‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 15 sur 66 · EU CU · texte numérisé non relu

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tration (par évaluation de la quantité de sang) a été tentée, elle n’a pu être établie sur des bases scientifiques ».

L'affaire de Kœnitz diffère des deux précédentes par le fait que le meurtre a été suivi de dépecage, tandis que la plaie d’égorgement était la seule lésion importante constatée sur les cadavres de Jean Hegman (Xanten) et d'Agnès Hruza (de Klein Wezenitz, près de Polna). Le D' Puppe, de Berlin, a bien voulu nous donner quelques détails à son sujet :

€ Il s’agit d'un jeune home de dix-sept ans, nommé Winter (élève du gymnase) qui aimait beaucoupies femmes. Il disparut le dimanche [1 avril 1900. Le 13, on découvrait le thorax avec les intestins et l'abdomen, vide de son contenu, dans le lac: de Munch près de Kænitz. Le 15 on trouva dans le même lac le fémur gauche désarticulé à ses deux extrémités, dans le cimetière de la ville, le bras droit de la victime, et la tête dans un bois voisin de Kænitz (dans un fossé). On remarquait quelques signes de suffocation ; des ecchymoses punctiformes sur le visage, sous l’aponévrose épicränienne et sous la plèvre. Toutes les sections étaient exsangues.

« Après une année environ, plusieurs vêtements de Winter étaient trouvés à Kœnitz où ils avaient été jetés pendant la nuit. Dans son gilet on découvrit un peu de sang et à l'extérieur du pantalon des traces de sperme.

« J'émis l'avis qu'il s'agissait d’un cas de suffocation suivi de dépeçage criminel, sans aucun caractère rituel, et cela il y a une année, c'est-à-dire

àune époque où les vêtements n'étaient pas retrouvés.

« Plusieurs médecins légistes avaient émis l'opinion que Winter avait été victime d’un égorgement rituel. Tout le monde le croyait, et mon avis qui suivit le leur ne convainquit personne. Ces jours derniers, le Medicinal Callegium de Province a émis un avis conforme au mien : Winter a été suffoqué (étranglé) pendant le coït (vraisemblablement), puis dépecé.

« On n'eut aucun renseignement sur le meurtrier, ni sur les circonstances du crime, car tous les vestiges furent perdus par la faute des gens unanimes à crier au meurtre rituel... » z

Ainsi donc dans cette dernière affaire l’idée du meurtre rituel est encore rejetée, et nous avons la conviction que les juifs sont désormais à l'abri des soupçons injustes dont fut victime le boucher Bouschoff et bien d’autres avant lui. s

A l’époque mème où les catholiques vouaient au supplice les juifs et les hérétiques, n'avait-on pas de raison de croire que certains d’entre les leurs s'exposaient, avec plus de raison peut-être, à l'accusation d'infanticide rituel ? Ne peut-on pas comparer à cette pratique abominable, dont on accuse la race israélite, certains faits de sorcellerie qui n'auraient eu sur le meurtre rituel qu'une supériorité, c'est d’être patronnés par les personnages haut placés de l’époque et mis ainsi à l'abri d’une juste sanction? La victime pascale était immolée au Dieu des Juifs, mais les malheureux petits êtres dont le sang servait à la

messe noire étaient sacrifiés à la superstition et au vice d'une royale courtisane. Lorsqu'on lit la description de cette horrible cérémonie, faite par Funck- Brentano, on hésite à croire qu à la fin du xviu° siècle la corruption des mœurs et l’aberration du sens moral pussent atteindre un pareil degré à la cour de France... « Dans la chapelle du chàteau, le prêtre dit la messe sur le corps de la favorite couchce sur l’autel. A la consécration, il récita la conjuration, dont il donna le texte aux commissaires de la chambre : « Astaroth, Asmodée, princes de l'Amitié, je vous conjure d'accepter le sacrifice que Je vous présente de cet enfant pour les choses que je vous demande, qui sont que l'amitié du Roi, de Monseigneur le Dauphin me soit continuée, et honorée des princes et princesses de la cour, que rien ne me soit dénié de tout ce que je demanderai au Roi, tant pour mes parents que serviteurs. »

Un enfant fut alors présenté à l'abbé Quibourg qui lui fit une plaie à la gorge, recueillit le sang dans le calice, après quoi l'enfant fut déposé en lieu sûr, enfoui ou brûlé dans un four approprié. Les autres pratiques de la sorcellerie exigeaient encore des sacrifices d'enfants, et la Voisin et les devineresses en faisaient une effroyable consommation. La Voisin avouait avoir brülé ou enterré dans son jardin plus de 2.500 enfants nés avant terme.

Si le crime rituel des Juifs est contestable et même inadmissible pour certains, la messe notre paraît être un fait bien établi, et les victimes dont elle fit verser le sang seraient assurément plus nom-

breuses que les enfants immolés à l’occasion de la | Pàâque.

En résumé, le sacrifice humain ou dépecage religieux ne devient l'œuvre de la peur que dans certains cas exceptionnels, tels que la messe noire ou le meurtre rituel. Dans ce dernier cas on ne peut même guère prononcer le mot de dépeçage. Dans les autres cas, comme dans les pratiques des peuples sauvages ou anthropophages, la victime humaine est tantôt choisie pour honorer plus dignement la divinité, tantôt pour alimenter un festin dont le rite religieux n'est que le préambule et le prétexte.

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