. — Jamblique, De.mysteriis jEgijpt. , Chaldœor., Assyrior. — Proclus, Commentarius in Platonis Âlcibiade J. {{) Platon, Apologie, p. 64.
(2) Apulée, loc. cit., p. 144, 148. — Saiist Augustin, De divinatione dœmonum; De civitate Dei, lib. Vil, cap. 15; lib. XI, cap. 23.
(3) Plutarque, Des oracles qui ont cessé, ch. 17 et 19. — Apulée, loc. cit., p. 147. — Chalcidius^ Commentar. ad Platon. Timœum, p. 227. — Maxime de Tyr, Dissertatio lo. — On voit pourtant dans Plutarque [loc. sup., ch, 17 et 19) que, suivant Hésiode et Pindare, les démons pouvaient mourir. Le terme moyen de leur vie était de neuf mille et quelques cents ans.
(4) Dissert. 14.
(5) Platon, Phédon, p. 244, 256. — Apulée, loc. cit.^ p. 15o.