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CHAPITRE PREMIER

FRÉQUENCE DES DÉPEÇAGES

Depuis quelques années, la découverte de cadavres coupés en morceaux,tant en France qu'en Europe, et en général en pays civilisés, est devenue pour ainsi dire un fait banal.

On est encore tout ému de l'horrible découverte des débris humains trouvés à Lyon et à Paris, et qu'à l'heure actuelle, on n’est point encore parvenu à identifier.

Tandis que Ravoux, dans sa thèse du laboratoire de médecine légale de Lyon, réunissait environ quarante cas dans une période de plus d'un siècle et demi, de 1721 à 1888, le D' Aubry, dans son livre. sur la contagion du meurtre, en comptait trente-six dans une période de six années, de 1888 à 1892. Nousmême, en France, dans les seules années 1900, 1901! avons pu en réunir six cas (1).

(1) Nous aurions voulu pouvoir construire un graphique analogue à ceux qui ont été faits pour le suicideet les divers genres de crimes, mais il aurait été nécessairement inexact, ear il est, sans

aucun doute, bien des cas de dépecage que nous ignorons, et d’au-

tres sur lesquels il nous a cté impossible de nous procurer quelques renseignements.

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Nous résumons en un tableau synoptique, semblable à celui qui à été fait autrefois dans les Archives d'anthropologie criminelle par le professeur Lacassagne, tous les cas de dépecage que nous avons pu rassembler dans une période de treize ans, de 1888

Cette progression criminelle est réellement inquiétante. Le « dépecage » semble donc être définitivement entré dans les mœurs des artisans du crime.

Quelles peuvent être les raisons de la fréquence de plus en plus grande de ce procédé criminel et barbare ?

Pour les uns, ce n’est qu’une application nouvelle de cette loi des séries, et rien de plus; pour d’autres, il ne faut y voir que la contagion du meurtre. Telle est l'opinion soutenue par les docteurs Corre et Aubry. Pour ce dernier, la contagion du meurtre est « l'acte par lequel l’idée du meurtre s’impose ou se transmet à un individu le plus souvent prédisposé ». Cette contagion du meurtre se transmettrait surtout dans quelques-uns de ses modes spéciaux, tels que vitriol, revolver, empoisonnement, dépecage crimivel. Il y aurait donc en quelque sorte suggestion.

Ce sont là, a écrit à ce sujet le D' Cabanès, des vues spéculatives, des appréciations superficielles dont on ne peut se contenter pour peu qu'on ait quelque penchant à l'analyse des faits basée sur une méthode rigoureusement scientifique.

(4) Pour la commodité de l'impression, nous avons reporté les tableaux synoptiques à la fin de ce travail.

Dan De

Pour M. Lacassagne, il ne faut admettre ni la contagion, ni la loi des séries. Selon lui, le problème est plus complexe et mérite un examen plus approfondi. « Malgré les changements de nos sociétés, disait-il l'an dernier dans son cours de médecine légale sur le dépecage, malgré l'apparence, le fond reste le même. Il y a des gens à peu d’idées inventives, et ceux-là sont tout prêts à limitation. »

C'est, en effet, par les lois de l’imitation que l’on peut expliquer cette fréquence de plus en plus grande des dépecages.

Apparemment, assassiner quelqu'un CE dépecer ensuite son cadavre, cela semble être un moyen bien simple et bien commode pour faire disparaître toute trace du corps du délit. Ne pouvant transporter un corps trop volumineux, le meilleur moyen est de le fragmenter. De plus, la reconnaissance de l'identité devient plus difficile, quelquefois même impossible. Il s'écoule entre l'identification de la victime et la: découverte du crime un temps plus ou moins long dont profite le coupable pour se mettre à l'abri des investigations de la justice.

Aussi; il ne faut point s'étonner de voir des individus imiter un tel procédé, et ils imitent parce qu'ils pensent encore pouvoir perfectionner ce procédé qu'ils ont eu sous les yeux. « Les cerveaux de ces grands criminels sont très simples, a écrit à ce sujet le professeur Lacassagne, ils ont trop d’impulsions pour se livrer à des combinaisons. Il ne faut pas dans les enquêtes leur prêter des plans machiavéliques. Le magistrat ou le médecin doivent cher-

cher à penser comme eux et toujours commencer par faire l’hypothèse la plus simple. »

Aux lois de l’imitation, il faut ajouter aussi la divulgation par la presse, avec de nombreux détails, de ces sortes de crime à sensation. Les feuilles Journalières reproduisent avec une scrupuleuse exactitude tousles renseignements qu'elles peuvent obtenir sur une telle affaire. Elles montrent, dans des descriptions de la plus stricte réalité, les procédés employés par l'assassin pour arriver à son but, les fautes qu'il a commises, les difficultés qu'éprouve le médecin légiste pour arriver à la reconstitution de l’identité; peu s’en faut même que dans leur désir de tout divulguer, elles n'arrivent à empêcher les recherches de la justice.

Toutefois, il ne faut regarder la presse que comme un facteur adjuvant de ces crimes et non comme un facteur déterminant. De même qu’il n’y a que les esprits faibles, indécis, peu inventifs, les esprits retardés, en un mot, qui obéissent aux lois de l’imitation, de même l'influence effective, directe de la presse ne se fera sentir que sur les prédisposés. « Le récit détaillé d'un crime, comme le fait observer un rédacteur anonyme de la Revue scientifique, produit chez les prédisposés un choc moral, qui les fait tomber du côté où ils penchaient. C'est la goutte qui fait déborder le vase, c’est le traumatisme qui réveille la diathèse.

Nous ne pourrions donner une idée plus exacte de ce rôle de l’imitation et de la presse comme raisons de la fréquence des dépecages modernes, qu’en rap-

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