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DÉPEÇAGE ET SADISME

Il nous a semblé intéressant de faire un chapitre

spécial sur cette question. Les faits de dépecage ou de mutilation en relation avec les meurtres sadiques sont nombreux.

Pour traiter ce sujet, nous ferons de fréquents emprunts à l'excellente thèse de mon sympathique camarade et ami, le D’ Épaulard, sur le vampirisme.

En quoi tout d’abord consiste le sadisme? C’est en un besoin d'association de violence ou de cruauté à la jouissance sexuelle. Le sadisme vrai s’objective par les actes les plus variés; tantôt tout se borne à des mauvais traitements ou à des souillures, tantôt c’est la mutilation, le meurtre qui s'impose. Plusieurs sadiques n'éprouvaient une véritable satisfaction sexuelle qu’en étranglant leur victime, en la découpant ou en la mutilant (Jack l’éventreur, Vacher) (1).

(1) FERRÉ : L'instinct sexuel.

De

Tel était aussi le cas de ce fameux X..…, clerc d'avoué à Alton, qui est cité dans tous les travaux faits sur le dépecage criminel et dont l’histoire nous est longuement racontée par Maudsley dans son livre Crime et Folie. « Une petite fille disparut un Jour; des recherches furent faites dans une houblonnière et on retrouva disséminées cà et là les diverses parties de son corps coupé en morceaux. Les soupçons se portèrent sur le clerc, qui fut immédiatement arrêté. On trouva dans son pupitre un journal de ses actions soigneusement tenu, et à la dernière feuille, cette mention d’une encre encore fraîche : « Tué une petite fille aujourd’hui; c'était bon et chaud. » Il avait tué l’enfant et coupé son corps en morceaux, sans autre motif que de satisfaire une envie irrésistible qui s'était emparée soudain de son esprit. Il fut déclaré coupable et l'heure venue, on le pendit. »

Comme le fait remarquer très justement Épaulard, ce n’est que par hypothèse que l’on peut rattacher cette observation au sadisme. Elle peut être citée également comme un bel exemple de folie impulsive.

Le caractère dominant qui se dégage néanmoins de tout acte sadique, quel qu'il soit, c’est le besoin de cruauté qui se manifeste en même temps que les désirs vénériens, auxquels il semble lié indissolublement. Ce besoin de cruauté se traduit tantôt par des actes qui précèdent l'explosion génitale, actes qui sont en quelque sorte le prélude nécessaire de l'orgasme, d’autres fois ils suivent l’acte vénérien et constituent un complément de la décharge. Cette

distinction a son importance. Le sadisme vrai, le

meurtre sadique consiste essentiellement dans la mutilation d'êtres vivants, et le meurtrier sadique trouve l'excitation génitale dans la réaction que présentent ces êtres vivants sous l'influence de la douleur.

Le VWécrosadique, suivant l’heureuse expression proposée par Épaulard, trouve l'excitation sexuelle dans la mutilation du cadavre. Il est poussé par l'instinct de destruction. Le nécrosadisme s’observe sous deux aspects : le Dépecage et la Vécrophagie qui complète parfois le dépecage.

Nous laisserons donc de côté dans cette étude le sadisme vrai tel que nous l’avons défini, qui ne nous semble pas avoir une relation bien directe avec le dépecage, pour nous occuper seulement du nécrosadisme dans ses deux formes : dépecage et nécrophagie.

Les faits de dépecage et de mutilation de cadavres pratiqués dans un but de satisfaction sexuelle ont été bien résumés dans la thèse d'Épaulard.

La récente affaire du vampire du Muy a fait rappeler la fameuse histoire du sergent Bertrand.

Les premiers dépecages qu'il accomplit remontent au mois de juin 1848, dans le cimetière du Père- Lachaise : « M'étant approché de la fosse commune, je me mis à déterrer un cadavre. Ce corps était celui d’une femme d'environ quarante ans, assez bien conservé; je lui ouvris le ventre, j'en arrachai les entrailles, je le coupai en mille morceaux avec rage, mais Je ne commis sur cette femme aucun acte impudique... Pendant une quinzaine de jours

j'allai à ce cimetière presque tous les soirs. Dans cet espace de temps, je déterrai trois ou quatre femmes que je traitai comme la première sans attenter à la pudeur. Après avoir arrachéles entrailles aux divers cadavres dont je viens de parler et les avoir mutilés, je me retirai après m'être masturbé deux ou trois fois à genoux près du cadavre. Je me masturbais d’une main tandis que je serrais convulsivement de l’autre une partie quelconque du cadavre, mais plus particulièrement les entrailles... »

A Douai, ilse livra à des actes impudiques sur le corps d’une jeune fille de quinze à dix-sept ans, puis la mutila. Il en fut de même à Lille sur quatre corps de femmes...., etc.

