‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 73 sur 92 · CINQUIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OBSERVATION

Hallucinations de l'ouïe seulement ; d'où, en apparence, Idées tristes et exclusses.— A part cela, raison et santé parfaites.

Synonymie. — Mélancolie, délire exclusif et triste des anciens et des modernes. ...

Melanckolia vulgaris de Sauvages , Sagar, Cricliton , Cullen.'

Tristlmanie, Lipémanie de Rush et d'Esquirol, etc.

L. est un homme de taille moyenne, d'un caractère naturellement sombre, offrant les attributs du tempérament bilieux. Il a 56 ans.

Il ne paraît pas y avoir eu d'aliénés dans sa famille. Il n'était pas maladif et n'a point eu d'évacuations supprimées. Il est marié depuis 21 ans et a S enfants, h Sa femme est la fille d'une autre femme avec laquelle il a vécu jadis en concubinage. » Il n'a jamais rien éprouvé de semblable à l'état mental dans lequel il ee trouve maintenant.

Cinq mois à peu près avant son entrée à Bicêtre, il quitte Paris, du consentement de sa femme, pour aller travailler au Tillet, près Goncsse. «Le maître chez lequel il logeait était dévot, et il y entendait souvent parler de religion.»

Vers le 15 ou le 10 septembre, la femme L. entend dire que son mari est aliéné; elle va le trouver, le ramène à Paris en proie à des craintes relatives à de pré-

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tendues persécutions. (Les renseignements qu'elle me donne à cet égard s'accordent parfaitement avec ce qu'auparavant m'avait dit L.) Elle lui applique, sur l'avis d'un médecin, quelques sangsues derrière les oreilles, et enfin le fait conduire à la préfecture de police, d'où il est amené à la division des aliénés, le 21 septembre 1828.

Le 23, à 7 heures du matin. La physionomie de L. est celle d'un homme douloureusement affecté, terrifié même. La parole est entrecoupée, les muscles inspirateurs ont peine à soulever les parois du thorax. Voici le résultat de ma conversation avec lui : « II a commis, il y a 32 ans, un vol de cuivre de la valeur de 1 5 fr. » Cette mauvaise action n'a jamais eu aucun résultat fâcheux pour lui, et elle paraît avoir toujours été ignorée. Il a étc militaire pendant quatorze ans, et s'est «marié, » au sortir du service, «avec la fille d'une femme qu'il avait eue antérieurement pour concubine.» 11 y a cinq mois, il est allé travailler au Tillet, près Conesse, et a entendu parler « de jésuites » chez le maître qui le logeait. « Il ne sait comment ces jésuites ont eu connaissance du vol qu'il a commis il y a plus de trente ans. » Mais, au bout de deux mois de séjour, et pendant la nuit, cils n'ont pas tardé à le lui reprocher, en murmurant, en parlant bas» à son chevet, a II a d'abord pris cela pour des rêves, » Mais la persistance, la force toujours croissante de fies reproches, qui s'accompagnaient de menaces de châtiments, lui a bien

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fait voir que « c'étaient des réalités.» Il a donc changé de logement; mais, des la première nuit, les mêmes a voix se sont fait entendre » dans la cheminée, à la fenêtre, à la porte. 1! s'est levé pour voir quel individu les proférait et n'a trouvé personne. C'est alors que sa femme est venue et l'a ramené à Paris. « Dès la première nuit, les voix ont recommencé de plus belle, a Il e'est contenu d'abord, parce que sa femme dormait a côté de lui. Mais enfin, n'en pouvant plus, il a cherché à s'éclairer sur la cause du bruit, et n'a pu en venir à bout. Vers le matin, la ■< bagarre» est devenue «générale, » dit-il : les gendarmes étaient dans la rue, les voisins aux fenêtres, «criant» contre les «jésuites,» qui étaient là pour l'arrêter. Alors il s'est rendu à la préfecture de police, d'où on l'a conduit a Eicêtre hier au soir.

n Cotte nuit » il a a entendu » les mêmes a voix» qui lui « disent » qu'il faut qu'il soit puni, qu'il a sera fusillé. » Il est persuadé que sa mort est imminente, et rien ne peut lui oter cette idée.

Le 2G, à 7 heures du matin. Le malade est persuadé que de la « salle du conseil » voisine, il a «entendu » cette nuit, ce matin même, des «voix» qui lui ont annoncé que sa femme avait subi la peine de mort, et que lui allait bientôt la subir aussi. Rien absolument ne peut le distraire de cette idée, et sa physionomie exprime bien sa persuasion à cet égard . Pendant que je lui parle, il me demande si je ne « les entends » pas

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