ETAT DE LA CIVILISATION GRECQUE
Sybaris, florissaient déjà sous Finfluence de lois que leur avaient données quelques-uns des premiers disciples dePythagore. Hiéron, tyran de Sicile, réunissait à sa cour de Syracuse les poètes et les beaux-esprits decetenips-là, Simonide^Pindare, Epicharme^ Bacchylide. Artaxerce Longue-Main venait de recevoir, en Perse, Thémistocle banni d'Athènes, et il ne devait pas tarder à permettre aux Hébreux, alors captifs à Babylone, de suivre leur prophète Esdras, envoyé à Jérusalem pour relever leur temple et leur religion. Pour ce qui est de la Grèce et d'Athènes en particulier, on était déjà loin sans doute du temps où Hercule, Thésée, Pirithoûs, couverts de peaux de bêtes et armés de massues, comme le sont actuellement nos sauvages, allaient, à travers les forêts de leur pays, faire la chasse aux monstres qui les peuplaient. Toutefois, dans ce siècle d'Aristide le Juste, les guerres, souvent entreprises pour des motifs qui nous paraîtraient aujourd'hui bien frivoles, se faisaient suivant un droit des gens, où les villes prises étaient sans plus de façon détruites, les citoyens réduits en esclavage, et leurs femmes, leurs filles destinées au service ou à la couche des vainqueurs (1).
(i) Voici qui est bien plus fort. Le matin même de la bataille de Platée, Aristide, ayant fait prisonniers trois neveux du roi Xercès, les envoya à Thémistocle, qui, sur l'avis du devin Euphrantidas, les fit sacrifier à Bacchus Omesfès fmangeur de chair crue), pour se rendre les Dieux
100 HISTOIRE ORDmAlRE DE SOCRATE.
La vie civile et intérieure des Grecs, réglée^, en grande partie, par Tensemble admirable des lois de Solon, offrait néannaoins encore bien des disparates et toutes les marques d'une civilisation boiteuse. C'étaient le double exercice du pouvoir souverain et du pouvoir judiciaire remis aux mains de la plus mobile populace; rignorance et la vénalité de juges innombrables, à côté de la savante probité des aréopagites ; en regard de la condition à la fois abaissée et délaissée des femmes, la toute-puissance des courtisanes sur Tesprit des hommes d'Etat les plus considérés et des philosophes les plus graves; les hideuses dénonciations des Sycophantes, succédant, presque sans intervalle, aux glorieuses acclamations de la place pubhque; une liberté, une licence toute démocratique, mêlée aux excès d'une aristocratie parfois tyrannique et barbare ; et mille autres contrastes de ce genre.
Dans la gestion des affaires publiques, Cimon avait remplacé Thémistocle; Périclès, qui commençait seulement à se faire connaître, ne devait que plus tard donner son nom à ce siècle des arts et de la littérature. Phidias, quoique déjà célèbre, n'avait point encore porté à son plus haut degré de perfection cet art de la sta-
favorables. Cet acte de sauvagerie, que raconte Plutarque dans les Vies d'Aristide et de Thémistocle^ en dit plus que tous les commentaires sur Tétat de civilisation de ce tempslà. Les Grecs n'étaient plus anthropophages, mais leurs Dieux relaient encore.