G HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATE
Cette morale, si différente de celle qui s'était pratiquée, et même tic celle qui s'était enseignée jusque-là, impliquait le blâme et la réformation de l'état de civilisation des temps où vivait Socrate ; et elle devait entraîner, de toute nécessité, l'abolition de leur droit barbare de la guerre et des gens, et en particulier celle de l'esclavage. Si elle ne prescrivait pas encore aux hommes de s'aimer et de s'entr* aider comme frères., elle leur disait au moins de se traiter et de se secourir comme des égaux, et, en s'appuyant sur la Providence divine et sur les grâces d'un état h venir, elle donnait une base nécessaire à des préceptes que l'état grossier du cœur humain permettait de comprendre à peine.
Les croyances religieuses de Socrate offrent le même caractère de supériorité que ses opinions et ses préceptes en morale. Socrate reconnaissait les Dieux de son pays (1), et je ne tarderai pas à montrer qu'il les reconnaissait sincèrement, bien qu'on ait cherché à établir l'opinion contraire (2). Mais ces dieux n'étaient plus pour lui l'incestueux et parricide Jupiter, l'impudique Vénus, l'homicide Mars, le fourbe Mercure. Soft} Platos, Apologie, p. 61, 02, fia ; Phédon, p. 137, 138, 260 ; Phèdre, p. 338, 300; Gorgias, p. it>3, 16*. — Xénovuox, Memorab., lib. i, p. 700 et seq.; lib. III, p. 777 i lib. IV, p. 803 ; Apologie, p. 705.
(2) TaÉoDOBET, Grœc. affect. curât., sevm. 2. — Saint Justin, Apolotjia pro Christianis, 1, 2. — CuAnnENTiEii, Vie de Socraln, Paris, in-18, 1657, p. 242.
[jlj.l.jv
SA RELIGION. 137 crate ne voulait pas qu'on attribuât aux Dieux les faiblesses et les vices de l'humanité (1). Il désirait, au contraire, qu'on débarrassât la religion des fables que paraissait autoriser la philosophie de Pythagore et d'Empédocle (2). Ces dieux ainsi épurés, et qui, présents partout, présidant à lotit, lisaient dans les plus secrètes pensées des hommes, et dirigeaient toutes leurs actions, Socrate voulait qu'on les honorât, qu'on les consultât, qu'on eût pour eux des vœux et de la reconnaissance (3) ; mais il voulait surtout qu'on se les rendit favorables par les actions, par une conduite vertueuse, une conduite qui ne vînt point démentir ou les préceptes, ou les paroles (4).
Et ce n'était pas là encore, à beaucoup près, toute la théologie du maître de Platon. Au-dessus décès dieux du paganisme, passés au creuset d'une raison supérieure, il admettait un Dieu unique, dont les autres n'étaient, en quelque sorte, que les ministres, un Dieu presque aussi intellectualisé que celui des Chrétiens d'à présent, et qui, après avoir tout fait, tout ordonné, veillait sur tout, était à la fois présent et
(1) Platon, Evthyphron,p. t2, 13, ÎOetseq. . :-V.
(2) Phitarque, Du Démon de Socrale, ch. xiv.
(3) Platon, Eutkyphron, p. 9, 33; Phèdon, p. 265 ; Deuxième Atcibiade, p. 99. — Xékophon, Memorab., lib. I, p. 7)1, 723; lip. IV; p. 803.-
(4J Platon, Deuxième ,4lcibiadt, p. 100. — Xénopbon, Memorab., Mb', t, p. 722 ; lib. IY, p. 803.