DE LA FOL JE ET DE LA RAISON
J'ai à peine besoin de dire que, parmi les formes de la folie, celles qui, par leur caractère d'exclusion et de terreur, offrent l'analogie la plus frappante avec le délire du désespoir, sont l'hypocondrie,- où le maniaque se croit en proie à des tortures physiques aussi variées que douloureuses, et que doit terminer, suivant lui, une mort prochaine et inévitable; le délire sensorial, en. vertu duquel l'halluciné pense être en butte à des persécutions continuelles et terribles, ou bien se persuade être condamne pour l'autre vie à d'éternels supplices; certaines formes, enfin, delà manie aiguë, telles que la stupidité,- où, sans hallucinations, sans illusions précises, l'aliéné est plongé dans un état d'abattement profond produit par un malaise à la fois physique et intellectuel, et qui a presque tous les caractères extérieurs d'un désespoir silencieux.
Dans tous ces cas divers, la seule, ou du moins la principale différence qu'il y ait entre le désespoir de la raison et celui de la folie, c'est que le premier reconnaît une, cause réelle, prise dans le monde extérieur, tandis que, dans le second, cette cause, qui jadis a pu avoir ce caractère, l'a désormais perdu, et ne réside plus que dans les. perceptions spontanées et sans objet du maniaque. Plus tard, il est vrai, son désespoir pourra passer à un état de délire général plus ou moins triste ou douloureux, et alors il .deviendra de plus en plus difficile d'y saisir les traits qui le rappelaient du désespoir de la raison. . ■ - ■
■f28 RKGHEftCBE HES ANALOGIES
Du rapprochement analogique que .je viens d'établir entre te délire de In raison, ou plu lôt des passions, et le déiii'e du la Mie, il résulte^ <pie, dans l'un comme dans l'autre eus, le désordre commence essentiellement par le côté moral ou affectif de l'intelligence, c'est-àdire, que c'est nécessairemenl sur les -affections et les passions que portent les causes qui y donnent lieu ; que c'est par elles que commence le trouble de la raison, par elles qu'il se continue, cl que le délire proprement dit, ie délire des pensées et des paroles, n'est, comme le désordre des aclions, que l'expression de ce délire de la passion et de la volonté. Mais quelles lois établir dans celte expression 1 Quelle liaison instituer enlre le délire des pensées et des paroles et le trouble des facultés affectives qui en est la cause? Aucune autre que l'expression formelle et détaillée de' cette dépendance.
Les facultés morales on allectives, qui sont lu source des passions et forment le fond de l'intelligence, son fait primordial ou générateur, doivent, pour que la raison se maintienne droite, se maintenir ni les- m Ames dans un équilibre qui peut varier, du reste, suivant la constitution morale do l'individu. I ■ ne faut pus surtout que cet équilibre soit rompu hrusquemeol. c'est-àdire qu'une des passions prenne tout a coup une extension violente aux dépens des autres. Non-seulement cet accroissement démesuré conduit à des- actes désordonnés d'abord, et ensuite maniaques; mais las