HISTOIRE ORDINAIRE DF. SOCMATE
courage et. à L'équité Ue Socrate, Dix généraux athéniens avaient, en commun, battu la flotte lacédémo- Mienne, près des lies Arginuses, et, pour ne pas perdre les l'ruitsdela victoire, et pouvoir poursuivre l'ennemi, ils avaient investi, l'on d'eux, Théramène, du soin de faire repécher les morts (1), pour leur donner une sépulture plus terrestre, ce à quoi on tenait beaucoup en ce temps-là, Théramène ne fit pas ce dont il s'était chargé, et il ne se contenta pas de cela ; il accusa ses collègues d'une Faute dont lui seul était coupable (2). Deux d'entre eux, par crainte de ce qui pouvait arriver, quittèrent le territoire de l'Atlique; un troisième, Conon, mis hors de cause, fut conservé dans son commandement; mais les six autres furent l'objet d'un acte d'accusation porté devant le sénat, puis devant l'assemblée du peuple. C'était la fête des Apathuries; il y avait foule à Athènes. Les parents des morts se présentèrent, en habits noirs, le menton rasé, la larme à l'œil. On fit paraître un des naufragés, qui s'était sauvé sur un tonneau de vivres, et qui vint plaider la cause des noyés, et de leur part, encore (3) ! Le peuple cria, le sénat eut peur. Plusieurs de ses membres, qui d'abord avaient été favorables aux malheureux amiraux, se rangèrent du coté du peuple, et conclurent à la condam-
(1) Xénoi'HoN, Hàt. grœr,., W.% p- 447.
(2) id.,Md.,p. 448.
(3) M,,t6irf.,p-449.
SON COURAGE CiViL
nation des accusés (I). Le seul Sociale, bravant les stupides clameurs de la populace, et se séparant de ses lâches collègues (2), représenta, avec toute la vigueur d'une conviction généreuse, tout ce qu'il y avait d'atroce et d'imbécile à la fois , à faire mourir des hommes qui n'avaient d'autre tort que celui d'avoir voulu rendre la victoire d'Athènes plus complète. Il ne fut pas écouté ; et les infortunés capitaines furent condamnés à mort et subirent leur jugement. Après quoi, le peuple, par cette versatilité qui ne lui est que trop habituelle {3}, revenant sur son injuste égarement (A), voulut punir du même supplice leur accusateur Callyxène. Mais celui-cî prit le sage parti de se sauver, et ne revint que longtemps après à Athènes, pour y mourir dans la misère, et sous le poids de l'opprobre général (5}.
L'année d'après ce beau jugement, eut lieu la prise de la ville par le Lacédémonien Lysandre, et l'établissement des trente tyrans ((S). Critias, que Socrate avait
(1) Xénophon, Jlîst. grœc., lib. I, p- 449.
(2) Platon, Apologie, p. 73. — Xénofhoh, Afemorab., lit). I, p. "09; Hist. grœc, lib. I, p. 449. — Elikn, Hist. var., lib. III, cap. mi. — Athénée, Deipnosoph., lib. V, cap. xvm.
(3) Platon, Axiochus, p. 190; Çriton, p. ili.
(4) Platon, Apologie, p. 74.
(5) Xékophon, Hist. gréé., lib. 1, p. 452;
(6) Xénophoh, Hist.gTœc, lib. II, p. 4S8.482. — Diodork de Sicile, Bibliolk. Hist., lib. XIV, s. y et seq. — Bu* TAitmiK, i'ie de Lijsandie-, ch. xxvj:i, xxix, xxx.