‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 19 sur 92 · SA VIE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

SA VIE PHILOSOPHIQUE

tyrannie qui eut jamais pesé sur Athènes, qu'au lieu de faire valoir les dangers auxquels il s'exposait en agissant ainsi, il disait, en plaisantant, à ses amis qui lui exprimaient leur inquiétude, qu'il était trop pauvre pour que les Trente voulussent le faire mourir (1).

J'entre dans la dernière période de la vie de Socrate, période la plus belle de cette vie déjà si belle et si grande, cl à laquelle je rapporterai brièvement l'examen des opinions qui valurent au (ils de Sophronisqiie les railleries d'Ameipsias et d'Aristophane, l'accusation de Mélitus, enfin son jugement, sa condamnation et sa mort. Ici, Socrate n'est plus un Athénien, c'est le citoyen de l'univers, l'homme dont les idées et la fin ont eu sur. le monde une influence qui n'est pas encore effacée.

On peut rapporter a deux points la tendance de la réforme intellectuelle que Socrate, autant par une nécessité d'instinct, que par une volonté réfléchie, venait introduire dans Athènes et dans la société ancienne. D'abord les principes de la morale elles devoirs de la vie, donnés comme point de départ et comme but à la philosophie ; ensuite, la reconnaissance de l'unité de la cause première, et les premiers coups ainsi portés à toutes les honteuses absurdités du polythéisme. Et, sous ces deux rapports, Socrate n'était, comme on lèsent bien, que l'expression avan-

(i) Elien, Mil. var., lib. IV, cap. u.

i'Si HISTOIRE OllIMJiAIHË DE SOLRATË.

cée dés opinions qui germaient, depuis longtemps , dans la tète de quelques philosophes, et notamment dans celle d'Anaxagore, et qui devaient, quelques siècles plus tard, se faire jour dans celle même de la foule. Maïs cette double expression philosophique et sociale était tellement précoce, qu'elle ne put êlre comprise par les juges de Socratej et même par ta plupart de ses apologistes, et qu'elle ne pouvait guère avoir pour lui d'autre résultat qu'une accusation capitale, suivie tout au moins du bannissement (i).

Pour ce qui est de la morale de Socratè, répandue à profusion dans les écrits de Platon, son principal disciple, elle est trop connue désormais pour qu'il soit nécessaire de beaucoup y insister. Ce sont les devoirs de fils, d'époux, de père, de citoyen, de créature de Dieu, mis avant et au-dessus de tout bien et de toute science (2) ; c'est le juste nécessairement et constamment joint à l'utile, l'union intime du bonheur et de l'équité (3), et le seul anathème, peut-être, que

(t)M. Cousin, Argument de l'Apologie; Notes additionnelles au Banquet.

(2) Platon; Euthyphron, Apologie, Phédon, Premier Âloibiade, Deuxième Alcibiade, Tkéagès, Criton; — Xénopbon, Memorab., lib. I, p. 270 et seq.; lib. H, p. 741 et seq.; tib.lV,p. 807 et seq.; Econom., p. 826, 827. .

(3) Platon, Lois , I , Eutyphron, Premier Alcibiade , Théélite, Banquet, Plillèbe, Ménexène, Gorgias, ProtagoTati

— Xénoi'hon, Memorab., lib. III, p. 777 ; lib. IV, p. 798.

— Cicékok, Tuscul. quœst., lib. V, s. 12 ; De oftkiis, lib. II, S. 12.

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