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dépeçage criminel a une autre importance et aussi un tout autre but. Cette importance, au point de vue médico-légal, est très grande.
C’est à notre maître, M. le professeur Lacassagne, que revient l'honneur d’avoir, le premier, appelé l’attention du médecin légiste sur ces sortes de crime et d'avoir montré la marche à suivre dans une expertise médico-légale de ce genre. Par ses nombreux travaux personnels et par ceux plus nombreux encore qu il a inspirés à ses élèves, sur la recherche de l'identité, sur la détermination de l’âge, de la taille, du sexe, de la date et des causes de la mort, le professeur Lacassagne nous a montré qu'à l'heure actuelle, une expertise de dépecage était peut-être plus longue, mais non plus embarrassante qu'une opération quelconque de médecine judiciaire.
Toutefois, aider aux recherches de la justice en déterminant par des procédés scientifiques l'identité de la victime, c’est faire là évidemment œuvre fort utile et de « bon citoyen ».
Mais il n'y a pas que la victime. il y a aussi l'assassin, le dépeceur. Quelque « incorrect » qu'il soit, il mérite cependant considération ; celui-là comme sa victime relève aussi du médecin légiste. Au professeur Lacassagne et à l'École d’anthropologie lyonnaise, revient également l'honneur d’avoir formulé des vœux énergiques pour que ce criminel soit soumis à un examen médical complet. Dans cet examen, le médecin ne doit pas simplement se contenter de rechercher si l'accusé est un véritable aliéné, un dément, dans toute l’acception du mot ;
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mais il doit fouiller avec soin les antécédents héréditaires et personnels de l'inculpé, rechercher s'il existe chez lui des signes de dégénérescence physique et mentale, apprécier son caractère particulier, son degré d'impulsivité, son tempérament, ses mœurs, enfin le milieu social où il a vécu.
Et après un tel examen, le médecin comme le juge se feront peut-être une idée plus nette du degré de responsabilité de l'accusé, et ils en arriveront à cette conclusion, aphorisme souvent répété par le professeur Lacassagne, et qui reviendra souvent aussi dans le cours de ce travail : « Les sociétés ont les criminels qu’elles méritent. »
Cet examen médical de l’inculpé devra donc faire partie intégrante de tout dossier d’affaire criminelle, mais ce sera surtout dans le crime familial, comme le parricide, ou dans un crime étrange, . comme le dépeçage, que l'enquête médicale devra être poussée jusqu'à ses dernières limites. N'oublions pas cette phrase de Legrand Du Saulle, dans son Traité de Médecine légale : « Plus un crime est inouïi, moins il faut en chercher la cause dans les mobiles ordinaires. »
Par une étude attentive des cas de dépecage connus Jusqu'à ce jour, et plus particulièrement dans ces dernières années, nous chercherons à établir, dans la première partie de ce travail, les raisons d’un tel acte de destruction. Le dépeceur était-il un fou, un dégénéré, un sadique, en un mot un cérébral? A-t-il agi sous l'influence de la haine, de la colère ou de prin-
cipes religieux ? A-t-il mutilé sa victime uniquement
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pour le plaisir de satisfaire son instinct destructeur ? Ou bien encore, pris de peur à la vue de sa victime, de ce cadavre, témoin gênant de son forfait, a-t-il redouté les rigueurs de la justice et a-t-il décidé de le mutiler et d'en éparpiller les morceaux pour égarer les recherches de la police? Le dépeçage, en un mot, pour nous servir d’une heureuse expression de M. Nina-Rodrigues. a-t-il été offensif ou défensif? Cette première partie sera donc consacrée à la PSychologie, non pas du dépecçage criminel, comme l’a écrit dernièrement le D’ Prieur dans le Mercure de France, mais à la psychologie du dépeceur.
D'après cette étude, nous essaierons de tirer
quelques conclusions sur le degré de responsabilité de ce grand criminel qu'est un dépeceur, et de montrer le véritable rôle du magistrat et du médecin légiste dans une affaire de ce genre.
. La deuxième partie sera consacrée à l'examen des cas d'infanticide, suivis de dépeçage. C'est encore, hélas ! un procédé criminel devenu bien fréquent de nos jours, et qui mérite une étude attentive.
A cette deuxième partie, nous ajouterons deux chapitres qui ne sont pas sans quelque intérêt, sur « le Rôle de la Femme dans le Dépecage criminel », et sur « la Profession du Dépeceur ».
L'étude de l'expertise médico-légale fera l’objet de la troisième partie de ce travail.