SUR LA POLIE SENSORIÀLE
perçoit ta douleur dans une jambe amputée depuis des années ; qui voit, entend, flaire, goûte, palpe dans les rêves, quand tous les sens sont fermés ou dorment, et que les agents extérieurs dorment également autour d'eux. - *■ ■
' Quant aux hallucinations, elles ne peuvent, sous aucun rapport, être appelées des erreurs de sensation, ou, mieux, être attribuées à la perversion de l'action des sens, puisque, chez les hallucinés, rien n'agit sur . ces derniers, qui, d'un autre côté, ne sont pas malades, à l'opposé de ce qui peut avoir lieu dans les illusions. Les hallucinations sont des petceptions, internes comme toutes les perceptions imaginables, mais rapportées, à tort, à l'action des objets extérieurs sur les sens ; ou, si l'on veut encore, ce sont des transformations spontanées de la pensée en sensations le plus souvent externes', une sorte de détire sensorial, dont les illusions ne sont, la plupart du temps, que le premier degré.
Les observations suivantes sont des exemples trèsremarquables de cette espèce de folie, continuée ainsi à peu près pure, pendant un certain nombre d'années. A cet égard, elles ont le rapport le plus direct avec le sujet de cet ouvrage.
Susceptibilité exagérée. — Défiance générale. — Illusions. — Hallucinations consistant surtout en rdveg pris pour la ïp pré-
sonlaliun de réalités. — Conduite fondée sur ces fausses per- " cr.piiona. — A part cela, raison en apparence droite.
Svnonïhie. — Tempérament mélancolique, Mélancolie des anciens et des modernes. ■ * Genre JIIum'o de Crichton.
Whimsical insanity d'Arnold, etc.
P. est un homme de 45 ans, d'une taille élevée, d'une constitution forte, d'un tempérament bifiososanguin, à démarche fière et pleine de hauteur.
Il paraît avoir reçu une éducation assez libérale.
11 arriva à Paris à l'âge de 19 ans, et il était sur le point de débuter à la Comédie Française, sous les auspices de D., quand une place qu'il obtint dans les bureaux du ministère de la guerre, jointe au souvenir d'un amour auquel le o métier de comédien (t) » eût enlevé tout espoir, le fit renoncer à lacarrière théâtrale. C'est après avoir quitté cette place qu'il devint, prétend-il, secrétaire de C, alors ministre de la guerre. Il fut recommandé, à cette époque, à M. B., préfet maritime à la Martinique, lors du retour de cet administrateur en France, et lui servit d'aide dans le compte-rendu de sa gestion. Il fut successivement, ensuite, cuirassier, employé dans les administrations maritimes, enfin, et de nouveau, secrétaire particulier de M. B-, qui venait d'être nommé commissaire-général
(t) Toutes les phrases entre guillemets sont les expres- . sions textuelles des malades, ou appellent l'attention sur les circonstances caractéristiques de leur délire.