‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 6 sur 92 · BUT DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

BUT DE CET OUVRAGE

déjà les carrefours et les places-publiques l'attendent, la réclament, et la feraient, la proclameraient d'euxmêmes, si la science tardait trop à la leur envoyer.

Mais je ne veux pas me borner à celle réponse, et je dirai qu'à n'envisager la question psychologique relative à Socrate, que sons le rapport de son utilité philosophique et historique, cette question est une des plus importanteset des plus fécondes qu'il se puisse soulever, ainsi qu'on doit déjà le pressentir et que je le montrerai dans tout le cours de cet écrit. D'abord, la manière dont je la résous peut seule faire comprendre, je dirai plus, faire admeltre le fait lui-même du. démon de Socrate, ainsi que beaucoup d'autres faits analogues ; et sans celle explication, il faudrait nécessairement les rejeter; il faudrait, en particulier, regarder ce philosophe et ses contemporains, comme des fourbes ou des imbéciles ; ce quiserait tout aussi raisonnable que de croire à l'interpolation de tous les passages des auteurs anciens, relatifs aux inspirations de son génie. Ensuite, cette explicalion est faite pour montrer, à elle seule, toute la fragilité de l'intelligence humaine, et tout ce qu'elle peut subir de transformations, même chez les têtes les plus puissantes, lorsque dans un esprit ardent et enthousiaste son activité prend un caractère de fixité trop constant. Elle donne, en un mot, la clef de Celle pensée de Rousseau, qui en sentait la vérité en lui-même, que Phomme qui réfléchit, c'està-dire, qui creuse trop une même idée, est un animal

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dépravé'; et elle peut mettre eu garde les organisations moins fortes que celle de Socrate, contre les dangers d'une passion, d'une pensée trop exclusive ot prolongée pendant trop longtemps.

Quant à l' atteinte que porterait cette explication à la dignité de la nature humaine et à l'honneur de la philosophie, l'objection qu'on voudrait tirer de là serait au moins maladroite, et l'opinion contre laquelle on la dirigerait pourrait s'appuyer de bien d'autres faits célèbres. Il y a des noms et de grands noms, qui sont ceux d'artistes, de poètes, de savants, de philosophes, dont l'histoire psychologique est, au su de tous les hommes éclairés, celle que j'attribue à Socratc ; et l'antiquité elle-même n'était rien moins que sûre de l'intégrité de raison de Pythagore, de Démocrite, d'EmpédocIe et de plusieurs autres de ses grands hommes. Chez les mor dernes, la folie du Tasse, de Pascal, de Rousseau, celle de Swammerdam, de Barloéus, de Vanhelmont, de Swedenborg sont, à peu près, avouées maintenant par tous les hommes qui ont joint l'étude de la psychologie morbide à celle de l'histoire et de la philosophie; et si je ne craignais de faire naître ou de renouveler des douleurs contemporaines, je montrerais l'art, la littérature, la science, ayant à l'heure qu'il est, des représentants assez nombreux dans les asiles ouverts au trouble de la raison par la science et la charité.

Et, après tout quelle souillure est-ce pour la nature

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humaine, que cette n un i»;u. ■ n maladive et extrême de ces grandes et glorieuses uitplliycncesf Chez elles, la pensée, en circonscrivant, en se repliant sur elle-même, en s'cxaltant jusqu'à l'incandescence, a pris une forme, qu'elle n'avait pas eue jusque-là; clin est devenue une image, un son, une odeur, une saveur, une sensation tactile. La corde trop tenduea vibré dans un mode qui jusqu'alors lui avait été étranger. L'épine s'est mêlée aux i ■ ■ et aux (aortes de la couronne, et l'artiste, le poète, le savant, le philosophe, lout a l'heure la gloire du inonde, est devenu l'objet rie sa surprise et de sa pitié... Douloureuse transformation, sans doute, mais qui, dans l'ordre moral des choses, n'a rien île llétrisiaut pour l'humanité, rien surtout qui lui dévoile un mal qu'elle ne connût pus encore, et que lu science eut dit lui cacher.

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