ÉTAT DE LA CIVIUSATIO^ GRECQUE
tuaire qui fut le début de Socrate^ et sa Minerve d'or et d'ivoire ne brillait pas encore au Parthénon. Le Pirée n'était pas uni à Athènes par ses longues murailles (1), et la ville de Pallas^ au milieu des habitations souvent bien misérables de ses citoyens (2), n'avait guère commencé que depuis Pisistrate à se couvrir de monuments de toute espèce, statues de dieux ou de grands hommes, marchés, places publiques, temples, dont quelquesuns offraient aux regards des peintures où étaient représentées les victoires de Miltiade et de Thémistocle.
La lyre, pauvre de cordes et d'harmonie, n'était digne encore des inspirations ni de Terpandre, ni de Timothée. Les lettres aussi étaient loin d'avoir acquis toute la splendeur qui leur était réservée sous l'administration de Périclès, et du vivant même de Socrate, Si Eschyle avait déjà donné ses chefs-d'œuvre, Sophocle ne faisait guère que préluder aux siens, et Euripide ne devait paraître que plus tard, pour recevoir, du fils de Sophronisque, des conseils, et même, dit-on, des inspirations (3).
L'astronomie et les mathématiques pouvaient s'enorgueillir, sans doute, de quelques découvertes ou
(1) Le projet en avait été formé par Thémistocle, mais il ne fut mis à exécution que par Périclès , ainsi qu'il résulterait du témoignage même de Socrate. (Voyez le Gorgias, p. 25, et la Vie de Périclès, par Plutarque, ch. xxvni.)
(2) Ferguson, Essai sur V histoire de la société civile, ¥ partie, ch. iv.
(3) Diogrne-Laerce, lib. H, s. 18.
de quelques importations, dues surtout à Pythagore. Mais la physique, complètement dans Tenfance, n'avait eu jusqu^alors pour représentants, que Thaïes, Lencippe, Démocrile, Empédocle, pour bases, que des hypothèses sur Teau, Tair, les atomes, leurs transformations et leurs combinaisons, et pour résultats, que rignorance la plus complète des faits naturels les plus simples.
Quant à la philosophie proprement dite, à la science de Thomme moral et à ses diverses branches, des mains et des voies de Thaïes, de Pythagore et d'Anaxagore, elle était tombée dans celles des Sophistes, et elle s'occupait beaucoup plus des moyens de déguiser la vérité, que de ceux de la chercher et de la faire connaître. Ses efïets, sinon son but, étaient de fausser le jugement par les subtilités de sa dialectique, au lieu de former et d'ennoblir le cœur, en faisant mar= cher de front la saine logique et la morale.
Tout cela était en harmonie, du reste, avec Tétat des mœurs et de la raison générale de ce temps-là; et cette raison, aussi bien chez les philosophes que dans le peuple, était celle qui, dans l'ignorance la plus absolue des causes physiques, voyait partout des prodiges, faisait croire aux oracles, à la divination, à la magie, et transformant ces causes en êtres surnaturels le plus souvent malfaisants, peuplait les cieux, les eaux, la terre et ses entrailles, de trente ou quarante mille Dieux, ivrognes, gourmands, impudiques, homicides^