‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 9 sur 92 · SA VIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

SA VIE MILITAIRE

comment il s'en tirerait (1). Et Socrate s'en tira à merveille. Galté, tempérance, insouciance du froid de la saison, mais surtout courage admirable, il donna la' preuve et l'exemple de tout (2). H sauva Aleibiade blessé et porté à terre, et, après l'avoir ainsi défendu, il lui fit décerner le prix de la valeur, que lui-même assurément avait bien mérité (3).

Ce siège de Potidée fut, sinon le commencement, au moins l'occasion de la guerre du Péloponèse; et, après huit ans de cette lutte si funeste aux destinées de la Grèce (4), les Athéniens et les Thébains eurent une renconlre près de Délium en Béotie (5). Socrate était encore il cette affaire, et comme à Potidée il y fit tellement bien son devoir (6), qu'an dire de Lâchés (7),' si tous les Athéniens se fussent conduits comme lui, les Thébains n'auraient pas été vainqueurs. Dans ce combat, Xénophon avait été renversé de cheval; Socrate le dégagea du milieu des ennemis (8), et

" (I) Roixin, Bisl. anc., I. III, liv. VII, ch. r, s.t3.

(2) Platon, Banquet, p. 266, 267. -

(3) Platon, Banquet, p. 268, 269 (Témoignage d'Alcibiade). — Plutauque,, Vie d'Âlcibiade, ch. xi. — Diogènk- Lakrce, lib. Il, s. 23:

(4) Thucybide, De bello peloponesiaco, lib. I, s. 1.

(a) Thucïdide, iliid., lib. IV, s. 96. — Plutauque, Vie d'Alcibiade, ch. xii.— Elien, Bisior. var., lib. Hf, cap. xvu.

(6) Plàtoiv, Banquet, p. 260, 270.

. (7) Platon, Lâchés, p.,165. -

(8) Diogène-Laeuce, lib. Il, s. 22.

Jl-i HISTOIRE ORIUYUHIÏ HE SOC H A TE ,

môme, suivant Strabon (1), ii Je porta, pendant quelques slades, sur ses épaules, faisant face, en infime temps, de son visage et de son épée, aux ennemis qui le poursuivaient.

Bientôt après il ne se conduisit pas avec moins de bravoure i la déroute qui suivit le coup de main tenté sur Amphipolis (2) par le général-corroyeur Cléon, déroule qui marqua le terme du sa carrière militaire. Il approchait alors do sa cinquantième année.

Je dirai plus tard quel singulier avis il donna à ceux de ses amis qui se trouvaient avec lui à la défaite de Délium (3). J'ai passé de même sur quelques autres circonstances analogues de sa conduite au siège de Potidée. Le lecteur devine déjà peut-être par quel motif j'en agis ainsi.

Un vient de voir quels exemples de philosophie militaire, si je puis ainsi dire, savait donner ce grand homme; mais cela est loin encore de sa philosophie civile, soit privée, siél politique.

Considérons-le d'abord dans sa maison, entre ses deux femmes, et entouré de ses trois enfants. Tous les lecteurs ne savent peut-être pas que Soerate ait été bigame (4), et il y a de pieux auteurs qui prétendent

(1) Rerum geugraph., lib. IX, p, 618.

(2) Eli en, Hht. var., lib. III, cap. 17.

(3) CicÊaoN, De divinatlMû, lib. 1, s. 34. — Plutaiiqi'k, Do démon ou Esprit familier de Sacrale, ch. mx.

(il Pi.utârque, Vie d'Aristide-, ch. i.xvi. — Poupiithe,

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quecette assertion estime calomnie {i}.. Maislacalomnie suppose le mal; et ii n'y en avait pas dans le double mariage de Socrate. Apres la guerre du Péloponèse et la peste d'Athènes, le sénat décréta que, pour repeupler le territoire de l'Attique, tous les survivants eussent à prendre deux femmes (2), et ici, comme, en toute occasion, Socrate se conforma a 'a loi. Ses deux femmes furent Myrto et Xantippe. La première, petite-fille d'Aristide -le- J uste, était, à ce qu'il parait, d'une bonté et d'tmo douceur de mœurs qui rappelaient celles de son aïeul. Hais Xantippe, son nom seul dit désormais à tout le monde que ce caractère était bien loin d'être le sien. Ce qu'il y a de plus admirable en ceci, c'est que Socrate la connaissait bien quand iL l'épousa ; il se croyait, disait-il, assez fort pour la supporter, et il ajoutait qu'après celte épreuve il n'y avait rien qu'il ne pût souffrir (3).

dans TnÉonORET, Âjfeci. grœc. eue, serai. 12. — Athénée, Deipnosoph., lib. XIII, Cap. u.

{!) Panetius, suivant Plularque, loco suprà. — Hardiok, Mémoires de l'Académie des inscriptions et bettes-lettres, t. VIII, p. 281. — Rollin, lli>t. anc, liv. IX, ch. iv, s. 1. — J. de Luz*c, De bigamia Socratis ; Lévite, 1809, in-4.

(2) Diocëhe-Laerce, lib. Il, s. 26, d'après Aristote, De Nobilitate. Plularque, loco supvi, ajoute à ce témoignage d'un ouvragedéjà, à la vérité, regardé île son ti'inps comme apocryphe, ceux de Démétrius de Phalère, d'Iliéronyme de Rhodes, et d'Aristoxène lo musicien.

(3) Xénopbon, Banquet, p. 8T6. — ' Diocèke-Uerce, .lib. H, s. 36. — Aw.u-Gelle, Noct. ait., lib. I, .cri, xvu. .'

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