HISTOIRE ORDINAIRE DR SOC RATE
exceptant toujours formellement les bases de la morale (1),ce doute, dis-je, on crut, ou l'on feignit de croire, qu'il voulait l'employer, au contraire, à saper tous les fondements de cette dernière (2), et de là, dans les Nuées, les mauvais traitements de Slrepsîade envers son père, donnés comme une conséquence rigoureuse des mauvais conseils de Socrate; de la, cette idée, peu à peu répandue, qu'il corrompait la jeunesse d'Athènes et l'éloignait de ses devoirs ; de là l'accusation de Mélitus et le jugement à mort des Héliastes.
Mais il y avait un autre grief, et un plus grand, un plus réel, exprimé dans la dénonciation du poète de Pylhos et de ses deux coaccusateurs, c'étaient les opinions religieuses de Socrate ; et, si l'inculpation de corrompre la morale et de pervertir la jeunesse n'était pas fondée, celle de chercher à détruire la religion d'Athènes (3) l'était ; cela est évident (4). Les Dieux secondaires de Socrate n'étaient plus les divinités païennes ; et le culte qu'il voulait qu'on leur rendit ne tendait à rien moins qu'à renverser Éleusis et ses mystères, Bacchus et ses Dionysiaques, le dogme
" (t.) Pl*tûn, Mènon, p. 389; Pkiièlie, p. 208, 209. — Cicéros, Acad. quœst., lib. 1, s. 4.
(2) Platon, Apologie, p. 41, 42 cl sétj.; Tliéélète, p. 62. — Xlnophon, Memorab., lib. 1, p. 711,719 ; lib. IV, p, 80a.
(3} Xému'uon, Memorab., lib. [, p. 725.
(4) Làctance, De justitia^ lib. V, cap. . xv. — SI. Codsin, Argument de l'Apologie; Notes additionnelles au Banquet.