‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 72 sur 92 · i OB5RRVATIOX · texte numérisé non relu

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que, il éprouve fout à coup ce qui suit: Il husenibleque u son intelligence s'agi'andit, que touta la suite des phénomènes du monde extérieur se déroule à ses yeux : il aperçoit, en quelque sorte d'un coup d'œil, quoique d'une manière peu arrêtée, toute la création. » Alors il prend le parti de se rapprocher des autels et de la table de la communion, a qu'il n'avait pas fréquentés depuis six ans, » et de combattre en lui les mauvais penchants, surfout l'aiguillon de la chair, qui le tourmentait vivement. U préfère le péché d'Onan à la faute de séduire une fille ou une femme. La vue d'un monde corrompu l'attriste, de plus en plus, et son goût pour la solitude augmente. Cela ne l'empêche pas d'apprendre le métier de charron qui désormais le fera vivre. Son amour du changement do lieux et de relations s'accroît, « II est porté invinciblement vers un but dont il ne se rend pas bien compte. Il lui semble que Dieu l'appelle quelque part. » Il parcourt ainsi quelques parties de la France, et enfin vient se fixer à Paris, ou dans ses environs. Le jubilé de 1823 a lieu. R. y prend part avec ferveur, va dans les églises, assiste aux prédications des plus éloquents missionnaires. C'est alors qu'il a « ses premières révélations. Il lui semble qu'à l'épigastre, là où il éprouve le sentiment habituel de chaleur, « dont j'ai parlé, a des paroles se fontentendre, très-distinctes, mais non telles que celles qu'on perçoit par l'oreille, et bien faciles à distinguer de ces dernières. Ces paroles, qui ferment

SUR LA FOLIÉ SENSORIALE. 29!i des prophéties, des paraboles, » s'accompagnent d'un sentiment de bien-Êtfe plus grand, d'une chaleur qui s'irradie ; elles plongent R. dans l'étonnement, dans l'extase, et lui font redoubler ses exercices de piété. L'appétit -devient moindre ; le sommeil disparaît ; la nuit se passe en prières. Dans une de ces nuits de ferveur, par un temps couvert, pendant une prière, R. voit tout à coup « apparaître, au milieu des nuages, un disque lumineux, gros comme le soleil, mais non point radieux comme lui ; une voix part de ce disque et dit à R. : Les enfants que je bénirai seront bénis, et ceux que je maudirai seront maudits jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, d R., qui reconnaît la voix de Dieu, entre en communication avec l'être incréé, et lui adresse beaucoup de questions qui n'obtiennent pas toutes des réponses. La conversation dura trois quarts d'heure. R. commença à y apprendre a quels étaient les desseins de Dieu sur lui. o En termN nant « l'Éternel lui dit d'aller se coucher. t> Cette vision est la seule qu'il ait eue. Après elle, les « révélations » augmentèrent et ne discontinuèrent presque plus. Mais les n paroles » qui lui étaient prononcées dans a l'épigastre » étaient bien différentes de celles de la vision. Dans cette dernière, en effet, les paroles étaient absolument semblables à celles qu'on entend par l'oreille, ce qui n'a pas lieu dans les n paroles (épigastriques) des révélations. » La vision a décidé du sort doR. ; « Il est le Messie » qui doit venir à la fin

des siècles, pour ramener toutes les nations à la même croyance et préparer le jugement dernier. C'est en cette qualité qu'il a commencé à faire des prophéties à ses compagnons de travail, et qu'il a cherché à avoir des conférences avec M. l'abbé M., prêtre àja cour de Charles X, et avec M" l'archevêque de Paris. Voyant qu'il ne pouvait arriver jusqu'à ce dernier, il escalada, un jour, pendant le service de la messe, la grille du chœur de lamélropole, afiu,dit-il, de se faire prendre, et de pouvoir ainsi nu'rc connaître les desseins qu'il n'avait pu manifester autrement. Cela lui réussit. On le conduisit à la préfecture de police, et de là à la division des aliénés, le 12 décembre 1827.

R. est l'exemple lo plus tranché que je connaisse d'une monomanie sensorialc franche, débarrassée de tout délire générai, soit de pensée, soit d'action. Qu'on lui accorde la réalité de ses révélations et de ses visions, non-senlement il n'est pas fou, mais il est ce ou'il prétend être. le Messie. Avant sa vision; avant ses plus fortes révélations, il connaissait peu les Ecritures sacrées, il no les a étudiées que depuis, et il les rapporte avec beaucoup d'art à sa croyance, interne l'Apocalypse, dans laquelle il a trouvé un sens clair, a Jésus- Christ, dit-il, est bien le Fils de Dieu ; H est venu pour préparer les voies, mais il n'est pas le Messie : cela n'est écrit nulle pari, n Quand il parle des malheurs qui attendent les méchants lors de la fin du monde , ses yeux se mouillent rie larmes; il gémit sur leurs

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peines futures, et c'est alors seulement que sa figure présente quelque chose d'exalté et d'un peu extraordinaire.

Il croit au malin esprit, et n'en parle qu'avec peine. Il s'est fait une singulière théorie des lieux infernaux. Là, dit-il, se rendent tous les sons qui se perdent sur la terre, toutes les lumières, tous les feux qui s'évanouissent dans les âirs. Du reste, les peines n'y seront point éternelles, au moins pour les créatures qui y auront été placées avant le jugement dernier.

Durant quatorze mois que R. est resté dans la division des aliénés, son état de manie n'a point varié, et n'a eu aucune exacerbation. Il ne se manifestait que lorsque; après avoir gagné sa confiance, on parvenait à le mettre sur le sujet de ses hallucinations. A part ; cela, il était l'homme du monde le plus raisonnable et le meilleur qu'on pût trouver. Rarement réclamait-il sa sortie de l'hospice, et il ne l'eut jamais sollicitée en faisant le sacrifice de sa croyance. Vers la. fin de 1828, il consentit à se charger des fonctions de garçon de service, et il s'en acquitta d'une manière toute charitable.

Au mois de février 1829, on le trouva «si raisonnable, o si disposé à ajourner à des circonstances plus favorables la mise à exécution de ses projets de réforme, que l'on consentit, par un certificat en règle, à le rendre à la société et à son métier de charron. Il sortit le M février. Depuis ce temps je n'en ai plus entendu parler. 1 "

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