‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 83 sur 92 · DE LA FOLIE ET !>E LA RAISON · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE ET !>E LA RAISON

des analogies de la manie aiguii, furieuse ou triste.

Le plus ordinairement le maniaque furieux menace, frappe, ne cherche qu'à commettre des actes de violence. Son délire est une colère continuelle : la contrepartie de l'axiome hippocratique, furor ira diuiurna. Seulement ici le désordre est plus grand que dans la colère raisonnable. Il y a une plus grande incohérence des Idées, et entre elles des ellipses tellement fortes qu'on ne peut pas en combler les vides. Il y a un mélange plus inextricable de tous les sentiments et de toutes les passions, ou au moins de plusieurs d'entre .plies; il y a une plus grande propension à faire acte de .colère sur les personnes, les choses, les plus innocentes ou les plus inoffensives. Cette exubérance furieuse, qui semble devoir s'épuiser à tout prix, prend sa source dans l'état de malaise qui l'accompagne, à en juger par ce qui se passe dans la colère elle-même; elle prend sa source dans l'exaltation de l'amour-propre et dans l'accroissement du sentiment de. la propre puissance; elle la prend enfin dans des illusions et des hallucinations qui mettent le maniaque en hostilité contre des personnes ou des choses auxquelles il attribue, à tort, des intentions ou des actes nuisibles,- dirigés contre lui. , Or, tous les traits do cette analyse d'un accès de manie furieuse, jusqu'aux illusions sur les intentions, se retrouvent, à peu de chose près, dans un accès de colère porté au plus haut degré, surtout s'il a lieu chez un homme naturellement peu- maître de

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lui-même, ou excité par un commencement d'ivresse.

Il n'est personne qui n'aitéprouvé, par lui-même ou par l'observation des autres, les effets de la peur portée à un haut degré. Ces eftcts tiennent vraiment du délire, aussi et peuvent parfaitement rendre compte de ce qui doit se passer chez un maniaque peureux, chez un panophobique. I) se fait alors une confusion extrême des idées, qui perdent leur cohérence; on est saisi de vertige ; les yeux se couvrent comme d'un voile; loin de faire ce qu'il faut pour fuir ou repousser le danger, on agit dans le sens contraire, ou l'on n'agit point du fout. Les muscles entrent en convulsions, ou bien ils fléchissent sous le poids du corps ; il se fuit souvent des exonérations involontaires. Un sentiment de faiblesse et de froid inexprimable a lieu, et peut aller jusqu'à la syncope. Quand il n'en est point ainsi, que l'individu demeure capable de quelque action, il se manifeste un égoïsme qui va quelquefois jusqu'à la férocité : sentiments doux, aiïCL'l ion; puisantes, devoirs naturels, tout est oublié, et le moi perce dans toute sa nuditéhideuse.

On voit ainsi, dans la peur, apparaître simultanément les caractères primitivement essentiels de tout délire maniaque. Illusions sur les résultats de l'action des sens ; perversion ou nullité de l'association des idées ; exaltation, perversion et conflit des appétits et des passions ; déuudalionde l'égoisuie; délire des actions qui ne vont point au but qu'il faudrait atteindre, mais qui n'en sont que plus en harmonie avec le désordre de

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tous les autres actes intellectuels : rien ne manque à ce rapprochement, et si je voulais analyser le délire maniaque panophobique, ou du moins celui que caractérisent surtout Ja défiance et la crainte, j'aurais à peine à grossir les traits do tableau que je viens de tracer.. Je n'aurais pas même à y ajouter que, dans le délire de la peur, H y a toujours une cause extérieure à cette passion, tandis que, dans le délire mit- . niaque phobique, il n'y en a point, et- que tout y dépend de perceptions purement spontanées; d'abord '-, parce que, dans ce dernier cas, cette cause a pu exister et a existé souvent; et que le délire craintif n'est que la suite plus ou moins éloignée de son action ; ensuite, parce que, dans la peur comme dans le délire, il n'y a quelquefois pas de cause extérieure. On a peur parce qu'on a peur; on a peur de tout, en vertu d'une disposition intime, soit habituelle, soit du moment, et cela peut avoir lieu chez les hommes les plus forte et les plus courageux, comme chez l'enfant ou la femme que rendent craintifs- leur âge ou leur' "sejl». , •*'

Le désespoir tient à la lois de la colère et de la crainte, mais davantage de ce dernier sentiment. Ce«t la frayeur de l'avenir, comme la peur est la frayeur du présent. Qu'il porte sur un fait accompli et irrémédiable, oit hien sur l'impossibilité de l'accomplisse^ ment d'un fait éventuel, son objet et sa nature n'err sont pas moins tout a fait exclusifs. Dans le désespoir,

UEUI BUCHE lies analogies comme dans la mélancolie et le délire partiel, les facultés intellectuelles sont tendues sur un seul objet et dans un seul mode, la douleur. Tout le reste est oublié ou

senti de la même manière, péniblement ; el ce défaut d'équilibre et de vérité des affections amène le délire de paroles el d'actions qui est propre à cet état. L'avenir n'étant plus vu que sous un aspect sombre, quelque grave que soit la cause du mal, on se l'exagère encore assez pour n'y voir aucun remède, bien que le temps, à lui seul, en soit un si grand ; et voilà comment le désespoir est la frayeur de l'avenir. Son délire, lorsqu'il va jusque-là, est donc bien plus un délire d'actions qu'un délire de paroles. Sans doute, ces dernières trahissent des illusions, une exagération extrême de la sensibilité ; les idées ne s'associent que sur un seul sujet, el tantôt avec une rapidité qui ne permet pas toujours d'en suivre la chaîne, tantôt avec une lenteur qui rappelle quelques-uns des truits de la démence stupide. Mais c'est le désordre des actions qui l'emporte, et il va quelquefois jusqu'à faire perdre à l'homme son attitude essentielle et caractéristique : os sublime. On se. roule à terre, on se tord les mains, on s'arrache les cheveux, on porte sur soi des mains violentes et quelquefois suicides; tandis qu'un examen plus calme, l'examen seulement du lendemain, eût prévenu, des excès honteux pour la nature humaine, et eut souvent fait apercevoir à un mal irrémédiable des remèdes d'une eftioacilé encore assez grande.

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