‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 87 sur 92 · G RECHERCHE DES ANALOGIES · texte numérisé non relu

G RECHERCHE DES ANALOGIES

s'en fallait bien ijii'il en fut ainsi. Rien qu'alors, sans doute, la cause première ne se communiquât guère plus aux mortels qu'elle ne le t'ait maintenant, au moins croyait-on qu'il pouvait en être autrement, et si l'on voulait s'expliquer les inspirés des âges anciens, autrement qu'en les regardant comme des envoyés de Dieu ou comme des fourbes, l'ignorance et la crédulité des temps où ils vivaient en donneraient les moyens. Les fous d'alors, et surtout les fous hallucinés, (levaient être ce qu'ils sont toujours en Turquie, contrée qui, sous !e rapport de l'ignorance et du fanatisme, appartient bien encore aux temps antiques; ilsétaient des hommes rie Dieu, non- seulement aux yeux des autres, mais à leurs propres yeux, qui n'étaient pas plus éclairés que ceux de la foule, et ces deux croyances ne pouvaient manquer de se preler une force mutuelle. Si donc la Divinité ne s'est jamais ^uère communiquée à la créature autrement que par les résultais des lois qu'elle a établies; si, d'un autre côté, Pythagore, Numa, Mahomet, etc., n'étaient pas des fourbes ; s'ils rimaient à la realité de leurs visions, de leurs révélations, ce qui me parait hors de doute : e'élaient tout simplement des hommes de génie et d'enthousiasme, avant des hallucination s partielles, isolées, dans un mode religieux et réformateur, c'est-à-dire dans un mode que favorisait l'esprit dp temps; et ce même esprit, qui n'eut pu comprendre une telle espèce de folie, forçait de toute nécessité l'halluciné el ses témoins à

DE LA POLIE ET H LA HAISo\. .13?

croire à la réalité de ses Causses perceptions de toute sorte. S'il y a eu un génie ou un démon de Socrate, ses inspirations n'étaient de même que les rêves du plus sublime visionnairede l'antiquité; et dans les temps mo 1 dénies, lu France délivrée par Jeanne d'Arc, le catholicisme vaincu par Luther, la fondation par Loyola d'un ordre religieux qui a dominé pendant trois siècles tous les trônes du monde et jusqu'à celui du vicaire de Jésus-Christ, etc., etc.; tout cela n'a pu être également que l'œuvre de véritables visionnaires. La fraude n'a jamais eu et n'aura jamais un tel pouvoir, et pour, agir sur les masses, pour mettre en mouvement les peuples, pour ébranler, changer leurs croyances, pour creuser sur la face de la terre un sillon dont les siècles n'eftacent pas l'empreinte, il faut penser, parler, se tromper j délirer comme les masses; il faut affirmer, croire, comme elles et plus qu'elles, être leur envoyé, leur prophète, pour qu'elles vous croient celui de Dieu et qu'elles vous en donnent la puissance. *' Que si l'on adopte cette explication que je ne fats qu'esquisser ici, et sans laquelle, je l'avoue, les faits les plus féconds de l'histoire me semblent inintelligibles, peut-être éprouvera- t-on quelque humilité à voir cette raison, si absolue dans la philosophie des écojes, se modifier, non pas seulement suivant l'âge, le sexe, le tempérament, suivant l'état de réfection ou de jeûne, de calme ou de passion, de santé ou de .maladie, etc., mais même suivant les époques historiques, et se modifier

Page 1