CHAPITRE I
DÉPECAGE RELIGIEUX
La religion n'empéche ni le vice, ni le crime; elle sert même quelquefois de prétexte à l’un et à l’autre. (CORRE.)
Il est intéressant de constater que le sacrifice humain naquit du respect que toutes les religions ont su inspirer pour la personne humaine. L'homme est fait à l’image de Dieu, disent-elles, et tout acte de violence commis sur lui est une véritable profanation. Par contre, lorsqu'il s’agit d’apaiser la colère divine, quelle victime peut-on lui offrir qui soit réellement digne d’un Dieu, si ce n’est l’homme luimême? Or, par une recherche bien naturelle, on arrive à penser que la divinité s’estimera bien plus satisfaite si, faisant un choix dans la partie de ce corps qui vient de lui être immolé, le prêtre lui réserve la tête, le cœur, le foie ou les entrailles, où l’âme semble résider de préférence. Ainsi fut créé le dépecage religieux né du sacrifice humain avec lequel il est confondu par le professeur Lacassagne (Le dépecage criminel, in Archives d'anthropologie criminelle et de criminologie, n° 15). +
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L'histoire ancienne ou plutôt la mythologie sont riches en exemples symboliques d'une aussi répugnante coutume. « Lycaon fit manger à Jupiter son fils Arcas. Tantale donna aux dieux un ragoût préparé avec le corps de son fils Pélops, et l’on dit que Cérès, qui mangea l'épaule de la victime, la trouva excellente. » |
On s’est demandé quel avait été le mobile du sacrifice humain ou du dépecage religieux. Nina Rodriguez croit que la peur est ici, comme dans les autres formes de dépecage, la grande et unique cause. Albert Prieur dans son article « Psychologie du dépecage criminel » (Mercure de France, V, 1901) combat très vivement cette opinion et ne peut pas admettre que l’on range dans une même catégorie Phénicius Hila, inaugurateur du sacrifice humain, deux mille ans avant notre ère, qui offrit les morceaux de son fils à la divinité, et Billoir qui dépeça la femme Le Manach après l'avoir tuée d’un coup de pied dans le: Ventre:
La crainte du châtiment pousse certainement l’assassin vulgaire à faire disparaître les vestiges du cadavre de sa victime, mais nous ne croyons pas que cette même terreur soit le mobile habituel du sacrifice humain. Notre nature est ainsi faite (il est triste de l’avouer) que nos sacrifices sont rarement désintéressés, mais presque toujours guidés par le sentiment de donner un peu pour recevoir beaucoup.
Nos aspirations sont-elles surnaturelles, humanitaires ou sociales, nous sacrifierons notre bien-être pour les satisfaire, parce que’ nous trouvons là le