Du 30 juillet au 6 novembre 1848, il déterra de nombreux corps. Sur les femmes âgées de soixante à soixante-dix ans, il se livra à un nouveau genre de mutilation. Ceci se passait dans le cimetière Montparnasse. « Après avoir assouvi ma passion brutale sur leurs cadavres, leur avoir ouvert le ventre et en avoir retiré les entrailles, je leur fendis la bouche, je leur coupai les membres, je leur lacérai le corps dans tous les sens, ce qui ne m'était pas encore arrivé. Ma fureur ne fut pas satisfaite après ces actes horribles ; je saisis les membres coupés, je me mis à les tordre, à jouer avec comme un chat avec sa proie, j'aurais voulu pouvoir les anéantir; jamais je ne m'étais vu dans un tel état; je terminai comme d'habitude par la masturbation. »

Le D’ Pajot, qui fut appelé un jour au cimetière Montparnasse pour faire l'examen médico-légal d’un

LABO

cadavre de femme qui avait été mutilé par Bertrand, fitles constatations suivantes : La commissure droite de la bouche avait été fendue par un instrument tranchant, dans l’étendue de quatre à cinq centimètres. Une incision profonde avait été pratiquée sur le cou. Toute le partie antérieure du tronc était ouverte par une immense incision comprenant l'étendue des parois thoraciques et abdominales antérieures. La plus grande mutilation portait sur les membres. Le bras droit avait été complètement désarticulé : il était placé entre les jambes de la morte. La cuisse et la jambe gauche avaient été désarticulées, les tissus étaient hachés.... »

Épaulard cite encore de nombreux faits de nécrosadisme sous la forme de dépecage. Telle est l’histoire de Gilles de Rays (Barbe-Bleue), de Diaz de Garayo, de L... condamné en 1884 parla Cour d'assises de la Drôme pour avoir violé sa sœur et lavoir ensuite mutilée. Plus près de nous, nous arrivons aux crimes de Jack l’éventreur et de Vacher l’éventreur (1).

Nous résumons ici ce qu'a écrit M. le professeur Lacassagne sur les dépecages pratiqués par Jack ou Jacks les éventreurs. « Le meurtrier devait tuer ses victimes par surprise, car on ne trouve pas de traces de lutte. Il coupait la gorge de façon à recevoir le moins de sang possible, puis il mutilait le cadavre avec un couteau très effilé et toujours après la mort

(4) Voir Lacassacne: Vacher l'éventreur et les crimes sadiques, Lyon, 1899,

de la victime. Il sectionnait l’abdomen, manipulait probablement les intestins, arrachait les viscères, tailladait la face. Il semblait avoir assez d'expérience dans ces dépecages, peut-être à cause du nombre très grand de ces crimes. Dans quelques cas il emportait les organes sexuels (1). »

En résumé, tous ces faits sont importants à connaître. Ce sont des dépeçages d’origine sexuelle. Il importe de les différencier des autres formes de dépecage. ;

Tout d’abord, nous ferons remarquer que dans la plupart des cas les victimes sont des femmes. Le sergent Bertrand, cependant, déterra et mutila des cadavres d'hommes, mais si cela lui était arrivé quelquefois, « c'était la rage de ne pas trouver de femmes ».1l en fut de même de Vacher qui mutila plusieurs jeunes garcons après s’être livré sur eux au coït sodomique.

La caractéristique de ces dépeçages consistera en des mutilations spéciales, presque toujours les mêmes et de par l'examen du cadavre on reconnaîtra facilement l'œuvre du dépeceur nécrosadique. Épaulard a d’ailleurs tracé un tableau fort exact de ce dépecage: « La presque identité des mutilations dans tous les cas est remarquable, dit-il. La région génitale, celle qui intéresse le plus le nécrosadique, présente le siège le plus fréquent des mutilations: vulve ou organes sexuels mâles, face antérieure des cuisses,

(1) On alla jusqu’à accuser, à la suite des crimes de Londres, un libraire américain de donner des ovaires comme primes à ses clients,

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