‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 89 sur 92 · DE LÀ FOLIE ET DE LÀ RAISON · texte numérisé non relu

DE LÀ FOLIE ET DE LÀ RAISON

peul plus y en avoir,, des hallucinés dont les visions pourraient être appelées les visions de la raison.

i IV. Les longs détails dans lesquels je viens d'entrer sur les analogiesque peuvent trouver, dans l'état de raison, les diverses faces de la manie aiguë, me laisseront peu de chose à dire sur les mêmes rapprochements appliqués aux dernières formes de la folie, la manie chronique et la démence. J'y éviterai donc toute répétition d'analyse purement idéologique, et je ne m'arrêterai qu'à ce qu'il peut y avoir à cet égard de tout a fait particulier à ces états psychologiques anormaux.

Sous ce rapport, la manie chronique, celle dans laquelle les associations vicieuses d'idées et la transformation des idées et des sentiments en sensations font désormais partie de l'intelligence, peut se comparer avec vérité à ces états intellectuels, compatibles souvent avec la raison ta plus droite et même la plus puissante, et qu'on a appelés bizarreries, singularités, manies ; états dont l'histoire des hommes les plus célèbres offre de si nombreux exemples, et qui avaient depuis longtemps fait dire à un ancien qu'il n'y a point de grand esprit dans lequel il n'entre un peu de folie.

N'offrait-il pas en effet quelque analogie avec la manie chronique, l'état mental de ces deux philosophes cyniques, Diogène et Crates, satisfaisant, sans honle, sur la voie publique, leurs besoins les plus sales et leurs appétits les plus secrète, et dont le premier

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avnit été surnommé, par ses contemporains mêmes, un Socrate fou (1)? Quoi de plus singulier encore et de plus analogue a la manie chronique, que les habitudes de la plupart des compositeurs d'un vrai talent, peintres, poètes, musiciens, savants même, surtout en cequi est relatif à l'objet". et au moment de leurs inspirations? Et n'avons-nous pas tous, dans notre organisation morale; quelque habitude plus que bizarre, quelque mtmii, dont il nous serait difficile de nous rendre compte, et plusdifficite encore de nous débarrasser? '- Pour donner de l'unité aux rapprochements psychologiques que j'avais à prendre des hallucinations, j'ai été obligé, à propos de là manie aiguë, de parler aussi du celles dé ces fausses perceptions qui ont trait' a la manie chronique; le lecteur a pu remarquer cette anticipation. Je n'ai donc plus à traiter ici cette

la folie, la démence, accompagnée ou non de la lésion des mouvements. -

y. Les états psychologiques normaux avec lesquels la démence a le plus de rapports d'analogie, sont les passions de la penret du désespoir, et l'ennui. Je n'ai pas besoin de revenir, à cet égard, sur ce que j'ai dit en parlant de la manie aiguë : je rappelle seulement ici

(f) Los Grecs se (rompaient. Sncraie était bii'ri autrement loii que Bie^ne. qui n'était >|tte bizarre et eyiilque. ;.Vofp de 1836.) -■. .< •

DE LA FULIK F.T 11F. LA *AlSO>. 341

qui; l'incohérence et le conflit des sentiments moraux dans ces passions, et surtout leur défaut de but, l'absence plus ou moins complète de réflexion et de volonté dans leur production, sont des caractères psychologiquès très-analogues à ceux de la démence. On aura une idée plus intime encore de ce que peut être, pour celui qui l'éprouve, cette forme de la folie, si l'on se retrace avec détails certaines dispositions d'esprit où l'on peut s'être trouvé. 11 y a en effet tel état .intellectuel où les sensations, sans être fausses, sont obtuses, où lés idées s'associent avec une grande lenteur, ou même ne s'associent pas du tout, où l'attention, difficilement provoquée, erre sur toutes sortes de sujets, sans se fixer précisément sur aucun. Les affections, les passions, les volitions sont en harmonie avec cet état d'hébétude de l'entendement. On n'affectionne rien, on ne se passionne pour rien, on ne veut rien. Au cor.traire, on éprouve une sorte de dégoût ou au moins d'indifférence pour tout, pour les objets mêmes d'une prédilection habituelle-. On ne se donnerait pas la- mort, on ne pense pas à cela ; mais c'est à peine si l'on tient à la vie. Les mouvements sont aussi lents que l'entendement et que la volonté. La parole, est également pares^ seuse et embarrassée ; on voudrait ne pas avoir à parler, à répondre. L'articulation des sons se fait moins bien qu'à l'ordinaire. On éprouve au front, et principalement au-dessus et dans le fond des orbites; une douleur vague et peu intense, caractérisée surtout par

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île la pesanteur ; une sorte île voile léger semble jeté sur tous les objets

Cet. état est, à coup sûr, analogue à certaines formes st lipides et silencieuses de l;i démence, et peut tres-bien servira faire comprendre et leurs caractères extérieurs el leurs manifestations intimes.

Quant à la forme do la démence caractérisée par l'incohérence à la fois la plus superficielle et la plus désordonnée des idées, et par un babil intarissable ou les mots ne sont que des mots, qui ne représentent plus aucune pensée, elle a des analogies qu'il suffit d'indiquer avec le délire loquace et sans profondeur de certains cas d'ivresse.

VI. Mais c'est surtout avec la démence accompagnée de paralysie générale que les derniers degrés- du délire du vin ont les rapports de similitude les plus frappants. Dans l'un comme dans l'autre de ces deux états, il y a obscurcissement, puis anéantissement graduel de l'intelligence; faiblesse des mouvements, marquée surtout par l'embarras de la tangue et la difficulté de la marche; exonérations corporelles involontaires. H y a surtout ce délire ambitieux si remarquable, qui montre que, lorsque la raison a perdu, soit par l'abus du vin, soit par le progrès de la manie, son empire ordinaire, l'amour-propre, qui forme le fond de notre nature inorale, son ultimum moriens, agit alors seul, sans contre-poids, et donne lieu à

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