‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 25 sur 92 · ACTE D'ACCUSATION · texte numérisé non relu

ACTE D'ACCUSATION

« divinités nouvelles, sous le nom de démons; So- « crate est coupable, en ce qu'il corrompt ia jeunesse h d'Athènes.

« Pour peine, la mort (1).» ■

Mélitus, poète froid et de peu de talent, avait pour coaccusaieurs Lyeon, orateur et sophiste, et Anytus, citoyen riche et considéré, qui avait contribué, avec Thrasybule, à délivrer Athènes de la tyrannie des Trente.

L'affaire fut portée devant les Héliastes, tribunal chargé des affaires criminelles, et composé de cinq cents juges, désignés par le sort, et pour la plupart gens du peuple, sans principes et sans lumières. L'accusation y fut Soutenue par ceux qui l'avaient

(i) TaSs ifjcciJioiTo mi âveciiftolo-j-iioaTO MftlTtC MtAirou, IIirflEÙ;, Suspat-ti 2o<f p'.viowu klaniKifev. 'ASikiÏ Zwitpîrx;, cfi; [4l r, niïjc vojiiïei flitùîwvofiiïwv, ïrfpnSi xat-tâ Saifio'via EÎtrnfoifHYue ctdiKiî Si «ai tiÙî vScuî SiaçtÛEÎpcuv. Tipupa 8à»aTû( (a).

Accusavit Melitus, Menti filius, Pitheensis, S oc raie m, Sophronisci filium, Alopccensem, de hisce criminibus. Jura violât Socralcs, quos ex majorum instituto susecpit civilas, Deos esse negans, alia vero nova dseinonia inducens, Contra jus et fas juvenes corrumpit, Pœna illi mors. (l'HAvomN, dans DioGËKE-LAEncE, lib. II, s. 40.)

Vovez aussi,l,PLAT0H, Apologie, p. 56, Ettlhypkron, p. S, et Xénopuos, Memorab., Mb; 1, p. 708.

(a) S'il m'a paru convenait^ Bc citer ici et jilleurs le IhiIc grec, cola \W paru iudis pensable ttnii* U ilfuiicwc parti* de !a "cde Sociute. Peur la ptiilutilioii qiiu ces citaliuiia i^urroiviil un- (*iif allribucr, \uvti lit Suie ï, i la fin duwlimu. . ' '

144 HISTOIRE OHDlNAlltK ue SOCHATE.

portée, et spécialement parMélitus(l). Socrate y comparut, entouré de ses disciples et de ses amis (2). Platon, jeune alors, voulut dire quelques paroles en faveur de son maître ; mais comme il n'avait pas encore trente ans, âge requis pour parler en public, il fut contraint de s'abstenir (3). Socrate, qui avait refusé l'assistance de plusieurs de ses disciples, et en particulier celle de l'orateur Lysias, dont il trouvait le discours trop orné (<t), Socrate prononça lui-même sa défense, que nous a conservée Platon, sous le titre de son Apologie.

11 y a longtemps que tout a été dit sur cet admirable discours. Socrate s'y montra ce qu'il fut toute sa vie, simple, grand, sublime, martyr de la vérité et de la vertu. Il n'employa aucun de ces artifices oratoires qui peuvent Cire utiles à ta cause de l'homme, mais qui nuisent à celle de la vérité (5). Il défendit ou expliqua ses opinions inculpées. La partie de l'acte d'accusation qu'il repoussa avec le plus de force et de

(1) Platon, Apologie, passim. — XéBOPHON, Apologie, passim.

(2) Platon, Apologie, p- ?8, 88.

(3) Diogéme-Laehce, lib. 11, s. 4t.

(i) Cicébon, De oratore, lib. 1, s. i>4. — Quintilien, Institut. ora(..lib. XI, cap. i. — Diogène-Làeiice, lib. Il, s. 40. — VALËnE-MAiiME, lib. VI, cap. iv-

(5) Platon, Apologie, p. 81, 82, 89. — XêHOWOH, Mémorabilia, lib. IV, p. 80*. — Quintiuen, Institut, orator., lib. XI, cap. i.

SON PROCÈS. . liï.

succès fut celle qui était relative à lu subversion de la morale, ou plutôt à la corruption de la jeunesse. Quant à la première, celle où il était dit qu'il n'admettait pas les dieux d'Athènes, et qu'il introduisait parmi eus des divinités nouvelles, sous le nom de démons, j'ai déjà laissé entrevoir, et je dirai plus tard, pourquoi il ne pouvait pas s'en tirer aussi victorieusement.

Socrate prononça tout ce discours avec l'assurance d'un homme innocent et convaincu, et on l'eût pris, dit Cicéron (1), plutôt pour le maître de ses juges, que pour un accusé soumis au résultat de leur verdict. Cela n'empêcha pas qu'un premier jugement ne le déclarât coupable de ce dont il était accusé. Conformément à la loi d'Athènes, il en fallait un second pour la détermination de la peine {2). Suivant cette loi encore, l'accuse, contre lequel on concluait a la mort, pouvait choisir entre une amende et le bannissement ou la prison perpétuelle (3). Socrate ne choisit aucune de ces punitions; mais il dit qu'à raison des services par lui rendus àla république, il se condamnait à être, pendant le reste de sa vie, nourri dans le Prytanée, aux dépens de l'État (4). Cet orgueil inconsidéré in-

(1) Deoratore, lib. I, n. 84. . .

(2) Cicéron, De oralore, lib. 1, n. 54.

. (3) Platon, Apologie, p. 8b ; Crilon, p. 121.

(4) Platon, Apologie, p. 84. — Piocéne-Laekci;, lib. Il, s. 42. — C'est là surtout la version de Xénophon {Apologie, p. 103 ) ; mais , suivant Diogène-Laërce et Platon, Socrate

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