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agissant en tous lieux (1). Ce n'est pas que Socrate ne lu confondît encore parfois avec Jt-s divinités grecques, qu'il avait arrangées à sa mode, et que, souvent même, il ne parlât iudiiléreinmenl de ce Dieu ou de ces dernières (2). On sent bien même qu'il ne pouvait en être autrement. Les plus grands esprits sont encore plus de leur époque qu'ils ne sont de leur pays ; et, dans les idées qu'ils en conservent, on met à tort sur le compte de leur prudence ce qui n'est que le résultat de la faiblesse de notre pensée, et de l'impossibilité ouest le même homme de jeter à la fois toutes les mauvaises opinions du temps où il vit.
Cette double série d'idées nouvelles, la réforme de la morale et l'intellectualisation des croyances religieuses, formèrent donc le but de la vie do Socrale, ou plutôt toute cette vie même. Et non-seulement ces idées, dont la dernière surtout n'était pas bien nette dans l'esprit même de ce grand homme, ne pouvaient être, de son temps, ni bien accueillies, ni bien comprises; mai s elles devaient attirer sur lui In défaveur, jedirai plus, la haine, de beaucoup de ses contemporains (3).
(1) Xknophon, hlemorab,, lib. 1, p. 726, 728 ; lih. IV, p. 802.— Platon, Philébe, p. 214, 2-iS.— Cddwobth, Syst. intellect,, cap. iv, § 23. — Bbucker, iiïït. philosoph,, t. I, p. 5G0, B61.
(2) Platon, vipo/opie, passim ; /'Wrfon, p. 140, IS2; 137. — XiiNOniON, Jfemomf.., lib. 1, p. 709, 72G, 728 ; lib. IV, p. 802, 803. — CicÊnuN, De iwlura Detirum, lib. I, n. 12.
(3) Platon, ,1/ciio7t, p. U 1* ; Àpolofjie, p. 12, ai. — Xésomion, MemoTab.,. lih. IV, p. 805.
HfCOLPATlOXB DtHlGÉtfS CONTRE SES DOCTRINES. 13!) Il n'y avait rien à dire, îi coup sur, de ses préceptes de morale. S'ils n'étaient pas immédiatement applicables, leur vérité, au moins, et leur grandeur ne pouvaient être mises en doute ; mais ce sur quoi on pouvait se tromper, ou en faire le semblant, c'était sa manière de les exposer et de les faire valoir. Comme, pour les inculquer dans l'esprit de ses disciples, il voulait y détruire auparavant toutes les fausses connaissances de la philosophie des sophistes, ou même celles d'une morale mal établie (1), et qu'il le faisait par les armes redoutables de sa dialectique ironique, on put penser qu'il en voulait à cette morale même, dont il était pourtant le plus fervent apôtre. Son doute philosophique (2), reproduit bien longtemps après par Descartes, et qu'il n'étendait qu'aux principes de la physique et de la fausse logique de ce temps, en en
(1) Platon, M/ton, p. 320, 348. — C'est pour cela qu'Eusèhe appelait Sociale un philosophe purgatif, tpiWaitpoc BaflapTinî';, sans doute d'après celle idée de Plutarque {Première question .Platonique), que le discours de ce grand homme était propre à réfuter, arguer et convaincre, comme une drogue iaxatice pour purger.
(2) «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien,» dît-il dans Diogènc-Laéice ; et, dans le Mênon, p. 348, Platon lui fuit dire : «Si je fais naîtra des doutes dans l'esprit des autres, ce n'est pas que j'en sache plus qu'eux; je doute, au contraire, plus que personne, et c'est ainsi que je fais douter les antres.» Enfin, dans le Théétète, p. 76, u Télonnenient, dit-il, est un sentiment philosophique ; c'est le vrai commencement de la philosophie. »