‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 24 sur 92 · INCULPATIONS DIRIGEES CONT11E SES DOCTRINES · texte numérisé non relu

INCULPATIONS DIRIGEES CONT11E SES DOCTRINES

aussi bien que les cérémonies de ia religion athénienne. Mais surtout son grand Dieu, son Dieu supérieur et universel, sa Providence, n'avait rien d'analogue, dans les opinions de ce temps-là, que ce que parait en avoir pensé Anaxagoro; et l'on sait que, pour cette idée trop- intellectuelle, ce philosophe, sans la protection de Périclès, eût pu précéder Socrate dans les cachots du Céramique (1).

Il n'est point question ici d'établir ou d'invalider la justice de l'acte d'aCcusation porté contre ce dernier. Ces vieux débats ne nous importent guère, et l'équité, dont les règles sont éternelles, n'a rien à y perdre ni à y gagner. "Socralc avait raison, non pas seulement de faire descendre la philosophie du ciel, mais de s'y élancer lui-même, pour en chasser les faux dieux, et y mettre à leur place une induction plus raisonnable delà cause première; ou, plutôt, il était poussé à cela par les nécessités de sa nature penseuse, et par les idées de son époque ; et, pour 1k gloiredc cette époque même, ilefttété mieux que ce double but de réforme ne devint pas, pour lui, l'occasion d'une condamnation capitale. Si lés hommes éclairés qui l'accusaient, si les hommes grossiers qui le condamnèrent, n'ont pas

(1) Plutarque, Viede Périclès, ch. lx. — Diogène-Laebce, lib. Il, s. i-2. — On accusait, en outre, Anaxagore d'avoir avancé que le soleil n'était point un Dieu, mais une masse de l'eu plus grande que le Péloponèse. Au Tond , ces deux accusations revenaient au mémo.

142 nisTOiiiE ordinaire de socrate.

cm qu'il corrompit la morale et la jeunesse, conformément il ce que portait l'acte d'accusation; s'ils ont eu pour motif secret de leur accusation ou de leurjugement, de punir Socrate. d'une opinion politique qu'il eût do, ce semble, pouvoir émettre librement, le blâme de la voie du sort dans le choix des magistrats (1) ; que leur mémoire en reste flétrie ! Mais s'ils croyaient il leur religion, à la religion de Minerve, la protectrice de leur ville, religion que tendaient à renverser les idées trop intellectuelles de Socratc, pouvaient-ils ne pas condamner, ou, au moins, ne pas improuver, par un blâme judiciaire, des opinions dont ils ne comprenaient que ceci, qu'elles voulaient se substituer aux croyances qui avaient paru jusque-là faire la force et la prospérité de la république (2) ?

Ii fut donc porté par Mélitus, et remis au second des Archontes, l'an 402, environ, avant l'ère chrétienne, un acte d'accusation ainsi conçu : a Mélitus, a fils de Mélitus, du bourg de Pylhos, intente une a accusation criminelle contre Socrate, du bourg d'A- « lopécie. Socrate est coupable, en ce qu'il n'admet u pas nos dieux, et qu'il introduit, parmi nous, des

(1) Xènophob, Memorab., lib. I, p. 712. — Isocrate [Atéopagitique) paraît avoir émis sans danger le même hlàme, assez peu do temps après la mon de Socrate.

(2) M. Cuusin a complètement raison en tout ceci, loco suprà. — Cieéron , envisageant d'un point de vue différent la condamnai ion prononcée contre Socratc, i'a qunliliéa d'impie, impih sententiis {De divinations, Ijh. I, 54).

Page 1