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DÉPECAGE, FOLIE ET DÉGÉNÉRESCENCE

« Les folies, les voici. Elles s’avancent en une longue théorie qui naît au fond du passé lointain et se perd en silhouettes encore plus touffues dans l’effroi de l'avenir menaçant. Ni le temps, ni les mœurs n'ontrien pu sur elles : si, grossir leurs rangs. Car il est logique d'admettre que alors que toutes les déviations morales aboutissant au dépecage d'ordre religieux, d'ordre guerrier, d'ordre judiciaire, d’ordre criminel pur, auront à jamais disparu, les exploits des fous, trouvant dans la douleur croissante de vivre un terrain chaque jour plus propice, resteront intangibles, en dehors de tout, au-dessus de tout, agissant dans la superbe indépendance que crée la folie et contre laquelle se brisent nos volontés. » (Prieur,

Mercure de France, 1901.)

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Le champ de la folie est bien vaste en effet et les exemples de dépecage commis par ces aliénés sont nombreux. Nous n'en citerons que quelques cas parmi les plus typiques.

Dans l’histoire des traditions germaniques, on trouve des faits très singuliers et bien instructifs. On y voit, entre autres choses, dit M. Prieur. que les voleurs, pour se rendre invisibles, se procuraient de la graisse de femme enceinte et en faisaient des bougies : le nombre des femmes éventrées et fouillées est incalculable, et certainement cette croyance n’a pas encore disparu. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1864, un ouvrier de Neukirch, assomma une jeune fille de vingt-trois ans, découpa un fragment de son ventre de neuf pouces carrés et le fit rôtir chez lui. « En ajoutant du suif, à cette graisse humaine, il s était faconné une chandelle de cambrioleur et avait mangé les graillons restants » (1).

La vertu des bains de sang a fait aussi des ravages énormes. Wagener raconte l'extraordinaire histoire de la comtesse Nadaski, laquelle alla jusqu'à faire périr six cent cinquante jeunes filles : « pour plaire aux hommes, elle prenait des bains de sang dans une auge à 4 heures du matin. »

Le 14 avril 1892, l’artilleur Radoulowitch tua un de ses camarades, lui ôta le larynx, lui arracha le cœur et aspergea de son sang certain endroit où 1l croyait trouver un trésor.

Ce sont évidemment aussi des aliénés, tous ces

(4) I tut condamné à mort par le jury d'Elbing, le 23 juin 1865.

Pr Apr individus qui tuent, dépècent et salent les débris pour en manger tous les jours.

Nous n’insisterons pas davantagesur ces exemples que l’on pourrait multiplier à l'excès.

Ce seront tantôt des maniaques, qui en proie à un moment donné à des accès de fureur extrème, tueront et mutileront ensuite leur victime avec une rage sans égale ; tantôt des délirants systématisés, ou des délirants mystiques qui considéreront leur mission comme divine, et tueront leurs enfants, pour accomplir un vœu ou renouveler le ‘sacrifice d'Abraham ; tantôt des délirants impulsifs ou des épileptiques ; enfin des dégénérés, et ces derniers seront en plus grand nombre.

Depuis quelques années on insiste beaucoup sur les relations de la dégénérescence et de la criminalité.

Qu'est-ce que la dégénérescence ? C’est l’état pathologique de l'être qui, comparativement à ses générateurs les plus immédiats, est constitutionnellement amoindri dans sa résistance psycho-physique et ne réalise qu'incomplètement les conditions de la lutte pour la vie. C’est un état essentiellement progressif, il aboutit à la dégénérescence du sujet amoindri lui-même (Professeur Pierret, cours inédit, 1900). Telle est aussi l'opinion de Magnan, pour qui le dégénéré est un amoindri. ;

Or, le nombre des dégénérés est considérable. Et les dégénérescences ne sont que le résultat ou plutôt la conséquence d’intoxications (alcoolisme); d'infections (syphilis, tuberculose); de diathèses (arthri-

tisme) et enfin d'une certaine hérédité psychopathique. Aucune famille ne peut se vanter d’être exempte de toute tare psychopatique. Il se peut que chez un sujet on ne trouve aucun stigmate physique de son hérédité psychopathique, mais on pourra arriver à découvrir chez lui des stigmates psychiques. Pour Pierret, ces individus sont des épileptoïdes et ils sont en nombre considérable. Or, ce qui caractérise l’épileptoïde, c’est un état mental à caractère impulsif. ;

C'est pourquoi on commence à bien comprendre maintenant toute l'importance de ces théories nouvelles en pathologie mentale et surtout en anthropologie criminelle. On comprend la nécessité de rechercher si un criminel présente des stigmates de dégénérescence physique ou psychique, et dans un cas donné on cherchera à bien montrer l'importance de la tare dégénérative et comment il convient d'estimer la prédisposition que comporte une manifestation criminelle.

Et c’est surtout dans des crimes sanguinaires, féroces, comme le dépecage, que ces données devront être recherchées (1).

Peut-être sera-t-il des cas où les crimes les plus atroces se trouveront associés à un minimum detares dégénératives — c'était sans nul doute le cas de Richetto ; — peut-être verrons-nous le maximum de

(4) S'il nous avait été possible d'obtenir les renseignements nécessaires, nous nous serions empressé de réunir en un chapitre spécial tous les signes de dégénérescence physique et mentale relevés chez les dépeceurs. |

: 6] A: DE SAINT-VINCENT. p)

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dégénérescence ne comporter qu'un minimum de criminalité. Quoi qu'il en soit, nous nous refusons à qualifier de criminels toute cette catégorie de dépeceurs offensifs délirants proprement dits, ou

dégénérés.

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